Nazie et fière de l'être

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D’abord ce constat : en dépit de cette photo minuscule et un peu passée que j’ai sous les yeux, elle apparaît plutôt belle femme blonde, d’une trentaine d’années, avec des yeux clairs… Quelle que soit la personne, il est toujours de la galanterie première pour un homme de rendre hommage à la beauté féminine. Son nom ? Françoise Dior.

Elle s’est fait connaître à titre posthume du jour au lendemain, à la suite du scandale provoqué par John Galliano, le directeur « artistique » et styliste attitré au rayon chiffon de la maison Dior ; celui-ci, entre deux vins, et déjà passablement imbibé d’alcool, avait insulté des consommateurs dans un bar parisien ; il s’adressait à des voisins de table en ces termes pour le moins assez peu relevés : « J’adore Hitler ; avec lui, des gens comme vous seraient morts… Connasse… Tu es une connasse… Vos putains de parents seraient gazés… Tu es affreuse… » ; ou encore cette dame, avec laquelle il avait eu une altercation, déclarant à la radio : « La table qui était à côté de moi était libre ; on était à la terrasse. Un type bizarre s’assoit à côté de moi, il commande un mojito ; on buvait notre bière ; au bout de trois secondes, il intervient, il me demande de fermer ma gueule de sale pute parce qu’il n’aimait pas ma voix, parce que je suis immonde, et que je ne devrais même pas être née tellement je suis laide et cheap et plouque… » Elle apprend par les vigiles du bar que le personnage en question est intouchable, que c’est une star, qu’il s’appelle John Galliano. Énorme scandale que confirment les vidéos. L’artiste est viré illico de la maison Dior, d’autant plus incontinent que le patron de la boîte, Sydney Toledano, est juif lui-même. La grande maison oubliait tout à coup qu’elle avait gagné beaucoup d’argent sur le dos du réprouvé, juif lui aussi, allant jusqu’à dire, comme pour expier la souillure qui ternissait le nom prestigieux et se refaire une réputation, qu’il n’avait rien apporté à l’entreprise, et que l’on pouvait se passer de ses encombrants services. Alors, pourquoi avoir donné carte blanche au créateur ? Pourquoi avoir encouragé et soutenu tant d’années durant ses fantaisies, ses caprices de chiffonnier de luxe plus ou moins limites ?... (1)

Bref, l’affaire défraye la chronique quand, dans le même temps, l’INA sort opportunément de ses fonds d’archives la vidéo d’une nièce inconnue du grand couturier Christian Dior, où celle-ci exprime, sans états d’âme, ses convictions national-socialiste. Après l’affaire Galliano, elle tombait au mauvais moment pour la célèbre maison de haute-couture qui n’avait pas besoin, mais alors vraiment pas, qu’on sorte en plus les cadavres du placard !... De quoi friser la crise de nerfs et tourner les sangs de la direction ! On sentait l’affolement général dans la grande maison où l’on ne savait plus très bien comment se dépêtrer de ces affaires pour le moins gênantes, à défaut d’être compromettantes, ni par quel bout les prendre.

Françoise Dior est donc interrogée en 1963 par le correspondant de l’ORTF à Londres, Jacques-Olivier Chattard, à l’occasion de son mariage avec l’un des chefs du mouvement National-socialiste anglais, Colin Jordan. Du coup, le clip vidéo fait le tour du Web, et la France entière apprend dans l’instant ce qu’elle ignorait la veille : que le grand couturier français avait une nièce enfouie dans l’oubli de notre mémoire collective, entièrement immergée — non dans la mouvance néo-nazie comme on l’a dit, mais dans la mouvance hitlérienne en tant qu’adepte du nazisme le plus orthodoxe. On remarquera sur la vidéo qu’elle est habillée en tailleur cuir, très louve SS, qu’elle porte la croix gammée autour du cou, ainsi qu’une médaille représentant le symbole nazi sur le revers de sa veste ; dans une autre vidéo, on la voit faisant le salut nazi à l’occasion de la cérémonie de mariage. Le moins qu’on puisse dire est que la belle n’a pas froid aux yeux ; nazebroque à fond les manettes, Françoise, jusqu’à la pointe des cheveux, et elle ne fait pas semblant : rarement vu à ce point chez une femme ! Dans l’interview, elle exprime clairement son engagement politique et répond sans détour au journaliste. J’ai transcris l’entretien. Aujourd’hui, avec la loi dite « Gayssot », elle irait directement en prison (apologie de crime contre l’humanité) ; même en 1963, il fallait un certain aplomb — courage ou inconscience — pour s’exprimer de la sorte, à une époque où les communistes faisaient quasiment la loi en France ; même sous la Présidence de Gaulle, celui-ci étant tout de même responsable d’avoir livré l’État français à la crapule communiste au nom de la « Résistance ».

