Lettre à un enseignant de gauche

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Qui pourrait être aussi un libéral honteux

 

« Continuons à construire patiemment l’extension de la laïcité républicaine pour renforcer le primat du politique sur le religieux. Non, l’intégrisme et le fondamentalisme, ce n’est pas nous ! Car la laïcité, c’est l’égalité, donc la liberté. C’est pourquoi je propose que la devise ‘Laïcité, Égalité, Liberté’ se substitue à l’actuelle dont le primat de la liberté abstraite, chère aux opposants de l’Ancien régime, fait aujourd’hui le lit des dérives intégristes et anti-démocratiques en tout genre. La liberté comprise comme le droit de tout faire, c’est nécessairement la liberté de la jungle et du plus fort, c’est forcément l’acceptation de l’inacceptable (intégrismes, fascisme, exploitation des hommes, des femmes, des enfants), donc des inégalités sociales, économiques, sexistes, religieuses, etc. Le combat pour la laïcité comme universalisme est donc le combat pour construire plus d’égalité et plus de libertés. Ce sont les conditions actuelles de l’épanouissement individuel dans la solidarité.

« Contre les logiques de régression dans l’individualisme ou le différentialisme communautariste. Pour la liberté de coexistence entre les diverses religions et l’athéisme ».

*

Ce charabia intellectuel, typique du prêt à penser de gauche, est extrait d’un article signé d’un enseignant, lequel, manifestement, ne cache pas son appartenance politique, tout enseignant officiel qu’il soit, rémunéré par l’État, donc par l’argent des contribuables. Même sans se déclarer ouvertement, on devine son militantisme à la lecture. Il traite d’un sujet relatif à la presse. Il n’est pas possible de tout relever dans un même article. J’ai donc retenu ce passage, à la fois banal par son jargon typiquement gauchiste, et significatif, car il reflète bien, en condensé, la mentalité de son auteur et de ceux que l’on définit globalement comme « progressistes ». Cet extrait m’a servi de prétexte pour répondre et énoncer quelques vérités, non point à l’auteur directement, mais à un enseignant imaginaire qui représenterait tous ses collègues dans la catégorie visée. Pourquoi cette lettre ? Parce que je tiens « l’Éducation nationale » comme l’institution emblématique de la République la plus marquée politiquement et la plus imprégnée idéologiquement. Et cela depuis Mai-1968, sans remonter jusqu’à la Libération où l’emprise des marxistes sur l’institution enseignante, au sortir de la guerre, sera déterminante dans les décennies à venir. Elle aura été, paradoxalement, celle qui a fait le plus de tort à notre pays et à notre peuple en devenant un terrain d’enjeux idéologiques d’essence totalitaire. De plus, j’ai beau y mettre du mien, je n’arrive pas à me faire l’idée qu’ils sont un million d’enseignants à exercer le métier de professionnels de l’éducation en France. Un million de professeurs !… J’ai d’autant plus de mal à l’admettre que les résultats sont loin d’être à la hauteur de l’investissement et des espérances escomptées. Et il n’y en a jamais assez. Les enseignants appartiennent à la catégorie la plus privilégiée du système républicain dont ils se font les ardents et zélés défenseurs ; ils fournissent directement ou indirectement le personnel et les cadres politiques indispensables pour assurer la pérennité de la République et la conduite des citoyens. Ce n’est pas tout : l’école se veut la gardienne vétilleuse du dogme républicain ; nombre d’enseignants se sont mués en militants de terrain, oubliant la mission contractuelle initiale qui les lie à la société : enseigner, c’est-à-dire faire apprendre, transmettre. Ils ont transformé l’Éducation nationale en bunker corporatiste syndical et en une gigantesque base opérationnelle politique. C’est pourquoi je désigne particulièrement les enseignants de gauche comme étant les vrais responsables de cette situation. Ils le savent. Je les accuse d’avoir détourné l’école de son but originel pour l’instrumentaliser en fer de lance des idéaux progressistes au nom sacré de la laïcité, laquelle est tout ce qu’on voudra, sauf neutre.

Dans la mesure où, en dépit d’un statut les astreignant à l’obligation de réserve, nombre d’entre eux profitent de leur position avantageuse de citoyens « protégés » de la République pour s’impliquer dans le prosélytisme politique, cette missive se justifie. Elle prendra la forme d’une lettre ouverte. 

