Oh, Delphine !

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Je ne la connaissais pas plus que cela. Dans les années 1960, le cinéma pour lequel je me passionnais à l’époque était loin du sien ; elle a appartenu à ce qu’on a appelé la Nouvelle Vague, laquelle, à quelques productions près, s’est fait juge du cinéma de papa et a failli l’enterrer définitivement. Aujourd’hui, le cinéma de papa et le cinéma tout court sont enterrés pour de bon, ce qui doit satisfaire les héritiers de cette dite Nouvelle Vague et des adeptes de la culture avant-gardiste. Elle est restée pour moi une sorte de comédienne marginale à tendance féministe ; elle a fait les belles heures de cinéastes comme Resnais, Truffaut, Duras. Le seul souvenir que j’ai conservé de cette actrice, sans avoir vu un de ses films sinon quelques extraits, est que c’était une belle femme et qu’elle s’appelait Delphine Seyrig. J’avais presque oublié jusqu’à son nom, lorsqu’à la suite d’une recherche sur YouTube je tombe sur une interview qu’elle livre dans une vidéo de quatre minutes. Par curiosité je visionne. Quatre minutes qui sont un véritable choc. Quatre minutes d’un concentré de rancœur féminine et de délire existentiel qui vous met K.O. Quatre minutes qui témoignent à quel point pouvait être poussée l’hystérie féministe, laquelle annonçait déjà clairement l’époque que nous vivons aujourd’hui.

Je devrais être vacciné, voire blindé, depuis le temps que j’observe, certes de loin, le féminisme comme phénomène de société. Mais on ne s’y fait pas, et lon n’est jamais déçu par les productions de ces dames au mental quelque peu tourneboulé…

Aussitôt l’idée me vient de transcrire mot à mot cette interview et de la traiter dans le cadre de mes Chroniques de la décadence. Si je la publie en Une du site de Force Française, c’est parce que nous sommes à une époque marquée par les violentes attaques contre la famille menées durant le quinquennat républicain du socialiste Hollande, visant à son éclatement et à sa disparition pure et simple (au même titre que la nation et la religion catholique). Et ce combat est mené tambour battant par des bataillons de féministes conquérantes au sein des différents gouvernements Hollande, instrumentées par le monde politicien masculin à cette seule fin : mariage homosexuel, théorie du genre, GPA (Grossesse par autrui), PMA (Procréation médicale assistée), avortement remboursé à 100%, délits d’entrave à l’IVG, etc…

J’avais deux manières de présenter la chose : soit de publier le texte brut, soit de le tourner en dérision en l’assaisonnant de commentaires ironiques, ma manière de traiter à rebrousse-poil les élucubrations de la gente féministe. Je livre les deux à la sagacité du lecteur. J’en viendrai sur le fond à la suite des deux textes, car la question est grave au vu des répercussions qui en résultent sur l’état de notre société d’aujourd’hui.

Dans ce clip vidéo, l’image est exécrable mais le son assez bon. La femme qui mène l’entretien n’est pas visible ; elle apparaît une fois, assise de dos. Il semble que ce soit un montage fait d’extraits d’une interview plus longue. Quatre minutes suffisent pour tout comprendre.

*

Première version.