Début de la vidéo.

Jacques-Olivier Chattard. Mademoiselle, comment a commencé ce roman d’amour franco-britannique ?

Françoise Dior. Eh bien, j’ai lu un article dans France-Soir où il était question du mouvement de Colin Jordan et de lui-même. J’étais très enthousiasmée étant donné que j’étais déjà national-socialiste depuis longtemps, et je lui ai écrit. Il ne m’a pas répondu lui-même parce qu’il ne connaît pas le français, il m’a fait répondre ; et ensuite, j’ai pris l’avion, je suis allée le voir.

Et quand vous a-t-il demandé en mariage ?

— Il m’a demandée en mariage dans l’avion qui nous conduisait en France, il y a très peu de temps, il y a une vingtaine de jours, entre l’Angleterre et la France, au-dessus de la Manche. C’était assez symbolique d’ailleurs, pour la World Union National-Socialist.

Est-ce que vous partagez les idées nationales, les idées fascistes de votre mari ?

— Pas fascistes, national-socialistes… Oh, oui, certes !... Entièrement…

Depuis longtemps ?

— Depuis plusieurs années ; mais enfin inconsciemment, je crois que je l’ai toujours été.

Serez-vous la femme au foyer lorsque vous serez mariée ou est-ce que vous allez participer aux activités politiques de votre mari ?

— Oh, je participerai aux activités politiques. Je ne suis pas du tout femme au foyer.

Et cela prendra quelle forme ?

— Eh bien, voilà exactement ma position. Je le représente pour les pays d’expression française, c’est-à-dire pour la question internationale, pas du tout pour la question anglaise.

Et vous pensez que cela vous donnera beaucoup de travail ?

— Oh… un certain travail, oui…

Vous avez de nombreux adhérents, en France ?

— Un certain nombre ; mais enfin maintenant, nous ne cherchons pas à atteindre la masse ; nous voulons former les cadres…

Une élite, en somme ?

— C’est ça… Mais ça, nous l’avons.

Est-ce que, éventuellement, vous seriez prête à suivre votre mari en prison ?

— Bien sûr.

Avez-vous l’intention d’avoir des enfants, d’avoir une famille lorsque vous serez mariée ?

— Autant que possible… Oui… J’espère…

Est-ce que vous élèverez ces enfants dans les principes du National-socialisme ?

— Bien sûr.

Est-ce que vous pouvez m’expliquer en quoi cela consistera ?

— Eh ! bien ça consiste, d’abord première chose… enfin à mon avis…, c’est de garder sa race pure, de ne pas se marier évidemment avec quelqu’un qui n’est pas de sang aryen, de combattre pour le National-socialisme, c’est-à-dire… pfutt…, comment puis-je dire ?… Oui, défendre sa race… Vénérer le Führer, et adapter le National-socialisme à notre temps actuel, c’est-à-dire que chaque aryen du monde entier soit un combattant, et non pas simplement pour l’Allemagne… qui est notre Terre sainte comme la Palestine est la Terre sainte pour les Juifs et le christianisme.

Est-ce que vous enseignerez à vos enfants, par exemple, la haine des Juifs ?

— C’est pas exactement la haine ; on n’en veut pas chez nous, c’est tout.

Quel est votre type idéal de héros ?

— Le Führer.

Soyez plus explicite.

— Adolf Hitler.

Mademoiselle, avez-vous fixé la date de votre mariage ?

— Oui, samedi prochain.

Et où aura-t-il lieu ?

