Profession de foi des Francs

Ff6 4 bandeau2

 

Il nous a paru à Force Française, que nous revenait le devoir, en complément de notre profession de foi, de rappeler celle des Francs (ordinairement appelée préambule ou prologue à la Loi Salique) qui nous sépare de quinze siècles de nos ancêtres fondateurs. Mille cinq cents ans !

La loi salique n’est en soi qu’une sorte de code pénal assorti de quelques lois civiles n’ayant plus aujourd’hui qu’une valeur historique. Il avait pour but de maintenir un certain ordre au sein des peuplades germaniques, connues pour leurs mœurs quelque peu frustes et volontiers belliqueuses. Il s’agit moins de règles de bon ordre que de sanctionner des désordres. À partir de Clovis et à travers les divers aménagements qu’elle connaîtra jusqu’à Charlemagne, cette loi jouera un rôle important (ô combien funeste !) dans la succession des dynasties royales de France. Inutile d’entrer plus avant dans la discussion, sinon pour remarquer que pour une loi dite « barbare », il n’est question ni d’emprisonnement, ni de condamnation à mort (au moins dans le texte), mais seulement d’amendes. Les barbares étaient de rudes gaillards, ce qui ne les empêchait pas de pratiquer certaine vertu de prudence.

Par contre, s’agissant de la profession de foi, Clovis, lui, ira plus loin, puisque sous l’influence de sa seconde épouse, Clotilde, de sainte Geneviève de Paris et de l’évêque de Reims, Saint-Rémi, devenu son conseiller autant qu’un confident révéré (rapports dont on pense qu’ils furent élevés au niveau d’une mutuelle et sincère sympathie), il s’alliera à l’Église catholique par la conversion et le baptême, rejetant ainsi l’hérésie arienne qui faisait des autres rois germaniques des chefs spirituels (496). Le concile d’Orléans entérinera cette alliance fondatrice, mettant en évidence le rôle déterminant des évêques dans la formation de la première nation d’Occident.  La France était née, ou plus exactement le Royaume Franc (Regnum Francorum), mais c’est bien plus tard, aux temps des cathédrales, et après bien des vicissitudes dues à la tradition successorale des Mérovingiens, que la civilisation française va éclore et donner l’une des sociétés les plus hautement policées du monde.

Cette profession de foi salique évoque clairement dans ses termes le saint patronage de l’Église catholique qui va consacrer la naissance fœtale de la nation française, la marquer définitivement du sceau de la Croix, et lui conférer une unité de corps, d’esprit, de mœurs, sur la durée de plus de quinze siècles. Et encore aujourd’hui, à un moment où la nation et l’Église en même temps que la famille, piliers fondamentaux de la société et de la civilisation française, n’ont jamais été aussi menacés dans leur pérennité, les enfants de France savent se retrouver et faire face, autant pour sauver leur pays millénaire que leur âme.

__________________

Notes.

1. Nous avons supprimé du texte les noms un peu compliqués des quatre chefs et des cantons considérés, présentés différemment selon les sources.

2. Il importe de préciser qu’en dépit des luttes fratricides et des soubresauts de la dynastie royale, le rôle des Mérovingiens associés à l’Église catholique sera déterminant dans l’édification primordiale de ce qui deviendra la France que nous connaissons de toujours ; rôle fondamental que les historiens républicains ont plus ou moins escamoté, mais que des historiens contemporains, moins confits de préjugés idéologiques, ont récemment ramené au jour et mis en valeur.

*

L’illustre nation des Francs, ayant Dieu pour fondateur, puissante par les armes, sage dans ses conseils, respectueuse des traités, d’une prestance sans pareille qui la distingue par la noblesse de la stature, la blancheur du teint, l’élégance des formes, ainsi que par le courage et la hardiesse de ses entreprises guerrières, cette nation depuis peu convertie à la foi catholique, et qu’aucune hérésie n’est venue troubler jusqu’ici, était encore plongée dans les ténèbres de l’idolâtrie, lorsque par une secrète inspiration de Dieu, elle éprouva le besoin de sortir de l’ignorance, de pratiquer la justice et de rester fidèle à sa foi.

En conséquence, elle fit rédiger la loi salique par quatre des chefs de la nation qui se réunirent pendant la durée de trois assises, discutèrent avec le plus grand soin des causes de toutes les difficultés qui pouvaient s’élever, et rédigèrent la loi telle qu’elle suit.

Puis dans la gloire de Dieu, dès que Clovis le chevelu, le beau, le puissant roi des Francs, premier de la nation, eût reçu le baptême catholique, tout ce qui dans ce pacte était jugé inapproprié fut amendé avec clarté par Clovis, Childebert et Clotaire.

Que vive le Christ qui aime les Francs !

Qu’il protège leur royaume !

Qu’il protège l’armée !

Qu’il les affermisse dans la foi catholique !

Qu’il leur accorde la joie, la paix, la félicité !

Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans le chemin de la piété ceux qui gouvernent, car c’est cette nation, qui, par la bravoure plus que par le nombre, secoua de sa tête le dur joug des Romains, et qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, orna somptueusement d’or et de pierre précieuses les corps des saints martyrs que les Romains avaient consumés par le feu, mutilés par le fer, ou fait déchirer par les bêtes.

Ff6 trait1 1