« Le bonheur, c’est d’abord l’indépendance ; d’abord c’est la liberté et l’indépendance. Par-là, j’entends que, puisque je suis une femme, mon bonheur ne dépende pas de quelqu’un d’autre, ne dépende pas d’un homme, par exemple ; je pense qu’à partir du moment où mon bonheur dépend d’un homme, je suis une esclave et je ne suis pas libre. La question du bonheur alors parlons-en : les femmes gagnent moins d’argent que les hommes ; les femmes sont obligées en plus de l’argent qu’elles gagnent, quand elles en gagnent moins que les hommes, d’assumer un travail à la maison qui est gratuit ; quand un homme se marie, il épouse une femme de ménage gratuite ; je suis le type de l’esclave ; je sais exactement ce que c’est que l’image que les hommes veulent avoir des femmes ; seulement à partir du moment où je m’en rends compte et je le dis, je deviens quelqu’un de très antipathique pour les hommes. C’est une prise de conscience, c’est la prise de conscience de toutes sortes de choses, à savoir que je ne suis pas libre ; on croit, on dit volontiers, et à tort à mon avis, que, euh… il existe des femmes libres, et je crois que c’est faux, et je suis la première à savoir que je ne suis pas libre ; par conséquent, il est normal que je sois en mouvement pour être libre ; on ne sait pas ce que c’est l’identité d’une femme ; on n’a jamais vu, on ne sait pas ce que serait une femme si elle n’était pas dans son conditionnement, dans… dans son environnement, dans tout ce qu’on lui a appris à être dès l’âge de… disons l’âge verbal ; il y a une culture féminine et une culture masculine ; il est évident, par exemple, on se pose des tas de questions, pourquoi est-ce que les femmes ne sont jamais des grands artistes ? Pourquoi est-ce que depuis la nuit des temps on parle de Michel-Ange, de… de tout ce qui est art, dans notre civilisation [qui] est le fait des hommes, pas des femmes. Alors les femmes, est-ce qu’elles pensent qu’elles sont moins douées, moins intelligentes, que le génie est une chose qui ne leur appartient pas ; on peut décider que les femmes sont inférieures ; c’est une décision qu’on peut prendre : c’est une décision raciste… La question est que les femmes veulent se prendre en mains elles-mêmes. Elles veulent…

— Il n’y a pas (ou pas un peu, inaudible) de racisme là-dedans ?

— Où est le racisme ? Où est le racisme ? Qui a ségrégué les femmes ? Pourquoi est-ce que les femmes ne peuvent pas flâner dans la rue à minuit ? Pourquoi est-ce que… euh, euh, pourquoi est-ce que les hommes peuvent flâner à toutes les heures de la nuit ? Qui commet les viols ? Est-ce les femmes qui violent les hommes ? Qui fait la ségrégation, qui tient tous les journaux politiques ? Je ne parle pas des journaux féminins qui nous apprennent la mode et la couture, mais je parle des journaux politiques ; ils sont entre les mains de qui d’une façon générale ?... La plupart des enfants qui existent au monde sont des accidents, on le sait parfaitement ; mon enfant n’est pas un accident, mais les raisons pour lesquelles j’ai voulu l’avoir sont très douteuses à mon avis ; c’était justement peut-être pour correspondre à une image du bonheur, ce bonheur mensonger, hypocrite, qui fait que toute femme croit qu’elle n’est pas une vraie femme, si elle n’a pas à un moment donné un enfant, ce que je crois totalement faux, et, euh, euh, l’instinct maternel est une chose très douteuse, dont je doute énormément, parce que les hommes, il se trouve ne l’ont pas cet instinct maternel ou paternel… Si une femme n’est pas mariée, elle est fichue puisqu’elle ne gagne pas d’argent ou pratiquement pas, elle n’a pas d’avenir ; il n’y a aucun poste, euh, il n’y a aucun avenir pour elle ; elle est forcément dépendante du mariage ; le mariage est une forme de… euh… une forme disons de… de, pour prendre un mot énorme, mais une forme de prostitution ; la femme se donne physiquement, gratuitement, et elle fait le ménage gratuitement pour un homme, moyennant quoi elle est logée, nourrie ; mais il faut qu’elle se lève la nuit pour torcher les gosses et pour les soigner ; quand elle a un travail et que son mari a un travail aussi, et que les enfants sont malades, qui est-ce qui reste à la maison ? C’est la femme parce que finalement sa contribution financière au ménage est accessoire ; c’est quand même l’homme qui, lui, continue à travailler. Les femmes sont conditionnées à servir les autres et à ne pas s’occuper d’elles-mêmes ; elles sont conditionnées à être toujours au service de l’extérieur, quitte à se maquiller d’ailleurs, et à tout faire pour les autres pas pour elles-mêmes, mais pour être acceptées par les autres.

J’ai les mains qui tremblent ; je ne suis pas à mon aise, parce que j’ai trop à dire, il y a un trop plein ; beaucoup de femmes ont ce trop-plein en elles ; c’est justement, ça prouve que leur vie n’est pas ce qu’elle devrait être ; et je crois que c’est important à dire, parce que je le ressens moi-même, là, en ce moment ; et je trouve que, euh, étant une femme, je voudrais qu’on sache que j’en suis consciente, et que je sais que beaucoup de femmes partagent ça avec moi.