— Eh bien, à Coventry le mariage civil ; et ensuite nous irons à Londres ; il y aura une cérémonie national-socialiste, dans le rite de notre race… enfin des anciens aryens.

Et en quoi cela consiste, exactement ?

— Oh, c’est un petit peu compliqué à expliquer… Il y aura… enfin… une incision à un doigt, notre sang sera mêlé et tombera sur une page de… blanche de Mein Kampf.

Fin de la vidéo.

Le mariage en question, vite emballé, vite déballé, ne durera que le temps des amours éphémères. Un peu trop superficiel pour être éternel : il aurait peut-être fallu y mettre un peu de sentiment, belle Françoise, et aussi aimer sincèrement celui avec lequel vous envisagiez de partager votre vie. Les idées, fussent-elles les plus iréniques, les plus généreuses, c’est bien, c’est beau, mais cela ne suffit pas toujours pour faire un couple uni. La séparation de corps (si l’union a réellement eut lieu) interviendra dans la foulée : elle divorcera trois ans plus tard. La belle et intransigeante Françoise n’aurait-t-elle point trouvé dans son chevalier de cœur le Surhomme viril qu’elle attendait ? Si elle l’avait observé avec d’autres yeux que ceux de l’aveuglement pour son Führer, elle aurait pu s’apercevoir qu’il était loin d’avoir les canons de la beauté aryenne ; et parmi les chefs des nombreuses officines nazies de l’époque, elle est peut-être l’une des rares à pouvoir revendiquer l’authenticité de cette beauté typique (je tiens l’aryanisme non pour une race, mais pour un type de beauté sélectif au sein de la race blanche, ce qui n’est pas la même chose).

De même, si elle avait réfléchi et pris un peu de recul, elle se serait aperçue que son idole, Hitler, qui ne portait pas la Croix du martyre, puisqu’elle évoque la Terre sainte, mais la croix gammée, avait tué ou fait tuer, tout au long de la Seconde Guerre mondiale, plus d’aryens que de Juifs ; ce qui, somme toute, relativise la Shoah.

Françoise Dior apparaît comme ces soldats de fortune se dévouant aveuglément pour une cause perdue, pour un combat sans issue, confondant le plus souvent l’idéal avec le monde réel. Elle est à la fois pathétique dans sa détermination, mais aussi naïve et maladroite dans sa démarche militante, ce qui d’ailleurs ne devait rien enlever à son charme. Elle s’assagira avec l’âge, assumant son engagement avec sincérité, sans jamais se renier. En troisième noce, elle épousera de nouveau un aristocrate, le comte Hubert de Mirleau, ancien secrétaire général du GRECE et membre du Front national. A-t-elle été elle-même adhérente du mouvement lepéniste ? Étant moi-même militant du FN historique (FNH) à la même époque, j’aurais pu la rencontrer ; je dois dire que si je l’avais croisée après avoir visionné cette vidéo, je me serais fait un grand plaisir de l’asticoter sur le sujet. Par la suite, elle aurait fréquenté certains milieux culturels de droite.

J’ai souvent croisé au FNH de ces personnages entiers dans leur adhésion, leur engagement (à ne pas confondre avec les fanatiques ; il n’y en avait pas au FNH, sinon quelques folkloreux totalement inoffensifs), mais qui ont parfois le défaut d’agir du premier mouvement, plus vite qu’ils ne réfléchissent ; ils peuvent se révéler une gêne pour la cause qu’ils défendent, voire être contreproductifs (2) ; mais ils sont généreux de leur personne, répondent toujours présent, et n’hésitent pas à se mettre en avant pour affronter les risques. On rencontre rarement des planches pourries chez eux. Françoise Dior était probablement de ceux-là. Elle est morte à 60 ans d’un cancer du poumon (grosse fumeuse), et aussi, on peut l’imaginer, quelque peu des conséquences d’une vie de bâton de chaise.