*

Monsieur,

Je ne voudrais pas avoir l’air du méchant pion aigri biffant la copie d’un mauvais élève, et qui, d’un geste vengeur, pointe un zéro irrévocable ; mais je dois dire que certains passages de votre article méritent qu’on s’y arrête et appellent quelques commentaires.

Vous dites : Continuons à construire patiemment l’extension de la laïcité républicaine pour renforcer le primat du politique sur le religieux. Pourquoi ? Depuis cent ans (dans un an !), l’œuvre de laïcisation de la France n’est pas encore achevée ? Que fait la police de la pensée ? Ce n’est pourtant pas que l’Église catholique de France, néo-chrétienne et post-vaticane, ménage sa peine pour soutenir votre action dans l’accomplissement de cette œuvre de profanation ! Je note que vous prônez de renforcer le primat du politique sur le religieux, une façon d’avouer sans ambages que la politique doit prendre sa place à l’école et s’y trouver chez elle, alors que jusqu’à preuve du contraire, l’école étant laïque, le religieux n’est pas chez lui à l’école. Vous vous défendez fermement : Non, l’intégrisme et le fondamentalisme, ce n’est pas nous ! C’est tout juste si vous n’avez pas ajouté : No passaran ! Il y a quarante ans, vos collègues de l’époque, même parmi les plus anti-calotins, n’employaient pas ces termes pour stigmatiser l’Église catholique. À qui s’adressent-t-ils, et que s’est-il donc passé entre temps pour que les mots « intégrisme » et « fondamentalisme » entrent dans le langage courant ? Ah ! oui, j’ai compris : vous voulez parler de l’islam. Mais alors, comment se fait-il que les musulmans soient si nombreux sur le territoire national, et qui les y a fait entrer si ce n’est vos amis politiques, ceux que votre corporation soutient à bouts de bras ? Soit on ne les faisait pas entrer, soit on les accepte. S’ils sont chez nous, c’est qu’ils sont « chez eux chez nous » comme l’a si bien spécifié l’une de vos prestigieuses références politiques, François Mitterrand. Soit on les accepte tels qu’ils sont, soit on ne les faisait pas entrer puisqu’ils mettent à mal votre fameuse laïcité ; tout cela a un petit fumet de choc des civilisations. Vous précisez : Car la laïcité, c’est l’égalité, donc la liberté. Non ! Égalité et liberté sont contradictoires. L’égalité, ce n’est ni la liberté ni la laïcité. L’égalité, c’est le totalitarisme, le grégarisme niveleur, l’aliénation de l’individu ; la liberté, c’est son contraire. La liberté, c’est l’accomplissement de l’individu en tant qu’être responsable ; l’individu responsable s’oppose à l’individu noyé dans le collectivisme. Si pour vous il y a de la liberté dans l’égalité, c’est la liberté selon Saint-Just ; c’est la liberté selon Staline, Mao ou Pol Pot ; c’est la liberté aux soins de la Tcheka, du KGB et des amis de Trotski. 

C’est pourquoi je propose que la devise ‘Laïcité, Égalité, Liberté’ se substitue à l’actuelle dont le primat de la liberté abstraite, chère aux opposants de l’Ancien régime, fait aujourd’hui le lit des dérives intégristes et anti-démocratiques en tout genre. La liberté vous ferait-elle peur ? Qu’est-ce que vous en savez de la liberté puisque, après tout, vous n’êtes qu’un fonctionnaire d’État qui n’a certainement pas pris beaucoup de risques dans la vie, tout professeur qu’il est ? Il n’y a pas de mérite en soi à faire des études, si ce n’est de les avoir financées à ses frais par son propre travail ; il y du mérite à réussir. En quoi vous gêne-t-elle cette liberté abstraite qui n’est après tout que celle du drogué, du déviant, de l’asocial que rejette votre institution en laissant à la société le soin de le prendre en charge, de l’assumer, et ainsi de pallier vos insuffisances ou pire votre influence néfaste ?… Quant aux dérives intégristes et anti-démocratiques, il faudrait commencer par parler de votre intégrisme laïciste et réviser votre conception très personnelle de la démocratie, puisque vos amis politiques refusent toute forme de référendum, y compris le référendum d’initiative populaire et le concept de nation qui le supporte, sans compter qu’ils empêchent tout un pan de la société de s’exprimer librement.