— De là vient sûrement cette agressivité qu’a souvent le mouvement de libération des femmes et qui n’est pas sympathique, et euh, ça vient peut-être de là.

— (DS fait un signe de dénégation). Je ne sais pas si le calme des hommes est tellement sympathique. »

*

Deuxième version (commentaires tempérés en raison du caractère posthume de la réponse)

« Le bonheur, c’est d’abord l’indépendance ; d’abord c’est la liberté et l’indépendance (La liberté et l’indépendance n’existent pas sans responsabilité pour un homme, encore moins pour une femme). Par-là, j’entends que, puisque je suis une femme, mon bonheur ne dépende pas de quelqu’un d’autre, ne dépende pas d’un homme, par exemple (Non, pas par exemple : surtout pas d’un homme !) ; je pense qu’à partir du moment où mon bonheur dépend d’un homme, je suis une esclave et je ne suis pas libre (Par contre, qu’il dépende de l’État ou d’un patron, c’est parfait). La question du bonheur, alors parlons-en : les femmes gagnent moins d’argent que les hommes (Différentiel compensé, et supériorité de l’autorité de l’homme à l’autorité de la femme dans le travail, c’est normal) ; les femmes sont obligées en plus de l’argent qu’elles gagnent, quand elles en gagnent moins que les hommes (Précision importante), d’assumer un travail à la maison qui est gratuit (Que le don de soi soit gratuit me paraît une évidence) ; quand un homme se marie, il épouse une femme de ménage gratuite (Sa plus affectionnée femme de ménage gratuite d’entre toutes les femmes de ménage pas gratuites) ; je suis le type de l’esclave (De Balzac : « La femme est une esclave qu’il faut mettre sur un trône. » ; ce que je me suis permis de rectifier : « Voyons, cher Honoré ! Dès lors que la femme entre en possession de son homme, elle est déjà sur le trône. ») ; je sais exactement ce que c’est que l’image que les hommes veulent avoir des femmes ; seulement à partir du moment où je m’en rends compte et je le dis, je deviens quelqu’un de très antipathique pour les hommes (Pour un homme normal, certainement). C’est une prise de conscience, c’est la prise de conscience de toutes sortes de choses, à savoir que je ne suis pas libre ; on croit, on dit volontiers, et à tort à mon avis, que, euh… il existe des femmes libres, et je crois que c’est faux (Bien sûr que c’est faux : les prostituées se sont attribué l’expression « femme libérée » par désir de reconnaissance sociale), et je suis la première à savoir que je ne suis pas libre (Un peu de lucidité ne fait pas de mal) ; par conséquent, il est normal que je sois en mouvement pour être libre ; on ne sait pas ce que c’est l’identité d’une femme (J’avoue que pour un homme, c’est parfois difficile à cerner) ; on n’a jamais vu, on ne sait pas ce que serait une femme si elle n’était pas dans son conditionnement, dans… dans son environnement, dans tout ce qu’on lui a appris à être dès l’âge de… disons l’âge verbal ; il y a une culture féminine et une culture masculine (Tiens, je n’avais pas remarqué !) ; il est évident, par exemple, on se pose des tas de questions, pourquoi est-ce que les femmes ne sont jamais des grands artistes ? Pourquoi est-ce que depuis la nuit des temps on parle de Michel-Ange, de… de tout ce qui est art, dans notre civilisation [qui] est le fait des hommes, pas des femmes (C’est atroce, je me sens coupable comme homme et je n’ai pas de réponse à donner). Alors les femmes, est-ce qu’elles pensent qu’elles sont moins douées, moins intelligentes, que le génie est une chose qui ne leur appartient pas ? On peut décider que les femmes sont inférieures ; c’est une décision qu’on peut prendre : c’est une décision raciste (Tout de suite les grands mots !)… La question est que les femmes veulent se prendre en mains elles-mêmes. Elles veulent…

— Il n’y a pas (ou pas un peu, inaudible) de racisme, là-dedans ?

