Minettes prépubères

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Après les livres, les nippes, les chiffons, continuons dans la série, bien que cette rubrique arrive à plusieurs années de distance de la précédente. Dans le genre provocation pas gratuite, voici un bel exemple sur un autre registre. Jennyfer est une marque de vêtements pour jeunes filles, une franchise, semble-t-il. Un vaste magasin dans une galerie commerciale, une partie donnant sur l’extérieur avec des slogans anglophones selon la manie du moment. Contrairement à l’usage, cette marque n’aménage pas les vitrines, elle appose d’immenses affiches à « thèmes » qui couvrent l’espace vitré pour signaler le magasin. En guise de mannequins, des minettes de 10 à 14 ou 15 ans pour les plus « vieilles », l’âge de 16 ans paraissant hautement rédhibitoire. Sur ces affiches, les jeunes filles, pardons, les minches (minettes en argot de banlieue) prennent des poses d’allumeuses avec les tenues de travail adéquates qu’on trouve dans les quartiers dits chauds : court vêtues, le nombril apparent, lunettes de stars relevées sur la tête, cheveux au vent, genre bimbo « affranchie », comme des grandes, prises en photos sortant d’un dragster, d’une grosse voiture de luxe, d’un hélico… On est môme, mais on n’en est pas moins prête à assouvir les pulsions de ces messieurs. Il faut être dans le ton de l’époque, moderne, libérée. « Être pute à douze ans ou n’être rien », tel pourrait se décliner le leitmotiv du dernier chic chez les préadolescentes, pré-pubères, pré-libérées, du collège républicain gratuit, laïque, obligatoire. Tout un programme de vie. Certaines de ces poupées modèles avec leurs airs d’aguicher les vieux salaces du quartier exhibent de la lingerie sexy simplement revêtue d’un corsage flottant, à un âge où manifestement elles n’ont pas clairement conscience de ce qu’elles font, sinon que papa et maman, prêts à les vendre au prix de la chair fraîche à l’étal, toucheront un cacheton… peut-être !

Une autre fois, les mêmes ou d’autres (dans ce milieu, le turn over est étourdissant), sont habillées toujours avec cet air de héler le chaland (tu montes, chéri ?) ; elles portent des vestes de surplus militaires ornées de pin’s et d’épingles à nourrice à la mode punk. Nouvelles séries d’affiches. On les retrouve avec les mêmes nippes, toujours dans des poses suggestives de jeunes catins se donnant des airs de roulures effrontées, mais cette fois les chiffons qu’elles portent sont tagués, elles-mêmes étant montrées en train de taguer des murs déjà largement souillés. Bel encouragement à la dégradation des biens publics. Une autre, affublée d’une casquette de flic et d’une tenue de biker californien, souligne son regard crispé d’un méchant rictus, babines retroussées gonflées aux silicones, prête à mordre. Une autre encore, attifée cuir, toujours le nombril à l’air, coiffure pétard, souligne d’une moue fatiguée sa dégaine de loubarde avec collier clouté, ceinture idem, mitaines et chaînes sado-maso à l’avenant. Toute l’inspiration de cette marque porte sur l’exploitation exclusive des bas instincts, de ceux qui réduisent la femme à l’état, non pas de femme libérée, car je maintiens que la femme libérée n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais, même pas de femme-objet, mais de viande à foutre, de vagins kleenex, des filles que l’on montre sous les aspects les plus avilissants de la nature humaine, dans le style poubelle du drogué, la pose faussement émancipée du tagueur exprimant son art, de la Lolita emputanée destinée à faire bander les vieux messieurs, comme dans les bordels à touristes des pays sous-développés.

Cette campagne ouvertement provocante et au parfum de scandale assumé s’étendra sur plusieurs mois. Je n’ai pas remarqué que les innombrables donzelles, mères, filles, femmes, qui entraient ou sortaient de ce magasin aient remarqué quelque chose qui aurait pu leur paraître, sinon choquant, du moins pas très normal. Le conditionnement subliminal fait son œuvre. L’absence d’éducation, le manque de repères moraux et de sens critique aussi. Tout cela va parfaitement dans le sens de la presse féminine qui dénonce à longueur de colonnes l’image dénaturée que la société donne de la femme, mais n’hésite pas à exploiter cette même image en quadrichromie sur papier glacé et à en vivre grassement. Les industriels sans scrupules sont prêts à débourser des fortunes pour vendre. Les publicitaires ne reculent devant rien. L’exploitation de l’image de la femme est un classique. Ils n’hésitent pas à la détourner à des fins bassement commerciales. Qu’on ait ou non à le déplorer, les femmes aiment et en redemandent. Pour un gros contrat, ils sont prêts à faire la promotion de la délinquance, à présenter celle-ci comme un mode de vie original assimilé à la liberté et au bonheur d’être, pendant que d’autres, à l’autre bout de la chaîne, tentent de récupérer tout une jeunesse à la dérive qu’on leur expédie sur le mode décadence express.

