Névrose victimaire

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Voici l’exemple d’une névrose déterminée par la haine de soi, qui montre jusqu’à quel point peut aller l’obsession du Juif victimaire, nécessairement et obligatoirement victime, auquel on identifie ses propres souffrances, au point de ne pas hésiter à simuler les pires extravagances.

La Presse était unanime : l’aventure de Misha allait bouleverser les âmes sensibles. On le claironnait sur tous les toits, sur tous les tons. Survivre avec les loups était l’histoire de cette petite juive de huit ans, partie à travers les forêts de l’Europe de l’Est rejoindre son papa et sa maman arrêtés par les méchants nazis et internés dans un camp de concentration, si j’ai bien compris ; perdue en cours de route, la fillette aurait été sauvée par des loups. On en reparlerait longtemps de cette histoire à vous briser le cœur d’émotion, à vous mettre une grosse boule de chagrin dans la gorge et des larmes dans les yeux ; Exodus, Nuits et Brouillards, Shoah, La liste de Schindler et tant d’autres nanars compassionnels n’avaient qu’à bien se tenir. Tout était prévu, dans un scénario bien ficelé, pour faire pleurer margot sur les souffrances éternelles de l’infortuné peuple juif ; il ne vous restait plus qu’à préparer vos mouchoirs. Le syndrome de la victimisation du peuple élu était en place, la machine à culpabiliser l’Occidental, cet insubmersible benêt toujours prêt à expier pour le malheur des autres, était lancée ; la propagande de la Shoah repartait de plus belle… La cinéaste juive Véra Belmont en avait fait une sorte d’exutoire pour évacuer ses propres souvenirs d’enfance et le drame de sa famille. Le livre, publié aux États-Unis, traduit en dix-huit langues, était un succès d’édition mondial. En France, l’éditeur Bernard Fixot, connu pour n’être pas trop fixé sur la marchandise qu’il jette en pâture à un public friand de sensationnel, en avait fait un best-seller…

Et puis, patatras… La belle histoire de la petite Misha sauvée par les loups s’effondrait d’un coup. Tout a été inventé par l’auteur du livre, Misha Defonseca, d’ailleurs soutenue et encouragée dans son entreprise malhonnête par son éditrice américaine, Janet Daniel. La Misha Defonseca en question, de son vrai nom — nettement moins hiérosolymitain — Monique Dewael, était en réalité une citoyenne tout ce qu’il y a de plus belge d’origine, catholique de naissance. Elle s’est donnée une identité judaïque et a adopté la religion juive par identification de sa propre souffrance (sic) à celle des Juifs ; puis elle a émigré aux États-Unis après la Guerre. Elle n’aurait pas supporté que son père soit arrêté par les Allemands, non comme Juif, mais comme résistant (ou collabo ?), et qu’on l’ait appelée dans sa jeunesse la « fille du traître ». N’entrons pas dans le délire de persécution de la dame ni dans sa tendance à la mythomanie, ni même dans son mea culpa un peu trop spontané pour être sincère ; c’est bien connu : quand on a souffert humainement parce qu’on est Juif, on a toutes les excuses et on peut tout se permettre. Je me contenterai de deux observations.

1. Pour avoir vu jadis L’enfant sauvage du cinéaste François Truffaut, film tiré d’un remarquable travail du Docteur Itard sur Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron, je me doutais que cette histoire ne tenait pas debout ; en admettant une réalité proche du cas observé par le Dr Itard, l’enfant ne pourra jamais être sociabilisé s’il est privé de contacts humains. Son cerveau restera atrophié à jamais ; il ne pourra plus s’exprimer par le langage, sinon émettre des sons gutturaux incohérents pour se faire entendre ; il restera à l’état d’attardé mental sinon de parfait idiot, avec peu d’espoir d’atteindre l’âge adulte. D’autre part, les loups n’ont pas vocation à prendre en charge les enfants que les humains sont incapables d’élever ; ils ont vocation à les manger. Que cela soit dit : l’enfant-loup n’existe pas, n’a jamais existé que dans les fantasmes des conteurs paysans de jadis. C’est une légende des temps anciens qu’on se transmettait les longues soirées d’hiver au coin l’âtre, dans le cantou. Même en admettant que la fillette ait eu un vécu normal avec ses parents avant de connaître son aventure « louvesque », quand on voit la dénommée Misha en photo, si elle n’est plus de toute première jeunesse, elle ne donne cependant pas l’impression d’avoir trop souffert, sinon de sa propre névrose qui relève plus de la psychopathologie que de la commisération universelle. Rappelons à la dame qu’il y avait 1 900 000 prisonniers français dans les camps nazis, et que la Grande Guerre de 14-18 a mobilisé 8 500 000 hommes de notre côté. Leurs descendants ne se sont pas sentis obligés de se convertir au judaïsme pour exorciser leur mal de vivre.

