Toujours le mariage des prêtres

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Lisant les recensions d’un chroniqueur religieux, je me suis souvent demandé si celui-ci était prêtre ou laïc. J’ai eu la confirmation que c’était bien un laïc, doublé d’un heureux père de famille, par l’article qu’il fit paraître dans un quotidien, délaissant à titre exceptionnel sa chronique religieuse pour relater un match OM-PSG à Marseille, auquel l’avait entraîné un de ses fils. Certes, il s’en tint à relater l’ambiance chaude du « Vélodrome », ne donnant du match lui-même qu’une évocation rapide en la personne du joueur marseillais Valbuena, dit le « Petit vélo », « tant il court partout, à toute vitesse, infatigable. » Sortant de son angélisme professionnel habituel, il se montrait, certes, moins à l’aise dans le reportage sportif que dans l’évocation de la vie des Saints ou de tout autre fait religieux de la grande et passionnante histoire de l’Église. Mais à la fin de l’article, j’eu comme une révélation : je compris soudain pourquoi il était impossible de soutenir l’idée en faveur du mariage des prêtres. Cette question qui revient, lancinante, chez les obsédés (le mental du républicain, de gauche ou de droite, ne fonctionne que par des enchaînements obsessionnels) ; ils voudraient voir les prêtres mariés, comme ils veulent la généralisation universelle du préservatif bénie par le pape, comme ils veulent, bien sûr, des femmes prêtres, de la même façon qu’ils veulent la mariage homosexuel et le reste, la liste est longue... Pour eux, la religion, qui ne les concerne nullement pour la plupart, s’arrête là et ne va pas au-delà.

Un prêtre marié se trouverait inévitablement, et c’est facile à comprendre mais pas toujours évident pour certains, confronté à des situations susceptibles de troubler la sérénité nécessaire à l’accomplissement de son apostolat divin ; le pire qui pourrait lui arriver, c’est de tomber sur une épouse dispendieuse, beaucoup plus disponible pour feuilleter le journal « Elle », le magazine des bourgeoises désœuvrées dont la vie n’est qu’inutilité prétentieuse de pie jacasse, que pour soutenir la vocation consacrée de son époux ; ou bien qu’elle le trompât avec un jeune et fringant vicaire à la soutane virevoltante à défaut d’être froufroutante ; ou encore, suivant l’évolution des mœurs, que celle-ci se mît en ménage avec une femme prêtre ; ensuite, qu’il ait une fille pourvue par la nature (et par le Bon Dieu !) d’une anatomie avantageuse, sinon accueillante, du moins suffisamment éloquente pour attirer les chiens errants du quartier à la maison (veuillez noter qu’aujourd’hui, on ne parle plus de soupirant !) ; enfin qu’il ne manquât à son bonheur qu’un fils qui entraînerait son géniteur ecclésiastique à 900 kilomètres de Paris pour assister au « Classico » OM-PSG…

Bref, ce serait la fin du monde… Autrement dit la fin de l’Église catholique romaine.

Notons que je pourrais encore noircir le tableau au titre des servitudes ménagères et autres impératifs domestiques liés à la vie familiale…, dans l’esprit de ce petit dialogue plus évocateur que toute démonstration, qui nous en dira plus long sur ce que pourraient être les vicissitudes d’un prêtre marié.

*

La scène se passe au presbytère de la paroisse Sainte-Cunégonde-Hors-les-Murs, dans la banlieue parisienne. L’abbé Antonin Duverdier est le type même du prêtre catholique moderno-progressiste, parfait produit ou sous-produit de l’« aggiornamento » issu du concile Vatican II. Il est le curé de la paroisse, marié et père de famille. On est en 2034, après que le dernier pape eut enfin décidé le mariage des prêtres, et après avoir autorisé les femmes consacrées à porter la mitre, c’est-à-dire à s’affirmer comme les descendantes des Apôtres ; d’ailleurs une papesse occupant le Siège de Saint-Pierre est une hypothèse très officiellement admise par le Vatican ; celui-ci, devenu propriété privée du célèbre groupe bancaire américano-planétaire Roth-Rock, est désormais sponsorisé par Google qui assure la communication pastorale, Ferrari qui achète des indulgences pour faire gagner ses voitures, les pâtes Panzani, fournisseur des cuisines vaticanes en hommage à Dom Camillo, et le Club Méditerranée, division PÉLOS (pèlerinages organisés) ; certes, la papesse ne sera pas la Papesse Jeanne mais peut-être Sa Sainteté Ginette I, the First Lady of the Vatican Pope !