— Où est le racisme ? Où est le racisme ? Qui a ségrégué les femmes ? (Dieu. Il l’a voulu ainsi).  Pourquoi est-ce que les femmes ne peuvent pas flâner dans la rue à minuit ? (Parce qu’elles ne sont pas des hommes ; Dieu l’a voulu ainsi). Pourquoi est-ce que… euh, euh, pourquoi est-ce que les hommes peuvent flâner à toutes les heures de la nuit ? (Parce que ce sont des hommes ; Dieu l’a voulu ainsi). Qui commet les viols ? (Les hommes, Dieu l’a voulu ainsi : la justice des hommes répond de leurs actes). Est-ce les femmes qui violent les hommes ? (C’est regrettable pour les hommes, mais les femmes ne violent pas les hommes : elles en sont physiquement empêchées ; Dieu l’a voulu ainsi… Et l’on pourrait allonger la liste infinie de ces « pourquoi » récriminatoires auxquels Dieu seul a la réponse). Qui fait la ségrégation, qui tient tous les journaux politiques ? Je ne parle pas des journaux féminins qui nous apprennent la mode et la couture, mais je parle des journaux politiques (Vous voulez sans doute parler de ces horribles torchons bourrés de pub que sont devenus les journaux féminins, qui n’apprennent ni la mode, encore moins la couture, encore moins que rien du tout, mais qui exaltent ce qu’il peut y avoir de plus profondément malsain chez la femme dénaturée ?) ; ils sont entre les mains de qui d’une façon générale ? (Entre les mains de gens que vous avez fréquenté, chère Delphine, et qui ne sont pas des politiciens)... La plupart des enfants qui existent au monde sont des accidents, on le sait parfaitement (Les enfants des accidents ? Vous devriez quand même réfléchir aux mots que vous employez et circonstancier vos propos) ; mon enfant n’est pas un accident, mais les raisons pour lesquelles j’ai voulu l’avoir sont très douteuses à mon avis (La marâtre en a-t-elle parlé entre quatre-z-yeux avec sa « raison très douteuse » — je veux dire son fils ?) ; c’était justement peut-être pour correspondre à une image du bonheur, ce bonheur mensonger, hypocrite, qui fait que toute femme croit qu’elle n’est pas une vraie femme si elle n’a pas à un moment donné un enfant, ce que je crois totalement faux (Qu’est-ce que vous en savez de son bonheur ?) ; et, euh, euh, l’instinct maternel est une chose très douteuse, dont je doute énormément, parce que les hommes, il se trouve, ne l’ont pas cet instinct maternel ou paternel (Avez-vous déjà fait savoir à un père de famille, d’un milieu autre que celui que vous fréquentez, qu’il n’a pas la fibre paternelle ?)… Si une femme n’est pas mariée, elle est fichue puisqu’elle ne gagne pas d’argent ou pratiquement pas, elle n’a pas d’avenir ; il n’y a aucun poste, euh, il n’y a aucun avenir pour elle (C’est vrai, les enfants ne sont pas un avenir pour la femme ; ils ne sont que des emm... multipliés par autant de lardons dans la maisonnée) ; elle est forcément dépendante du mariage ; le mariage est une forme de… euh… une forme disons de… de, pour prendre un mot énorme, mais une forme de prostitution (Pour être énorme, le mot est énorme !) ; la femme se donne physiquement, gratuitement (C’est très bien), et elle fait le ménage gratuitement pour un homme (C’est très, très bien : que ne ferait-elle pas pour son seigneur et maître, n’est-ce pas ? Évidemment, s’il y avait Conchita pour faire le travail de maman…), moyennant quoi elle est logée, nourrie (Donc elle se donne mais ne se vend pas : elle n’est donc pas la putain de son mari, comme vous le suggérez) ; mais il faut qu’elle se lève la nuit pour torcher les gosses et pour les soigner (Beurk !...) ; quand elle a un travail et que son mari a un travail aussi, et que les enfants sont malades, qui est-ce qui reste à la maison ? (Vi, vi, c’est qui qui reste à la maison, hein ?) C’est la femme parce que finalement sa contribution financière au ménage est accessoire (En lui donnant la signature, les banquiers ont largement contribué à la « libération » de la femme, et du même coup ont permis de doubler les comptes en banque en même temps que l’État doublait les revenus fiscaux : une des « réussites » du clan Rockefeller) ; c’est quand même l’homme qui, lui, continue à travailler (Encore heureux !... 1972 : papa alimente les finances du ménage et maman tient les comptes ; papa se contente de regarder où ils en sont. 2017 : maman, Bac +12, alimente les finances, tient les comptes, gère le ménage ; papa ouvre une bière, saffale sur le canapé et regarde la télé, quand il ne se fatigue pas au tennis). Les femmes sont conditionnées à servir les autres et à ne pas s’occuper d’elles-mêmes ; elles sont conditionnées à être toujours au service de l’extérieur, quitte à se maquiller d’ailleurs, et à tout faire pour les autres pas pour elles-mêmes, mais pour être acceptées par les autres (Mon Dieu, que le destin de la femme est tragique ! Je ne l’avais pas vu comme ça !).