La liberté comprise comme le droit de tout faire, c’est nécessairement la liberté de la jungle et du plus fort, c’est forcément l’acceptation de l’inacceptable (intégrismes, fascisme, exploitation des hommes, des femmes, des enfants), donc des inégalités sociales, économiques, sexistes, religieuses, etc. Les amalgames, le n’importe quoi, les mots valises qu’on aligne pour montrer qu’on est un esprit fort, qu’on a tout compris ! Il fallait placer quelque part le mot « fascisme », c’est fait. Il faudra, un jour, vous-même et vos semblables, que vous arriviez à soigner cette névrose obsessionnelle qui vous perturbe et vous empêche d’être lucides ; le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de reconnaître que l’inventeur du fascisme, Mussolini, était un de vos amis politiques, qu’à l’origine le fascisme n’est qu’une forme de socialisme concurrente du communisme, et que le fascisme c’est vous. Rappelons que l’utilisation incantatoire de ce vocable vient de l’époque où les communistes traitaient de fasciste quiconque n’était pas communiste ou se permettait de dénoncer la dictature communiste. Je ne reviens pas sur la liberté comprise comme le droit de tout faire, puisque visiblement le concept de responsabilité vous échappe, et pour cause : vous êtes objectivement et par définition irresponsable. En quoi la liberté de la jungle et du plus fort serait-elle nécessairement la plus mauvaise ? Vous préférez la loi du plus faible incapable de se dépêtrer de la fatalité de son destin ? S’il n’existait pas un minimum de « darwinisme social », c’est-à-dire un minimum de compétition sélective dans le secteur concurrentiel de l’entreprise, et même dans la société (la sélection à l’école, justement), je me demande comment l’État pourrait garantir à vie vos fins de mois de fonctionnaire surprotégé, que vous apparteniez au public ou que vous soyez détaché dans le privé. Même les plus forts sont parfois victimes du Darwinisme social : les dinosaures l’ont appris à leurs dépens. Les Empires aussi. L’exploitation des hommes et le reste ? Vous êtes certainement bien placé pour en parler. À vingt-cinq heures par semaines et trois mois de congés payés annuels ou quelque chose comme cela, plus les avantages sociaux, on ne peut pas dire que vous apparteniez à la catégorie des damnés de la terre ni des travailleurs surexploités ou soumis au travail forcé. Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir d’où provient l’argent qui rémunère votre fonction et les avantages acquis de votre profession ?

Un mot sur le sexisme. Celui des musulmans ne semble pas trop vous gêner (je ne sais même pas si le mot suffit à désigner la chose), pas plus qu’il ne gêne vos consœurs féministes. D’ailleurs, pourquoi ne parle-t-on jamais du sexisme féminin ? Et pourquoi celui-ci ne va-t-il que dans un sens ? Pour ma part, je ne suis pas près de me sentir l’égal d’une femme, dans aucun domaine, à moins d’avoir à subir quelque transformation physiologique subreptice, susceptible de faire de moi le chapon nouveau de l’année. Peut-être les générations suivantes, à force de les émasculer psychologiquement, vous finirez bien par en faire les guenilles républicaines qui hantent vos rêves. Ils ne seront pas devenus femmes pour autant. Vu les perspectives qui s’annoncent, continuez, vous êtes sur la bonne voie. Pour aimer une femme, il ne faut surtout pas être son égal, comme aurait dit le très lucide Sacha Guitry. Son inférieur ou son supérieur peut-être, mais pas son égal. L’égalité entre hommes et femmes dégénère en rivalité et confusion des rôles. Et d’ailleurs les femmes ne le demandent pas. Ce sont des gens comme vous et quelques déviants hystériques partagés entre les deux sexes qui exigent l’égalité en leur nom. Les femmes ont besoin d’amour, pas d’égalité. Elles s’en moquent de l’égalité ! Si vous les connaissiez bien, si vous étiez en tant qu’homme réceptif à leurs vibrations les plus intimes, vous constateriez que la notion d’égalité homme-femme est loin d’être le fantasme susceptible de flatter leur sensibilité féminine et de les faire grimper aux rideaux. Il faut avoir autre chose à leur proposer que des poncifs idéologiques ineptes pour les combler. Elles veulent, par-dessus tout, aimer et être aimées, c’est tout. Le carburant de la femme, ce qui les fait avancer, c’est l’amour. Mais être aimées par des hommes, si vous voyez ce que je veux dire. La femme se donne, cher monsieur. Elle se reprend, aussi. En général, la reprise est expéditive et proportionnelle à la déception. Ni les quotas, ni la parité, ni la mixité, ni la société unisexe, monosexe ou asexuée (c’est très à la mode de nos jours !), ne sont de nature à répondre à cette attente. Ce désir ardent est tellement refoulé dans leur inconscient, tellement raviné par le lessivage intensif qu’elles subissent comme objet de pression sociale, qu’elles ne parviennent même plus à le formuler.