Ce dernier pape s’est d’ailleurs mis lui-même au diapason en tenue de clergyman blanc ; grande nouveauté, parce qu’il ne faut jamais cesser de paraître moderne et progressiste, il est toujours accompagné de deux anges protecteurs, incarnés par deux très chères sœurs revêtues d’une coule en soie blanche, coupe biaisée relevée sur le devant au-dessus du genou, ceinte d’une étole en mousseline de soie or, un voile blanc retenu par un serre-tête en amidonné noir bordé de blanc autour du visage, et prolongé par une guimpe carrée sur un scapulaire d’hermine rouge, des escarpins blancs montants, laissant entrevoir des jambes délicatement soulignées par des bas blanc pastel. Quant au brave curé de Sainte Cunégonde, il occupe le presbytère à titre de logement de fonction depuis que l’Église catholique de France est rattachée, comme la police, au ministère de l’Intérieur, Sous-direction des affaires avec l’Au-delà ; il occupe les lieux en famille, avec sa femme, ses trois enfants, dont le petit dernier, Gilbert, celui qu’on n’attendait pas, qui s’est invité dans la famille sans prévenir.

*

Le père Duverdier pose le biberon sur la table, et soulève l’enfant.

— L’abbé (Pour lui-même) : Ah, là là !...Ça y est !... Le petit cochon ! Il a fait sur mon pantalon de clergyman… Germaine ! Germaine !

Il attrape une couche, essuie son pantalon puis les fesses humides de bébé.

— Madame (Hors champ) : Quoi, encore ?

— Gilbert a fait pipi sur moi… Veux-tu le prendre, un instant, le temps de changer de pantalon ?

— Je me prépare (pour sortir).

— Gilbert est tout mouillé. Il faut le changer.

— Si tu n’avais pas mis Fatima à la porte, elle s’en serait chargée.

— Je ne te parle pas de Fatima, je te le demande… À toi.

— Eh ! bien, moi, je te dis que tu n’avais qu’à garder Fatima. Pour un prêtre qui œuvre en faveur du dialogue interreligieux, tu n’es pas très cohérent dans tes actes…

— Je ne pouvais pas garder cette fille à la maison, tu le sais bien. 

— Et toi, tu ne serais pas obligé de porter le petit chez ta cousine Léontine.

— Elle faisait de la provocation…

— Tu parles ! Parce qu’elle venait travailler chez nous en burka !...

— Eh bien, oui, en burka… Et tu trouves cela normal, toi ?...

— Oh, il n’y a pas de quoi en faire un drame !

— Ah non ?... Parce que tu trouves normal qu’une servante travaille en burka chez un prêtre catholique ? Et tu ne vois rien de choquant ?... Même pas que cela sent la provocation à plein nez ?

— Si tu lui avais gentiment rappelé qu’elle est entrée à notre service habillée normalement, les choses auraient pu s’arranger.

— Mais Bon Dieu de Bon… (Il se reprend) Pardonnez-moi Seigneur !… (Il fait le signe de croix). Bon sang de bon soir, comprend donc qu’elle est sous l’influence des imams du coin… Ils l’ont poussée à porter la burka pour venir chez nous… Dans la famille d’un prêtre catholique, tu te rends compte ? C’était une véritable déclaration de guerre !

— Jusqu’à présent, elle n’a pas fait trop de dégâts, la guerre…

— Fatima est sous l’influence de l’imam Jean-Ahmed du Bavoir de la Mollardière… Il nous en veut à mort, ce personnage ! Il n’y a pire que les convertis ! C’est un bloc de haine, de fanatisme musulman pur…

— En attendant, dépêche-toi de langer le petit… Et change de pantalon.

— C’est toujours la même histoire ! C’est quand j’ai besoin de toi que tu n’es pas là…

— Excuse-moi, chéri, mais j’ai un essayage. Après, il faudra que je passe acheter des chaussures pour le mariage de Gisèle.

— Et moi j’ai trois visites de malades, deux extrême-onction, et à partir de 17h, des confessions et un chemin de Croix… Je te rappelle que nous sommes la Semaine sainte… Après la messe vespérale, j’ai une réunion paroissiale. Entre temps, il faudra que je cale un rendez-vous pour recevoir une paroissienne qui prétend avoir des visions horribles dans son sommeil ; elle voit des esprits danser sur son lit, et le lit se met à trembler, alors tu vois ; elle a des sueurs, elle hurle comme si elle allait mourir… Elle dit que le diable la possède... Moi aussi, j’ai une journée chargée…

— Antonin, mon chéri, je t’ai déjà dit que je n’aimais te voir tourner autour des femmes hystériques qui ont des apparitions nocturnes… Surtout quand le lit tremble…

— Il faut bien que je fasse sortir le Malin. En attendant, tu regarderas la télé ce soir, sans moi.