J’ai les mains qui tremblent (On se calme, Delphine) ; je ne suis pas à mon aise, parce que j’ai trop à dire, il y a un trop plein ; beaucoup de femmes ont ce trop-plein en elles ; c’est justement, ça prouve que leur vie n’est pas ce qu’elle devrait être (Ah oui ? Et qu’est-ce qu’elle devrait être leur vie ?...) ; et je crois que c’est important à dire, parce que je le ressens moi-même, là, en ce moment ; et je trouve que, euh, étant une femme, je voudrais qu’on sache que j’en suis consciente, et que je sais que beaucoup de femmes partagent ça avec moi. (Mon Dieu, que le destin de la femme est tragique ! Bis.)

— De là vient sûrement cette agressivité qu’a souvent le mouvement de libération des femmes et qui n’est pas sympathique, et euh, ça vient peut-être de là.

— (DS fait un signe de dénégation). Je ne sais pas si le calme des hommes est tellement sympathique. » Le seul point avec lequel je suis d’accord avec vous, madame : le monde est plein de mufles, de goujats, de malotrus qui portent beau, nul n’en disconviendra ; mais pour être juste, il y a dans le camp d’en face le même contingent de filles de Belzébuth hautement répulsives à l’homme que je ne qualifierai pas par les mots définitifs qui me viennent à l’esprit, laissant à la femme le respect général auquel elle a droit et qu’elle mérite ; mais une chose est certaine qui ne l’était pas en 1972 : la femme victime (hors coups physiques), quarante-cinq ans plus tard, en 2017, c’est terminé et bien terminé.     

*

Le premier commentaire de fond qui vient à l’esprit d’un homme mûr : cette femme est un bloc d’égocentrisme ou d’égotisme vaginocentré. On a l’impression que, s’adressant à l’universalité des femmes, elle ne parle que pour elle ; de ses blessures intérieures qu’elle laisse pressentir, de sa révolte contre les hommes. Que s’est-il passé dans son enfance, dans sa vie de jeune fille ou de femme pour qu’elle en arrive à une telle extrémité ?… Et nous allons voir qu’elle va loin ! Quelle déceptions cruelles, quelles trahisons, quels désenchantements a-t-elle subis dans son cœur de femme alors que tout lui souriait dans la vie, y compris dans sa vie professionnelle que couronnaient le talent et une authentique beauté ? Elle aurait pu rejoindre les grandes comme les Morgan, Darrieux, Presles, Signoret et autres… À moins que son combat de féministe ne soit qu’une posture, voire un caprice d’enfant gâtée, de bourgeoise sevrée de toutes les affections de l’enfance, se retrouvant à l’âge adulte emportée dans le tourbillon de la vraie vie qui n’est pas faite que des souvenirs sucrés des temps heureux.

Sa fiche Wikipedia nous apprend qu’elle est fille d’un couple de protestants franco-suisses ; son père, Henri Seyrig, était archéologue et descendant d’une lignée d’industriels, sa mère, Hermine de Saussure étant elle-même descendante d’une famille d’illustres savants genevois, dont le linguiste Ferdinand de Saussure. Née en 1932 à Beyrouth, elle suivra sa famille au hasard des déplacements du père. Elle sera scolarisée au Collège protestant Français de Beyrouth, puis, en France, au Collège Cévenol d’obédience protestante du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), collège fermé récemment pour causes économiques ; mais surtout cet établissement international n’aura pas survécu au drame qui s’est noué dans ses murs : le viol et l’assassinat d’une jeune fille par un élève récidiviste. Sa scolarité à peine terminée, la jeune Delphine n’aura qu’une idée en tête : devenir comédienne.

