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Élection présidentielle permanente

La fonction publique

Parler de l’État républicain français autrement que pour en dire du bien comme d’une mère nourricière, et surtout pour s’autoriser à le remettre en question, c’est déjà un tabou qu’on aborde avec une prudence de Sioux. Parler de la fonction publique qui n’est qu’une autre manière de parler de l’État, alors là, on est dans le grand tabou, l’interdit absolu. Silence radio officiel sur toute la ligne. Il y a comme un empêchement métaphysique à évoquer la question. Il y a trop d’intérêts personnels et de privilèges en jeu qui se sont accumulés avec le temps, et en faire un sujet de discussion n’est même pas envisageable.

Pourtant, la Fonction publique est devenue au fil d’un temps pas si lointain et à une vitesse prodigieuse, une véritable masse grise inerte et boursouflée qui s’est développée comme un cancer au détriment de la société française. Plus exactement au détriment de la société civile, lui faisant peser sur les épaules, une charge insupportable qui étouffe la vie commune et sclérose l’esprit humain.

Qu’est-ce vraiment un fonctionnaire ? Comment le définir ? Fut un temps où circulait cette définition de bon sens sur le site de l’INSEE : « Est désigné fonctionnaire toute personne salariée sur les prélèvements obligatoires. » Autrement dit, quand l’INSEE définit ainsi le fonctionnaire, elle fait un aveu de taille : elle confirme officiellement que le fonctionnaire n’est pas déterminé par la désignation de son activité réelle comme dans la société civile (un garagiste, un boulanger, un agriculteur…) mais par le fait très général qu’il vit sur le pot commun, sur la mangeoire nationale, et cela quelle que soit la manière dont il est rémunéré, quel que soit le niveau de cette rémunération, quelle que soit la fonction à laquelle il est affecté. Inutile de préciser qu’un telle définition n’a pas fait long feu, car définir ainsi les acteurs des emplois publics, c’était les faire passer non pour des êtres humains mais pour des golems.

Est donc dit fonctionnaire toute personne qui occupe un emploi public permanent (dit permanent pour ne pas avouer emploi à vie socialement sécurisé).

On remarquera en outre que le fonctionnaire ne touche pas un salaire mais un traitement ; le mot salaire, doublet synonymique de sueur, mot rappelant le goût de sel des glandes sudoripares, désigne les « puent la sueur », les serfs, ceux qui tournent la clef à molettes, liment la tôle, cassent les cailloux sur la route, cultivent la terre ou sont ingénieurs de très haut niveau : ceux-là sont salariés ; ils touchent leur écot, ce salaire qu’on payait aussi, aux temps anciens, en part de sel. Le fonctionnaire est censé être au-dessus de ces basses considérations matérielles : il reçoit un traitement en plus de la sécurité de l’emploi (statut qui n’a pas de prix), en plus de certains privilèges et pas des moindres, comme le calcul et l’âge de la retraite.

Selon un sondage qui a longtemps circulé, 75% des jeunes gens interrogés répondaient vouloir faire carrière dans la fonction publique. Lorsque j’ai entendu pour la première fois ce chiffre énoncé par un journaliste radio, celui-ci marqua un temps d’arrêt comme s’il croyait avoir mal lu. Il y eut un blanc, puis il confirma : « oui, 75% ». Autrement dit, l’idéal de vie des trois quart de la jeunesse française est de se poser dans la fonction publique quelle que soit l’activité et le niveau, avant-même d’avoir commencé à prendre la moindre responsabilité dans la vie et sans doute dans toute sa vie à venir : ce n’est plus un avenir, c’est un advenu.

On peut estimer qu’aujourd’hui en France, dix à douze millions de personnes vivent peu prou de l’État nourricier, toutes activités confondues (parapublic compris), soit près d’un actif sur deux ou deux et demi. Cette situation a fini par faire de la France le pays le plus fonctionnarisé du monde occidental en proportions des actifs productifs, faisant du même coup de l’État républicain un État crypto-communiste de fait. Le processus enclenché dès la sortie de la Seconde Guerre mondiale a pris une accélération en 1981 (arrivée des socialo-communistes au pouvoir) pour ne jamais cesser de croître, jusqu’à nos jours.

Rappelons ici quelques éléments complémentaires de réflexion :

1. Le nombre de personnes, attitrées ou non, habilitées à percevoir soit un traitement, soit une subvention ou toute autre rémunération prélevée sur l’argent public, se décompte ainsi :

  1. La fonction publique d’État : 2,2 Ms.
  2. La fonction publique territoriale : 1,9 Ms
  3. La fonction publique hospitalière : 1,2 Ms
  4. Le RSA : 3 Ms (1,9 par foyer d’allocataires)
  5. Le système associatif : 1,8 Ms.
  6. Le parapublic : autour de 1 Ms. Mélange de public et de privé, secteur nébuleux difficile à déterminer, dont l’activité tarifée est considérée de service public et soutenue à ce titre : SNCF, EDF, France Télévisions, Caisses de sécurité sociale, Pôle Emploi, la presse dite mainstream qui fait des journalistes de quasi-fonctionnaires, édition, cinéma, sport, etc. ; d’une façon générale des structure administratives, « culturelles », de santé ou commerciales subventionnées ou renflouées en permanence.
  7. Soit au total 11,1 millions d’emplois publics (la population de la Belgique !) ou 1 actif pour 2,5 actifs productifs. Ne sont pas compris les allocataires des minima sociaux concernant 7 millions de personnes, le fameux « pognon de dingue » de M. Macron qu’il serait difficile de retirer à certaines catégories, ni les chômeurs, ni évidemment les immigrés de toutes origines qui nous coûtent « un pognon fou de dingue ! ». 8,9 millions de personnes vivraient sous le seuil de pauvreté.