— Sans toi et sans ton fils Jean…

— Jean ?... Pourquoi, Jean ?

— Ton cher fils rentre de plus en plus tard le soir.

— C’est de son âge ; il est avec ses copains, il faut bien que jeunesse se passe.

— Je trouve qu’il sent un peu trop souvent la Marie-Jeanne…

— Quoi ?!... Tu veux dire que mon fils fume de la marijuana ?

— Oui, mon cher… Ton fils chéri se pète des tafs avec ses potes.

— Eh bien, on aura tout vu !… Mon Jeannot se drogue ! À treize ans !

— Mais tu n’as encore rien vu… À force de t’occuper de tes ouailles et de négliger ton ménage, tu ne vois même plus tes enfants ; ni dans quel sens ils grandissent…

— Qu’est-ce que tu veux dire ?...

Germaine apparaît dans le salon, prête à sortir.

— Puisque nous en sommes à évoquer les grandes questions de la vie entre deux portes, je t’informe que ta fille aînée, Crescence, manifeste clairement des tendances homosexuelles. Elle s’en est ouverte à moi.

— Non, mais qu’est-ce que tu me racontes, là ?... Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible, enfin !… Pas ça, pas à moi !

— Eh, si pourtant…

— Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour subir tant d’avanies ! Seigneur Dieu, moi qui suis votre fidèle serviteur, affectueux et dévoué !... De quelles offenses me suis-je rendu coupable pour mériter de si injustes contrariétés ?

— Tu ne trouves pas curieux que les enfants d’un prêtre n’osent même pas se confier à leur père, tellement tu as négligé de te mettre à leur écoute ? D’entendre leurs confidences ?... Tu es plus à l’aise pour confesser les vieilles pies de la paroisse.

— Germaine, ce que tu m’apprends là, c’est comme si le saint Ciel me tombait sur la tête… Il faut qu’on parle, Germaine… Il faut absolument qu’on se parle…

— Oui, eh bien, pas maintenant. N’oublie pas de prendre la poussette pliante… Léontine va aller en course ; elle emmène Gilbert. À plus tard, chéri.

L’abbé Duverdier s’assoit, comme écrasé de lassitude, tenant le bébé qui se met à pleurer dans ses bras… Entre-temps celui-ci a aggravé son cas en faisant la grosse commission qui commence à sentir et à dégouliner sur les côtés ; il achève de souiller le beau pantalon de clergyman… L’abbé rappelle sa femme qui va pour sortir.

— Germaine !...

— Quoi, encore…

— Viens… Viens ici, écoute-moi.

— Je suis là, je t’écoute.

— Ce que tu m’apprends là déchire mon âme de pasteur. J’ai pourtant moi aussi certaines choses à te dire…

— Dis toujours.

— Il ne faudrait pas que la quête du dimanche passe dans tes achats de robes et de produits de beauté… Tu sais bien que ta façon de t’habiller fait jaser ; Monseigneur m’a déjà fait de discrètes remontrances à ton sujet… De plus, le M. le Préfet m’a fait savoir que les frais de fonctionnement de la paroisse Ste-Cunégonde étaient anormalement élevés, et qu’il fallait se restreindre…

— C’est tout ?

— Non. J’ai autre chose.

— Au point où nous en sommes…

— Je t’aime, Germaine… Entre Dieu et Toi, c’est terrible, je n’arrive pas à choisir, à me décider… Tu as en ce moment, devant toi, l’homme le plus malheureux du monde.

— Grand idiot, va ! On en reparlera plus tard (Elle sourit et lui donne une tape sur la joue). Pense à mettre des chaussettes à Gilbert avec ses quenettes. Le temps s’est rafraîchi.

Madame l’abbé Duverdier pivote et se dirige d’un pas alerte vers la porte.