N’en déplaise à d’aucuns, je lui accorde toute mon affection post-mortem. (2011)

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1. En réalité Galliano était surtout considéré comme un costumier non comme un véritable couturier ; il n’habillait pas les femmes, il se servait d’elles pour donner libre cours à ses fantasmes, ses délires, ses extravagances ; sur ce point, il faut reconnaître qu’il ne manquait pas d’un certain génie ni d’une créativité parfois époustouflante. Ses shows carnavalesques et déjantés pouvaient virer à la provocation, tout en restant border line. De plus, le personnage, donnant l’impression d’être sous acid en permanence, amusait les rombières richissimes du monde entier qui prenaient l’avion pour assister à ses défilés de mode, comme d’autres vont au cinéma du coin. La direction de Dior fermait les yeux, car le baromètre du chiffre d’affaires de la célèbre maison de luxe n’a cessé d’être au beau fixe durant la période Galliano. Comme il fallait bien faire bouillir la marmite maison, il se révélait plus sage dans les collections de prêt-à-porter ; et là aussi, il faut reconnaître que le provocateur savait habiller les femmes de pied en cap avec élégance. Personnage solitaire et extraverti, psychologiquement fragile, touchant à l’alcool et à la drogue pour se désinhiber, il a fini par se perdre ; la perte ou l’éloignement de personnes chères, la pression qui s’exerçait sur les épaules de ce petit métèque anglo-ibérique originaire de Gibraltar, homosexuel, sans fortune, projeté à la tête de la plus prestigieuse maison de haute-couture du monde, tout cela n’a pas peu contribué à accentuer sa dérive dépressive (qu’on pense à Yves Saint-Laurent et à bien d’autres). Jusqu’au jour où il a carrément craqué et ce fut le drame (peut-être bien l’affaire d’un coup monté). Remarquons que s’il n’avait pas fait allusion à Hitler, s’il n’avait pas menacé de gazer ses voisins de table, on aurait mis cela sur le compte de ses frasques habituelles et l’affaire en serait restée là. Les Juifs lui pardonneront-ils l’incartade ? On n’insulte pas impunément la race élue, même quand on est de la famille (voir ce qui est arrivé quelques semaines plus tard au cinéaste danois, Lars Von Trier, lors du Festival de Cannes, sommé de décamper en plein festival).

À noter également que son confrère et alter ego de Channel, Karl Lagerfeld, s’est permis de tenir des propos très désagréables, voire insultants, à l’égard du personnage : l’occasion pour un esprit jaloux de se venger d’un confrère dont le succès lui faisait de l’ombre ? Il aurait mieux fait de se taire, car, comme marionnette sophistiquée, il n’a rien à lui rendre. Il est vrai que dans ces milieux frelatés, flamboyants, superficiels à souhaits, où s’étale un luxe qui frise l’insolence, luxe autant indécent que décadent, où les mannequins ressemblent plus à des squelettes vivants sortis d’un mauvais film d’horreur — et en plus les filles ne sourient jamais : où est la grâce féminine ? —, ce sont les homosexuels qui habillent les femmes ; habilitation professionnelle paraissant relever d’une saine et rigoureuse logique, attendu que ce sont les hommes normalement constitués qui les déshabillent… En attendant, histoire de départager l’un et l’autre et de prendre parti, je choisirai la tata gibraltèque contre la tata teutonne.

2. Les gesticulations folkloriques de certains groupes néo-nazis qui n’ont jamais pesé plus que quelques centaines d’individus en France (le plus souvent infiltrés jusqu’à l’os par les agents des RG qui n’ont pas grand-chose de mieux à faire, même pas d’infiltrer te terrorisme islamique : trop dangereux !), a probablement largement contribué à l’adoption de la loi Pleven du 1er juillet 1972 contre le racisme, loi imposée en France par le Lobby qui n’existe pas, devenu extrêmement puissant au lendemain de la Seconde guerre mondiale et après de la fin de la guerre d’Algérie. C’est sur le même schéma faisant appel à la provocation qu’a été votée la loi liberticide dite Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990. La loi de juillet 72 restera le point de départ de tout un arsenal juridique de lois répressives « contre le racisme et l’antisémitisme », votées sur la durée d’une trentaine d’année, des lois scandaleuses et provocatrices que je qualifie d’antifrançaises, visant en délibérément les Français de souche, et les empêchant d’exprimer prioritairement leur légitimité identitaire.

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