Issue d’un milieu plutôt grand bourgeois, elle ne semble pas avoir manqué d’argent ni de moyens, au point qu’elle aurait habité une maison à elle dans Paris, fait rarissime. En l’absence de données biographiques plus précises, il est difficile de s’avancer plus avant pour comprendre le comportement aberrant de cette femme, qui semble pourtant avoir été favorisée par les fées, dès le berceau. Que lui a-t-il donc manqué dans la vie pour en arriver à tenir un tel discours ostensiblement déviant ? Le manque d’amour ? Ou au contraire, tout en le désirant, la peur du véritable amour, de cet amour total qui rend prisonnière la femme, de cet enfermement qui conduit certaines à se donner jusque dans l’oubli de soi à un homme ou à Dieu ? Mais à part elle-même, était-elle tout simplement capable d’aimer ? Pourquoi cette sorte de reniement de sa nature féminine, de sa fonction biologique et sociale, cette négation de sa matrice, de son identité charnelle, jusqu’à se disgracier moralement autant que socialement ?

Sur les captures ci-dessus, on la voit en blonde platinée, la quarantaine épanouie, retrouvant la femme élégante qui alterne parfois avec une certaine dégaine baba-cool : la bourgeoise quelque peu affectée tenant du bout des doigts son fume-cigarette n’a pas renoncé à la séduction ; son phraser est posé malgré la passion qui la soulève ; elle a un ton délié et rythmé que souligne cette voix suave qui lui est si particulière, une voix qui sera altérée par l’abus du tabac. Nous sommes donc en 1972, c’est-à-dire quatre ans après mai 1968, et trois ans avant la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). On se dit, malgré tout, qu’on on aimerait garder un capital de sympathie pour cette actrice, certes marginale et un peu décalée, dont le charme sensuel et la troublante beauté ne peuvent laisser un homme indifférent. Et c’est là que tout s’effondre. Est-ce le vent fou de Mai 68 qui lui tourne la tête ? La féministe radicale se déclare et s’engage ouvertement dans l’action militante ; elle sera de tous les combats. En 1971, elle signe le « Manifeste des 343 », des femmes déclarant avoir avorté et réclamant le droit à l’avortement ; elle participe la même année à la création du mouvement Choisir (La cause des femmes) de Simone de Beauvoir et de l’avocate Gisèle Halimi ; en 1972, elle met son appartement à disposition pour l’expérimentation d’une méthode d’interruption volontaire de grossesse devant des militantes du MLF ; dans la même période, elle intervient dans un débat à la radio en des termes si agressifs qu’ils laissent pantois un ministre présent. En 1982, elle cofondera le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir (figure de proue du féminisme, aujourd’hui bien dévaluée) auquel elle apportera un film reportage Sois belle et tais-toi, portraits de féministes, le leitmotiv passe-partout montrant qu’elle avait peut-être aussi quelques comptes à régler avec son éducation calviniste…

Était-elle homosexuelle, a-t-elle mené un combat en ce sens ?… Je l’ignore, mais elle n’apparaît pas dans l’environnement lesbien des Gouines rouges (1971). Était-elle proche du MLF (Mouvement de libération de la femme tout autant que mouvement lesbien) et de l’improbable Antoinette Fouque qui a rattaché son mouvement à la psychanalyse ? Meneuse en chef de ces régiments de femmes désaxées, le plus souvent névrosées et schizophrènes, cette fine mouche ne l’était sans doute pas assez pour avoir fait de la cause des femmes une affaire hautement rentable. L’actrice a probablement navigué dans les eaux du MLF mais sans militantisme affiché ; ce qui ne l’a pas empêchée de participer à un fantasme de Fouque, dans un film inédit de celle-ci faisant lapologie du lesbianisme. Était-elle femme de gauche, voire gauchiste ? Femme de gauche, certainement, préfigurant déjà ceux qu’on appellera dans les années 2000 les « bobos », ces gens aisés voire richissimes qui arborent fièrement des poncifs intellectuels de gauche du genre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », « Debout les damnés de la terre ! », « Sans classes, sans races, sans frontières », tout en faisant joyeusement profiter leur compte en banque. Outre les milieux artistiques d’avant-garde, on y trouve beaucoup de fonctionnaires hauts placés s’étant constitué de belles rentes sur le dos des contribuables… Féministe, elle n’en a pas moins été mariée à un peintre américain dont elle aura un fils (devenu musicien), avant de divorcer et de vivre en couple avec l’acteur Samy Frey jusqu’à sa mort.