En somme, l’échec de deux vocations : celle de prêtre, celle de père… Peut-être une troisième : celle d’homme. Et encore, je me suis montré plutôt gentil dans cette caricature : ils s’aiment ; je vous ai épargné la classique scène de ménage…

Cela me rappelle ce prêtre orthodoxe ou d’obédience orientale, je ne me souviens plus, lançant aux autorités romaines en forme de mise en garde : « Surtout ne changez rien ! », rappelant que le mariage, et les affaires familiales qui en découlent, compliquent la vie du prêtre, réduisent sa disponibilité, altèrent sa capacité de dévouement, le portent à donner davantage de son temps aux siens qu’à autrui ou l’inverse — ce qui est tout aussi coupable —, tout cela ayant pour conséquence de perturber l’exercice serein de son sacerdoce, à défaut de rendre sa situation maritale grotesque tellement elle est en contradiction avec son apostolat.

*

N’entrons pas dans le détail ni ne relevons la stupidité qu’il y a à parler de « mariage des prêtres » de nos jours, vu l’âge moyen de ceux qui sont encore en activité ; il serait plus décent de parler à leur propos d’extrême-onction que de mariage. La vraie question est de savoir si l’Église catholique romaine est en situation de faire accéder un homme marié au diaconat, dans quelles conditions, et quelle serait l’étendue de ses prérogatives apostoliques : une question de toujours qui n’a jamais cessé de se poser au cours des âges. Il est vrai que ce qui intéresse le gros public aujourd’hui, c’est le côté sulfureux du prêtre qui se prend les pieds dans la soutane, poussé à la faute par le charme vénéneux d’une Messaline de rencontre ; ou de ces femmes à curés qui se vantaient naguère du nombre de tonsurés qu’elles accrochaient à leur tableau de chasse ; des ragots de poubelles à faire frissonner les ménagères. De toute façon, ce public mal dégrossi n’a de connaissance en matière religieuse que ce qui ne fait même plus scandale de nos jours : le mariage des prêtres, les prêtres défroqués qui pourraient à eux seuls monter une amicale des anciens aussi nombreuse que le clergé en exercice —, le préservatif, les femmes prêtres, les enfants d’iceux… Sa spiritualité s’arrête là. Le problème est qu’en plus d’être gros et pas très fin, ce public fait nombre : la grande presse, à scandale ou pas, a bien compris où était son intérêt et ce qui faisait vendre ; elle se fait un plaisir de débiter à pleines pages de ces potins indignes dont se goinfre son public à elle, toujours prêt à gober le moindre racontar et à se satisfaire de toutes les énormités dont il se gave à longueur de journée.

En écrivant ces lignes, je pense aussi à l’ex-prêtre défroqué, Jean-Claude Barreau, qui fut à l’époque de ma jeunesse le curé médiatique par excellence. Curé des loubards, peut-être moins voyant dans le registre « blousons noirs » que le curé Guy Gilbert, autre curé à loubards avec ses santiags, son perfecto, sa dégaine de biker et son langage de garçon d’écurie, mais en plus flamboyant. D’une origine familiale ambivalente, juive côté maternel, athée de l’autre (déjà, un lourd bagage au départ !), Jean-Claude Barreau se convertit au catholicisme et accède à la prêtrise à l’âge de 27 ans.

Une dizaine d’années plus tard, celui que l’écrivain Michel de Saint-pierre traitait de pin-up boy, jette son froc aux orties et provoque le scandale en se mariant au grand jour. Par la suite, multipliant les activités d’écrivain, de journaliste, d’éditeur, homme de gauche déclaré, il deviendra haut-fonctionnaire et se verra nommé successivement à la tête de divers organismes républicains, selon les gouvernements et selon leur couleur politique, menant parallèlement une inlassable activité médiatique. Comme si cela ne suffisait pas, sa fille C., athée et homosexuelle revendiquée, a cru bon dernièrement de se révéler au public et d’en rajouter — non sans une certaine complaisance — en racontant l’histoire filmée de son père. Que cette jeune femme se rassure, dans son rôle de fille de curé qu’elle semble mettre en avant pour soigner ses bleus à l’âme, admettons-le, et s’attirer les bonnes grâces d’un public porté à l’anticléricalisme primaire qui aura tout lieu de se réjouir de ce genre de confession impudique, personne ne lui reprochera d’être la fille du péché ; mais beaucoup lui reprocheront son manque de décence, qui semble être décidément la marque de fabrique de la famille.