2. L’État comprendrait 48 000 hauts fonctionnaires ou technocrates, on ne sait plus très bien quel mot employer (calcul donné à partir d’une rémunération de 5000 euros, plus), et 400 patrons des grandes administrations ou grands corps de l’État.

3. Les chiffres ci-dessus sont rapportés à partir des statistiques officielles. Pour certains spécialistes, le nombre de fonctionnaires total des trois catégories ou versants de l’État donnés pour 5,3 Ms, se situerait plutôt autour de 6 Ms.

4. L’enseignement public emploie à lui seul plus de la moitié de la fonction publique d’État (enseignants et personnel administratif). La machine d’État destinée à matricer le cerveau des enfants de France est fort choyée et richement dotée.

5. Les municipalités sont souvent les plus gros employeurs de la ville, parfois même au niveau d’un département et trustent toutes les activités locales. Merci pour la part d’initiative laissée au citoyen venant de ces mini États locaux et de leurs conseils.

6. Il existe de véritables dynasties familiales de fonctionnaires que l'on imagine fort déconnectés de la vie réelle. Certains se prendraient-ils pour les nouveaux seigneurs de la République, le panache en moins ? Pour ceux qui croient encore que le 4 août 1789 était passé par-là…

7. Il ne manque que le crédit social ou salaire universel qu’on appelle encore plus judicieusement l’hélicoptère-monnaie, pour que le délire universel de la gauche ringarde et de l’immense communauté des traîne-savates de luxe se réalise enfin : laisser aux bras cassés, bons à rien et autres parasites sociaux, pour qui le seul fait de penser « travail » est une insulte à leur précieuse et délicate personne, le choix de vivre librement sans rien faire, et de laisser aux autres le soin de payer pour eux. Certains ne manqueront pas de me faire obligeamment remarquer que le mécanisme est déjà en place depuis longtemps !

8. Une des conséquences les plus visibles de l’emprise de l’État sur la société civile est d’avoir rendu les finances publiques dépendantes des marchés spéculatifs de la finance internationale ; de plus la nécessité de financer les emplois et retraites des fonctionnaires a généré des avalanches d’impôts et taxes avec risque, par exemple, de décourager la transmission héréditaire en raison de droits de transmission par trop élevés.

*

Les Congrégations religieuses de jadis, celles que la République a interdites et injustement spoliées au profit de la fonction publique et du système associatif subventionné — lequel système associatif agit comme une fonction publique bis (associations d’utilité publique à but non lucratif, mais le plus souvent lucratives et d’inutilité publique, selon un spécialiste de la question) —, étaient fondées sur le « don de soi » ; tout se passe aujourd’hui comme si l’État républicain avait inversé ce grand principe gracieux de servitude volontaire en « don pour soi ». De même pour la notion de service ; et là je pense à la remarquable devise des Compagnons du Tour de France : « Ne pas se servir, ne pas asservir, mais servir » ; tout se passe là aussi comme si les caciques de l’État républicain l’avaient faite leur, mais inversée : « se servir, asservir, mais ne pas servir ». Et pour ce qui est de se servir et d’asservir, on sait de quoi sont capables les républicains.

Les fonctionnaires sont attachés à l’État, ils sont à disposition. Ils se sont engagés en échange d’avantages régaliens et d’un emploi garanti à vie qui n’a pas de prix. Ils sont tenus à des obligations, la première d’entre elle étant l’obligation de réserve, suivie de sa soumission au principe régalien de servitude, de loyauté, de désintéressement. Le diplôme (concours) ne suffit pas. L’impétrant doit d’abord être soumis à une enquête de moralité et de bonnes mœurs, comme jadis, dans le milieu familial aussi bien que dans l’environnement de la famille ; et quand ils se marient, les conjoints et la parenté font l’objet d’une enquête de même nature. Bref, le fonctionnaire n’est pas un homme libre (ou une femme, bien que, jadis, les emplois publics fussent réservés exclusivement aux hommes) ; il est assujetti par son engagement à sa fonction, et doit assurer le bien commun au service de ses compatriotes citoyens de la société civile productrice de valeur ajoutée, c’est-à-dire de richesse sur laquelle il est rémunéré, les citoyens de la société civiles n’étant pas eux-mêmes exonérés des obligations et devoirs envers la collectivité, leur patrie, leurs familles.

Le problème, c’est que la fonction publique a été détournée au fil du temps de sa raison d’être par les politiciens républicains pour en faire un formidable réservoir électoral à leur service, comme d’ailleurs la totalité de l’État a été détourné pour être au service de la République et non pour que la République soit au service de la société. En détournant la fonction publique de ses objectifs régaliens au service de la nation et en voulant se mêler de tout, ces politiciens ont littéralement acheté le vote des électeurs et en ont fait une clientèle d'assistés qui s’ignorent, voire des êtres socialement pusillanimes socialement déresponsabilisés. C’est pourquoi je répète à l’envi que la droite en république n’existe pas, et que toute personne se revendiquant républicaine est nécessairement de gauche, obligatoirement de gauche, quel que soit son statut social.

Le statut de la fonction publique est à reprendre à partir de zéro, surtout depuis que les communistes sont entrés par intrusion dans l’espace public (statut Thorez), en commençant par le commencement : redéfinir les objectifs d’intervention de la fonction publique et la raison d’être du fonctionnaire, et que le nombre de fonctionnaire soit réduit aux justes besoins de l’État.

Les Français qui payent des impôts sur leur travail productif demandent à en savoir davantage dans le fonctionnement de l’État ; ils veulent plus de clarté, plus de transparence et qu’un meilleur discernement soit établi entre le public et le privé. La suppression du secret d’État doit être envisagée.

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