Dans les années 80, le monde du cinéma et la presse lui tournent définitivement le dos. Ses prises de positions radicales finiront par lasser son milieu professionnel et nuiront à sa carrière ; elle tournera encore quelques films socialement marqués avant que la maladie ne l’emporte : elle meurt en 1990, à l’âge de 58 ans, des suites d’un cancer du poumon selon certaines sources, ou d’un cancer de l’ovaire selon d’autres… Quelqu’un a dit d’elle : « De Marienbad aux barricades, la femme a changé. Quand on a cassé son image, il est difficile de recoller les morceaux. » ; un autre témoin lui trouve une excuse pour atténuer l’image sulfureuse qui reste attachée à son nom : « Elle se battait pour les autres, pas pour elle. » Cette excuse n’est pas recevable quand on mène le mauvais combat.

Il serait intéressant de connaître l’opinion de l’acteur Michael Lonsdale sur cette femme avec laquelle il a tourné un film (India Song, Marguerite  Duras), et qu’il avoue avoir aimée d’un amour fou, lui le croyant qui consacre la fin de sa vie à des œuvres catholiques ; une passion qu’il ne put jamais concrétiser car elle était en couple avec Sami Frey. Voici ce qu’il en dit dans ses mémoires : « Je n’ai jamais tenté quoi que ce soit par respect. J’en ai beaucoup souffert et je n’ai jamais pu aimer quelqu’un d’autre... C’était elle ou rien. Voilà pourquoi je suis toujours célibataire à 85 ans. » Bel exemple de fidélité masculine, n’est-ce pas mesdames ? Qui plus est pour une femme aimée que l’on sait inaccessible à jamais… Qu’on le veuille ou non, elle garde l’image d’une avorteuse fanatique, d’une femme qui aura contribué, parmi d’autres, à encourager la culture de mort, et fait que l’avortement soit devenu 40 ans plus tard un banal moyen de post-contraception remboursé par la Sécurité Sociale (1). Actrice, elle n’avait pourtant rien de commun avec les viragos et autres pétroleuses professionnelles du MLF, même si l’on sait que les milieux du cinéma sont sans complexes sur le sujet. Michael Lonsdale serait probablement resté discret sur sa personnalité, et l’aurait amenée doucement à résipiscence.

Delphine Seyrig étant née à Beyrouth, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec une autre libanaise, une combattante des lieux : la chrétienne Jocelyne Khoueiry. En 1976, pendant que Delphine luttait à Paris pour le confort d’une bourgeoisie malade d’elle-même, de sa superficialité, de son addiction au jouir de tout sans entraves — bourgeoisie encroûtée, décadente, rancie de conformisme narcissique —, à Beyrouth, dans un Liban déchiré par la guerre, la jeune Jocelyne, âgée d’à peine 20 ans, se battait pour son pays à la tête d’un commando de « gamines », les armes à la main, mettant en déroute 300 combattants palestino-syriens après avoir abattu leur chef. Ces faits d’armes exceptionnels retiendront l’attention de la presse internationale. Raccrochant sa tenue de combat après dix années de baroud, le commandant Khoueiry décide de vivre pleinement sa foi catholique au point de devenir théologienne. « Mettant la Vierge Marie à la boutonnière », elle fondera des œuvres sociales consacrées à la femme, à la vie de couple et à la famille libanaise, à la lumière de la foi chrétienne…    

Dans un entretien sur le site Sel et Lumière, en 2015, à la question : « Quels sont vos espoirs pour la famille au Liban et, d’une manière plus globale, pour la famille en général dans le monde aujourd’hui ? », elle répond : « Faire passer avec joie la beauté de la vie familiale, la beauté de la vie du couple comme homme, comme femme, la figure paternelle et la figure maternelle, selon l’enseignement de l’Église et la révélation divine… » En ce début d’année 2017, au moment où je rédige ces lignes, elle présente ses vœux aux lecteurs du quotidien catholique Présent en ces termes : « (…) Je souhaite que chacun  de nous, gardant l’espérance que le Seigneur est éternellement vainqueur, soit un artisan dans la construction de la civilisation de l’amour, où la famille, fruit de l’amour conjugal gratuit entre un homme et une femme, se révèle comme cellule fondamentale et premier lieu de communion, de partage et de solidarité : une école naturelle de valeurs et de stabilité sociale, menacée aujourd’hui par tant de défis sociaux-culturels qui renversent l’ordre des valeurs et déroutent tant de jeunes et de familles. » Jocelyne versus Delphine. (2017)