2. Éditeurs et gens de cinéma affirment pour leur défense avoir cru à cette histoire ; ils se montrent d’ailleurs forts indulgents sinon complaisants à l’égard de la dame… Je ne peux m’empêcher de penser qu’en réalité ils n’y ont pas cru un seul instant, mais qu’ils s’en sont fait les complices ; car il n’est pas possible à une personne douée d’un minimum de culture et de bon sens, de prendre pour vérité des fadaises relevant du Petit Chaperon rouge, de Mowgli, ou du mythe de la fondation de Rome. Je vois surtout que cette triste affaire sent la fabrication à plein nez. Je crois qu’on savait, mais que l’occasion était trop belle de monter un superbe attrape-nigaud bien huilé pour servir la cause de la Shoah… Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est qu’Internet existait, et que de Belgique allait se répandre des informations précises portant sur l’identité réelle de la dame, des témoignages de gens proches de sa famille, ainsi que des critiques de spécialistes relevant les invraisemblances de son livre. Il en faudrait plus pour faire douter d’eux-mêmes les facteurs de ce faux scandaleux. Le livre ne sera pas retiré de la vente ; la version française du film, qui a déjà enregistré 540 000 entrées, poursuivra sa diffusion en salle et en DVD. Qu’on ait menti ou qu’on ait trompé des millions de lecteurs ou un demi-million de spectateurs français — dont beaucoup d’enfants —, n’est que peccadille : foin de ces excuses qui contribuent à faire le lit du négationnisme ! On se contentera de retirer toute référence à une histoire vraie pour la transformer en fiction littéraire. Et passez muscade… On allait nous refaire le coup d’Anne Frank, mais l’entourloupe n’a pas marché — même si, dans le cas de cette dernière, les éléments de suspicion sont servis par des circonstances dramatiques, bien réelles celles-ci.

On se souvient de la poétesse Minou Drouet, auteur précoce à l’âge de sept ans et demi… L’affaire défraya la chronique en son temps, la rumeur attribuant les poèmes de la fillette à sa mère ; le doute est toujours resté, malgré le verdict de l’Académie en faveur de la jeune poétesse (curieusement, on n’entendra plus jamais reparler d’elle : le génie, peut-il être aussi évanescent ?). Mais dans ce cas comme dans d’autres, il n’y avait rien à prouver sinon à démonter une probable supercherie. S’agissant des Juifs, on est dans un cas de figure totalement différent. Qu’ils disent ou ne disent pas la vérité, cela importe peu ; c’est comme la propagande communiste, voire, aujourd’hui, les agences de propagande américaines : il suffit de parler haut pour que cela soit vrai. Ce qui est important pour eux, c’est que le Juif apparaisse toujours comme une victime, et qu’en toutes circonstances cela soit rappelé ; l’humanité est convoquée jusqu’à la fin des temps pour exprimer sa compassion devant les souffrances ineffables du peuple de Dieu, du peuple choisi, du peuple élu ; le seul « peuple » à avoir été mis au ban de l’humanité, et à avoir enduré une proscription généralisée étendue à la race jusque dans la descendance ; le seul, à l’exclusion de tout autre, habilité à revendiquer le statut universel de bouc-émissaire devant le genre humain pressé de s’amender de la faute originelle, de la faute impardonnable, de la faute irrémissible qu’il devra expier de toute éternité.

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