Problèmes de vessies

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Dans les années qui suivirent Mai-68, je tombais en arrêt devant un livre portant en couverture ce titre fantasmatique d’un auteur féminin : « Pipi debout ». Lecteurs perspicaces auxquels rien n’échappe, vous aurez tout de suite deviné, à travers cet intitulé évocateur, toute l’intensité symbolique qu’il recèle. En deux mots, il résume la problématique de la domination de l’homme sur la femme dans la posture pipi. Bon… Après tout, pourquoi pas ? Ne pas contrarier ces dames dans les grands moments de la vie, sous peine de les entendre geindre à longueur de temps, et pleurnicher sur notre épaule qu’elles sont incomprises.

Ne me demandez pas ce que pouvait contenir ce monument de civilisation de l’esprit ; le delirium cérébro-vaginal qui frappe certaines représentantes du sexe féminin n’étant pas l’objet de mes préoccupations métaphysiques, je n’y prêtai point attention, sauf à en constater l’existence matérielle sous forme de document avec ce titre mystérieux un rien racoleur.

Et sauf qu’il me renvoie, comme en écho, à un autre ouvrage du même genre paru à la même époque. J’ai oublié le titre et l’auteur. Peu importe. Je ne voudrais pas insister lourdement ni m’égarer dans l’allusion triviale plus qu’il n’est décent, mais il apparaît de façon prégnante que les fictions de mictions sont de nature à bouleverser la cervelle de ces dames. Je suis donc tombé dessus par le plus grand des hasards. Ainsi va la vie. J’en fais état dans les Chroniques parce que, ne nous y trompons pas, ces aspects de l’existence ont leur importance, et ne sont pas aussi innocents qu’il y paraît de prime abord. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’il s’agit d’une dame, une féministe américaine. Dans la catégorie viragos de choc, on le sait, les consœurs en sororité de la bannière étoilée font très fort elles aussi.

Cette distinguée porte-parole de la gent féministe US nous apprend donc que c’est dans la façon de pisser qu’on reconnaît la différence la plus marquée entre l’homme et la femme. Un détail qui jusque-là, il est vrai, avait quelque peu échappé à ma virile sagacité d’identifié de sexe masculin, et, jusqu’à preuve du contraire, genré sans la moindre ambiguïté. Preuve également qu’il y a au moins une différence entre l’homme et la femme. Notez que cette différence physique aurait pu tout aussi bien résider dans la manière de faire des enfants (et aussi dans certains aspects de la psychologie profonde de l’homme et de la femme que la décence m’interdit d’évoquer). Oui, mais, les enfants, est-ce que cela compte aujourd’hui ? Dans notre société moderne, l’enfant est devenu un déchet que la femme expulse de son corps pour l’évacuer vers l’incinérateur, comme on évacue ses intestins en tirant la chasse. Cela, dans le meilleur des cas ; dans le pire, on vend le fœtus aux trafiquants d’organes, aux spéculateurs de la mort et autres quelconques professeurs Belzébuth penchés sur les cornues bouillonnantes du Diable. Un enfant pour combler le vide dans la vie de madame, à la rigueur, ou une bestiole de compagnie pour tromper son ennui ou sa solitude, pas plus. Par contre, il est hautement important, pour l’édification des générations futures, de savoir comment Madame et Monsieur font leurs petits besoins, chacun à sa façon, selon sa propre conformation physiologique. Chance ou malchance, nous avons échappé à la catégorie gros besoins ! Dommage ! Il eût été hautement intéressant de savoir ce que la dame en question avait d’innovant à dire sur le sujet. Là, nous n’étions plus dans le pipi, nous dérapions dans le caca et nous allions valdinguer dans les décors. Comme quoi, il faut toujours faire attention où l’on pose le pied.

Bref, afin de se bien pénétrer de la chose (si j’ose dire), il ne suffit pas d’en parler, il faut approfondir, théoriser. Et l’excellente créature de nous expliquer que le jet masculin, horizontal, décrivant un ample mouvement arrondi, symbolise la liberté de l’homme, son pouvoir de domination sur la femme ; tandis que le jet de la femme, vertical, droit comme un lien qui la retient au sol, rabaissée dans une position humiliante, symbolise sa soumission à l’autorité du mâle ou quelque chose comme ça… Suivaient deux ou trois pages de commentaires érudits.

Toutes les questions sont bonnes à examiner, je veux bien… Sauf que, là aussi, cette délicieuse enfant devait ignorer certains des aspects les plus évidents de la physiologie masculine : c’est justement quand il a le plus de pouvoir que l’homme pisse le moins loin et se fait même pipi dessus ; pour une raison très simple, purement mécanique : il est à l’âge où les hommes connaissent généralement des problèmes de prostate — entre autres ! Peu ou prou, aucun n’y échappe. Et la fière évacuation du garçon de jadis se transforme, chez le papy à la main tremblotante, en une déroute vésicale peu glorieuse, le réduisant à un laborieux et poussif goutte-à-goutte accompagné de geignements désespérés, trahissant l’effort que coûte de pousser la dernière gougoutte rétive à l’évacuation ; avec une certaine tendance à s’arroser et à mettre à côté, si bien que la cuvette des WC n’est plus assez large pour viser juste… Mais, au fait, pourquoi vous entretiens-je de ces histoires de pipi à dormir debout ? Parce que c’est avec ce genre de scories intellectuelles qu’on pourrit littéralement la cervelle de nos jeunes filles. Tout cela, n’est pas gratuit ni le fait du hasard. Il s’agit bien de pourrir les mœurs de nos sociétés, de détruire notre civilisation, et, pour atteindre ce but, d’utiliser la femme (comme les jeunes !), la dénaturer, pervertir son rôle biologique et social de mère et d’épouse… Mais c’est un autre problème… En attendant de résoudre cette question délicate, je m’en tiendrai là de nos affaires de mictions, sinon on va finir par se croire aux cabinets.

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