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1. La loi Veil a « fêté » ses quarante ans d’existence en 2015, voici à peine deux ans. Depuis son application, ce sont quelque 8 millions de petits Français en puissance qui ont débarrassé la vie terrestre au titre de déchets humains, à raison de 200 à 220 000 avortements annuels. Ce qu’on oublie toujours de mentionner, c’est qu’à partir de 25 ans, dans une société normale, on commence à se marier et à avoir des enfants. Sur 40 ans, c’est donc 3 millions d’enfants parvenus à l’âge adulte qui auraient été en puissance de donner une progéniture ; si l’on s’en tient à une moyenne de deux enfants par couple (1,5 millions de couples), c’est 3 millions de victimes qu’il faut rajouter au total des enfants empêchés de naître, soit environ 11 millions, chiffre correspondant à peu près au nombre d’immigrés officiellement installés en France. Pensez-en ce que vous voulez, mais moi j’appelle cela un génocide ethnique froidement programmé. Ceci en dehors de toutes considérations morales et religieuses.

Constatons, en outre, que les partisans de l’avortement sont aussi des fanatiques de l’euthanasie et de la dépénalisation des drogues dites « douces » ; ce sont ces gens-là qui se targuent d’humanisme, et ont en permanence à la bouche l’expression « respect de la vie », « respect des droits humains ».

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Extrait d’un entretien donné à La Rochelle (Sud-Ouest 2007), à propos de ce qu’on n’appelait pas encore un biopic, réalisé par Jacqueline Veuve, une cinéaste suisse féministe et amie de l’actrice.

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Pourquoi avez-vous réalisé ce film sur Delphine Seyrig?

C’était une amie de longue date. Nous avions la même éthique protestante, la même rigueur et le même humour, ça nous a rapprochés. Je l’ai bien connue et quand elle est morte, j’ai été très choquée par la chape de silence qui a régné autour de son absence. J’ai donc voulu lui rendre hommage par admiration. J’ai fait ce film dix ans après sa mort. J’ai beaucoup attendu et me suis posée beaucoup de questions. Finalement, je me suis décidée à le faire en 1999 (…).

Vous considérez-vous comme une cinéaste militante ?

Oui, mais Delphine était beaucoup plus extrémiste que moi : tous les hommes n’étaient pas mes ennemis ! On ne peut pas dire à toutes les femmes ouvrières : « Faites la grève de la vaisselle ! », c’est ridicule. Delphine et moi étions des bourgeoises, il était absurde de dire aux classes sociales ouvrières de ne plus faire à manger ou la vaisselle. Mais c’était nécessaire et l’époque s’y prêtait bien.

J’ai fait un film sur des féministes américaines pures et dures, je n’étais pas dans la même lignée qu’elles mais leur mouvement était important.

Delphine aussi était une féministe pure et dure. Dans le film, Rochefort raconte qu’elle mesurait la hauteur des éviers pour voir si les femmes n’étaient pas trop courbées en faisant la vaisselle ! Et en même temps on l’adorait.

Elle a eu des propos extrêmement durs à la télévision française, où elle déclarait : « Nous les femmes, nous ne sommes pas des petits chiens qu’on promène en laisse ! »

Quand j’ai eu le projet du film, certains producteurs ont refusé tout net à cause de son féminisme. Cela lui a fait du tort sur le plan personnel, parce qu’elle faisait peur. En même temps c’est ce qu’elle voulait : elle ne voulait pas être une star, être sur un piédestal, ça n’était pas son style.

D’où est venue sa fibre féministe selon vous ?

C’était dans le vent à l’époque et aussi à cause des Américaines, qui ont fait la révolution. Elle a suivi le mouvement parce qu’il lui paraissait essentiel. Dans le film elle dit quelque chose d’assez effrayant : « Il est plus facile d’avorter que d’élever un enfant. » Elle a un fils, et j’imagine que pour lui ça a été dur.

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