Pour avoir maintes fois entendu Jean-Claude Barreau et d’autres personnages de son acabit à la radio ou ailleurs, on chercherait en vain l’étincelle de spiritualité susceptible d’avoir déterminé l’engagement religieux de ces personnages, et l’on se demande quel a été le sens de leur vocation initiale, si toutefois ils ont éprouvé cette vocation, et si celle-ci n’a pas été l’excuse d’une sorte de snobisme poseur, ou l’effet induit de la pression familiale qui altère le jugement objectif ; j’entends le plus souvent de leur part un discours politico-social ou humaniste, mais rarement l’évocation d’un sacerdoce dominé par une foi sincère réellement vécue ; certains m’objecteront que c’est l’éternelle dualité entre la foi et les œuvres. Saint-Paul donne la réponse à cette interrogation que je rappelle de mémoire : il n’y a pas d’œuvre sans la foi ; il n’y a de justification que par la foi. S’en tenir au seul versant social de son sacerdoce, c’est dénaturer le sens de sa profession de foi envers Dieu ; c’est en quelque sorte profaner sa vocation, la vider de tout contenu spirituel ; dans ce cas, on prend sa carte du Parti socialiste ou communiste, on ne devient pas curé ; n’oublions pas que le curé, comme son nom l’indique, a pour mission première de développer la conscience morale de ses fidèles, c’est-à-dire d’assurer leur édification morale et spirituelle par la pratique de la foi, et par la propagation de l’image rédemptrice du Sauveur, à travers sa parole et son exemple.

Par nature et par expérience, je me méfie des convertis ou vocations tardives qui en font trop pour se singulariser ; cela est d’ailleurs vrai dans tous domaines de la vie, y compris en politique. Dans l’environnement hédoniste de cette époque jouisseuse, sexualisée, au matérialisme agressif et sans retenue, il me semble que la formation des prêtres devrait s’éprouver jusqu’à un âge plus avancé. Il est vrai que les séminaires d’avant et après Vatican II ont été de plus en plus relâchés — pour certains, le mot « relâché » étant un euphémisme ; on finissait par se demander si, ce qui commençait à ne plus ressembler à l’Église du Christ, n’allait pas recruter son personnel religieux dans les files d’attentes des chômeurs inscrits à l’Agence Nationale pour l’Emploi (aujourd’hui Pôle Emploi), tellement certaines vocations paraissaient factices et révéler plus les carences intellectuelles et morales du personnage que son élévation spirituelle ; des fonctionnaires de Dieu, des démagogues, oui ; des pasteurs évangéliques de l’Église du Christ, non. Et je ne parle pas ici des conséquences désastreuses du concile Vatican II, dont les multiples « novations » et autres aggiornamentos frisent ou relèvent de la provocation hérétique.

À trop vouloir adapter l’Église au monde, à la « moderniser », on la vidait de sa substance doctrinale et de sa vocation pastorale fondamentale ; elle tendait de plus en plus à prendre les chemins de la Réforme protestante, voire à connaître un sort pire : être transformée en ONG de type Dieu sans frontières, avec des french curés new-look récitant à haute voix le nouveau credo des droits de l’homme. Si l’Église vit dans le monde, s’en imprègne (c’est la volonté de Jésus-Christ), son rôle n’a cependant jamais été de s’adapter à son temps, ni d’être de son temps, mais d’être DANS son temps, et de l’infléchir à son esprit, à la divinité du Christ, tout en le laissant évoluer dans les domaines qui ne relèvent pas de son ressort. On ne s’étonnera pas, après cela, que les églises se soient vidées, que la qualité du personnel religieux sécularisé trop souvent soumis aux influences délétères du marxisme et de la modernité se soit dégradée, et que certains de ces servants parmi les plus légers aient donné prise aux déviances les plus scandaleuses comme les actes de pédophilie, à la grande satisfaction de la camarilla laïcarde, toujours à l’affût du moindre ragot chez l’ennemi de toujours pour faire oublier ses propres turpitudes. Aujourd’hui, la Tradition semble relever le défi et donner plus de profondeur, de consistance spirituelle aux nouvelles générations de prêtres, solidement formés et théologiquement plus affermis. Reste à savoir si cela suffira à sauver l’Église de son « obsolescence programmée » ! (2013)

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Note. Cette chronique se comprend par rapport au contexte de l’époque et à des faits qui se sont produits à ce moment-là. Entre temps, le terrorisme islamique a fait une irruption sanglante et meurtrière sur le territoire français et européen. À part les quelques irréductibles de vieille tradition anticléricale qui n’ont plus que leurs obsessions névrotiques comme viatique intellectuel, et ne voient de danger que par l’Église catholique, on entendrait une mouche voler. Il est vrai qu’une pseudo-religion qui se propose de convertir les « infidèles » le couteau sous la gorge, cela fait réfléchir et relativise la perception qu’ont certains du monde des réalités.

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