Oncle Dumoulin

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Ce texte est extrait d’un document relatant les conséquences de la querelle du drapeau français, à propos de la mise à l’écart du comte de Chambord (Henri V), en 1873 ; celui-ci refusera de troquer le drapeau blanc contre les trois couleurs régicides de la République. Prenant prétexte d’un article critique de Ferdinand de Lasteyrie, du parti orléaniste, intitulé Le Drapeau Blanc, l’auteur déroule sur près de quatre-vingt pages la gloire des rois de France depuis Clovis Ier pour justifier l’étendard de la monarchie française, et souligne les méfaits de la République depuis la Révolution de 1789. Ce document découvert par hasard, signé du nom « J.-A. Dumoulin (Oncle) », a pour titre Un appel à la Raison. Rédigé en 1873, il est l’œuvre d’un brave homme de 78 ans ulcéré par les dérives de la République et les révolutions à répétitions qui se succèdent ; nous sommes dans le prolongement des soubresauts politiques dus à la guerre de 1870 et à la Commune de Paris. On peut supposer qu’il destine son opuscule à des neveux ; en fait il s’adresse à ses contemporains et invite chaque Français « en considération des maux de la patrie [à faire] abnégation de toutes ses erreurs, et [à rejeter] au loin ces misérables utopies de gouvernements imaginaires dont nous sommes abreuvés depuis si longtemps. Que chacun de nous, petits et grands, s’appliquent à la bataille du salut. »

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« (…) Lorsque la tourmente révolutionnaire aura cessé, que les Français après tant de cruelles épreuves auront ouvert les yeux à la raison, la France désabusée de cette philosophie orgueilleuse de nos soi-disant sages qui prétendent régénérer le monde, sous le spécieux prétexte de dissiper les erreurs, la France, disons-nous, reviendra à la vérité, car un grand peuple ne peut l’oublier…

La pensée recule effrayée devant le spectacle de tous nos bouleversements : Convention, Directoire, Consulat temporaire, Consulat à vie, Empire, première Restauration, Cent jours, Royauté de Juillet, Gouvernement provisoire du 24 février, Dictature Cavaignac, République, Second Empire, Gouvernement du 4 Septembre 1870, Commune de Paris, République, Thiers (1873)… [Allongeons la litanie jusqu’à nos jours : 1879, instauration définitive de la République, rafale de lois maçonniques anticatholiques ; 1905 Séparation des Églises et de l’État, nouvelle rafale de lois anticatholiques ; Grande Guerre mondiale de 14-18 ; 1919 Bloc National ; 1924 Cartel des Gauches, 1936 Front Populaire, Seconde Guerre mondiale 39-45 ; 1944 Gouvernement provisoire ; 1946 Quatrième République, Guerres coloniales ; 1958 Cinquième République, décolonisation, Mai-68 ; Juillet 1972, loi Pleven dite antiraciste (antifrançaise) et la suite ; Janvier 1973, aliénation de l’État français à la finance internationale ; Janvier 1975, loi instituant l’avortement génocidaire ; Avril 1976, regroupement familial des immigrés ; 1981, Gouvernement socialo-communiste Mitterrand ; 1993 instauration de l’Union Européenne des technocrates et des financiers ; 1995 Gouvernements de la fuite en avant dans la décadence : Chirac, Sarkozy, Hollande ; suppression des frontières, invasion migratoire, économie bradée, paysannerie de terroir génocidée, la France au fond du gouffre et en voie de désintégration identitaire, sociale, sociétale (mariage homosexuel, théorie du genre), autrement dit effondrement civilisationnel ; 2017, arrivée de Macron, l'ultime fossoyeur de la France...]

On est épouvanté par ces innombrables gouvernements emportés par l’esprit de révolution, roulant et croulant les uns sur les autres, succombant sous la loi fatale du désordre, depuis le jour où la monarchie légitime a disparu du sol de France !

Ne perdons jamais le souvenir de ce qui suit :

1) Que la monarchie française a combattu pendant quinze siècles et plus pour former la France, et que par elle le royaume a été élevé au plus haut point de gloire ;

2) Que ce n’est ni la République, ni les Napoléon qui ont fait notre patrie ;

3) Que l’esprit révolutionnaire a détruit en moins d’un siècle la place que nos ancêtres nous avaient faite dans le monde ;

4) Que depuis 93, de fatale mémoire, la France n’a vécu que d’illusions, d’utopies et de sophismes impossibles ; que notre beau pays de France a constamment été labouré par d’ardentes passions, par des doctrines malsaines, et surtout par des hommes ambitieux et sans pudeur que les maux de la patrie n’ont pu fléchir.

La voix de la raison nous crie à tous de sortir au plus tôt de cette atmosphère empoisonnée. Les Français ont besoin de savoir qu’ils ne seront pas surpris par les cascades révolutionnaires, et par l’envahissement de l’étranger ! Qu’il est temps enfin que la tranquillité nous arrive, pour qu’après de si cruelles épreuves la France puisse se transformer, revenir au calme et à la raison. Nous avons notre sort entre les mains.

Ainsi que nous l’a dit M. Thiers : ‘‘Revenir à la tradition glorieuse de mille années, ou s’abandonner au torrent d’un avenir inconnu.’’ (Discours, Bordeaux). M. Thiers a dit encore : ‘‘Tout bon citoyen ne doit pas laisser la France en butte aux aventures.’’ (Discours, Versailles, 5 mars 1873)

C’est donc à nous d’user du seul remède qui nous reste, c’est-à-dire de faire choix pour la représentation nationale, d’hommes d’ordre, intègres et religieux ; la religion sera toujours une importante nécessité politique, et doit être placée aux avants postes, sans quoi la plus forte nation se trouble et peut s’affaisser sous le poids de la colère céleste (…). »

*

Oncle Dumoulin se trompe ; les Présidents se succéderont, et la représentation nationale ne sera pas toujours composée d’hommes d’ordre, intègres et religieux, loin s’en faut ; le plus souvent, le peuple français aura à faire à des combinards, hommes fourbes, lâches et cupides. Deux mois après le discours de Versailles et suite à l’affaire du Comte de Chambord, les royalistes, majoritaires à l’assemblée, font tomber le gouvernement. Thiers démissionne : il n’a pu répondre aux attentes des royalistes qui l’avaient porté au pouvoir. Ces mêmes royalistes lui choisissent un successeur en la personne du maréchal de Mac Mahon, connu pour ses tendances légitimistes ; il ne réussira pas mieux que son prédécesseur républicain dans cette ultime tentative de restauration de la monarchie. Il démissionne à son tour. En janvier 1879, Jules Grévy est aussitôt élu par la chambre et devient le 4ème Président de la République en remplacement de Mac Mahon. La Troisième République est définitivement installée. La France commence le long calvaire qui va la conduire en un peu plus d’un siècle sur le Golgotha pour finir crucifiée par le dernier successeur de Grévy : Emmanuel Macron, élu 25ème président de la République dite « française » en Mai 2017.

Oncle Dumoulin n’écrirait-il pas la même chose aujourd’hui ? Et après la Croix, peut-on espérer la résurrection ?...

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