Ce qui est particulièrement choquant dans cette affaire, ce n’est pas la volonté de provoquer ou de se vouloir dérangeant, original à tout prix, tout en sachant d’ailleurs que le courage de ces provocateurs n’ira pas jusqu’à se compromettre dans les milieux où sévit la vraie délinquance — ils sont bien trop snobs et pétochards —, c’est que ce genre de provocation malsaine prend des allures d’agression où le non-respect d’autrui est la règle. Agression publique contre les personnes, dénigrement de leurs valeurs, de leurs croyances, atteinte à leur dignité, en utilisant un moyen de persuasion des plus lâches qui consiste à détourner la publicité commerciale pour la travestir en propagande idéologique, comme l’a déjà démontré l’affaire Benetton. On n’hésite pas à aller plus loin, à banaliser l’ordure, à en faire un idéal de vie ; on tape franchement au-dessous de la ceinture, on fait appel aux instincts les plus profondément dégueulasses de la nature humaine qu’il ne faut pas beaucoup pousser pour l’activer, on joue à fond sur les déviances et les pathologies collectives. Quelles qu’en soient les conséquences pour la société, pour les personnes, on s’en lave les mains. On est là pour faire du blé. On assure et on ramasse le pactole.

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Quelques temps après cette rubrique prémonitoire, des informations insistantes circulaient dans la presse en provenance des lycées et collèges. Proviseurs et enseignants commençaient à s’émouvoir des tenues vestimentaires choquantes de certaines jeunes filles dans leurs établissements. Tiens donc ! Toujours plus loin dans la dégaine provocante, style souillons de bas étage, les minettes, à partir de 10/12 ans parfois, ne se contentent plus de montrer le nombril. C’est déjà une vieille histoire. La dernière mode dans les cours de récré des établissements scolaires consiste à porter le jean crade taille basse, de façon à laisser apparaître le haut de la petite culotte ou du string. On voudra bien convenir qu’il n’y a rien d’excessif, ni de quoi être choqué dans ce que j’ai écrit ci-dessus : les faits confirment les dires. On retrouve bien là l’influence des marchands de fripes, de la presse féminine, et des innombrables revues pour apprenties gourgandines en devenir qui encombrent les marchands de journaux (quels sont-ils, ces parents indignes qui achètent ou laissent acheter par leurs gamines cette presse de chiottes ?) (1). Et l’on n’est pas surpris d’apprendre de temps à autre que l’une ou l’autre de ces innocentes adeptes de la provocation finit droguée ou passe par des séances de viol collectif quand elle n’est pas happée par le suicide. On s’étonne que plus tard certaines deviennent des marâtres dont le statut balance entre la femme battue et la mère alcoolique ou droguée, qui bat ses enfants pour se venger de son existence minable de désespérée, parce qu’elle ne les supporte pas, parce qu’elle ne supporte plus la vie ni le reste. Tout se tient. Qui est responsable ?

Pauvres enseignants ! Pauvres laïcards ! Il y aurait un beau débat en perspective sur l’énorme part de responsabilité qu’ils ont dans cette situation. Entre le foulard des musulmanes, les confrères et consœurs qui se font rosser par les grands frères, les jeux idiots des cours de récré, le racket entre jeunes et les minettes effrontées qui se donnent des airs provocateurs de traînées précoces, sans compter les antagonismes ethniques, la drogue, les cigarettes, le préservatif et le reste, ils ne savent plus très bien où ils en sont ni où donner de la tête, d’autant que certains d’entre eux approuvent tacitement ces dérives comme des manifestations de spontanéité juvénile et d’expression libre, voire d’affirmation de soi, de recherche de l’identité (il faut comprendre, ici, la liberté telle que l’interprètent les intellectuels de gauche, c’est-à-dire la liberté pour la liberté, sans responsabilité ni sanction). Ils ont bonne mine ! Le mal paraît si profond, que certains proviseurs refusent d’évoquer la question en public par peur de mettre le feu à leur établissement. Ils se défaussent de leurs responsabilités et optent courageusement pour la démission. Les parents, eux, sont inexistants. Quant aux politiques, ils répondent aux abonnés absents.

Si les Jules Ferry, Paul Bert, Jean Macé, Fernand Buisson et autres Pères fondateurs de la très sainte et très laïque école républicaine et maçonnique revenaient sur Terre, et voyaient ce que leurs successeurs ont fait de leur école affectionnée, j’imagine ces francs-maçons notoires, matérialistes athées et anticléricaux, effondrés de tristesse devant le désastre, entrant en religion comme un seul homme et se faisant moines. Enfin, on peut y croire.

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1. Notez les titres des revues destinées à la distraction des nouvelles houris de la société de consommation (rien que les noms nous renseignent sur le mental déliquescent des parents) : Star Club, Fan 2, Girls !, Starac Mag, 20 ans, Miss Star Club, Hit Machine Club, Muteen, Jalouse (bien que ce dernier titre appartenant aux éditions Jalou, nom patronymique, on peut comprendre le jeu de mot ; mais appeler un journal de gamine Jalouse, sont-ils bien conscients de la signification réelle de ce terme, et ce qu’il implique ?)

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