Le combat pour la laïcité comme universalisme est donc le combat pour construire plus d’égalité et plus de libertés. Ce sont les conditions actuelles de l’épanouissement individuel dans la solidarité. Nous-y voilà ! Mais auparavant, permettez-moi de douter qu’il soit du ressort de l’école de garantir l’épanouissement de l’individu, à défaut de lui garantir les bases élémentaires de la connaissance. Je vois mal la grande masse des enseignants susciter un hypothétique épanouissement personnel dont la plupart sont eux-mêmes dépourvus. Sauf les exceptions, comme toujours. L’épanouissement relève du développement intrinsèque de la personnalité individuelle ; le plus souvent, il se manifeste hors de l’école, au contact de la vie réelle. Par contre, ce dont je suis certain, c’est que des enseignants ont une influence dangereusement pernicieuse sur la fraction la plus fragile de la jeunesse, et qu’ils sont responsables des dérives psychologiques et sociales parfois tragiques dans lesquelles ces jeunes gens sont entraînés malgré eux. Mais c’est un problème qui vous regarde, vous et les parents... Quand il y en a !

Arrivons au but : la laïcité comme universalisme… N’importe quel esprit lucide fera spontanément l’équation suivante : laïcité plus universalisme égale… Égale quoi au juste ? Égale communisme. CQFD. Je précise que le mot « universalisme » est un synonyme politique de totalitarisme. Ensuite, il s’agit de bien cadrer la signification du mot laïcité que vous semblez totalement ignorer. Laïc (peuple, en grec) est dans son acception française le contraire de religieux ; ce qui veut dire que sous l’ancien régime, quand on n’était pas religieux on était laïc, et quand on n’était pas laïc, on était religieux ; autrement dit, dans les laïcs, il y avait des laïcs chrétiens et des laïcs athées ou agnostiques… Détourner la notion de laïcité pour en faire un instrument politique et lui faire dire tout et n’importe quoi est un véritable bluff ! Vous voulez introduire le mot laïcité dans la devise parce que vous vivez avec la nostalgie du communisme et de ses avatars. Encore sous le coup de la chute tragique du Mur de Berlin, de l’échec de toutes les expériences totalitaires, y compris le socialisme, vous êtes un frustré du modèle soviétique (eux aussi voulaient plus d’égalité et de liberté) ; orphelin de Marx, de Lénine, de Trotski, nostalgique du Grand Soir, vous tentez de le réintroduire par le biais de la laïcité. La laïcité, dogme républicain réactualisé pour cause d’islam en folie, n’est que le déversoir universel de vos fantasmes idéologiques. Une seule obsession : abolir les différences, les spécificités individuelles, et fondre le tout dans ce grand chaudron républicain qu’est l’école publique.

Vous êtes contre la logique régressive dans l’individualisme, mais vous n’êtes pas contre le retour au collectivisme niveleur, égalisateur, unifomisateur, destructeur de la personne et de l’identité. Vous n’avez pas réussi à abolir les différences de classes, vous tentez désormais d’exister en essayant d’abolir les différences de races.

Vous êtes contre le différentialisme communautariste, mais vous oubliez de préciser que ce sont vos amis républicains toutes tendances confondues qui l’ont introduit en France. D’autre part, il faudra m’expliquer comment vous pouvez être contre le différentialisme communautariste et en même temps soutenir le dogme officiel de l’intégration qui suppose non point l’assimilation, mais son contraire, c’est-à-dire l’expression des différences ethno-culturelles de chaque communauté étrangère juxtaposées dans un communautarisme de fait et même de droit qui s’assimile à une forme d’apartheid inversé ? Vous oubliez aussi que vous avez un pays, et que vous appartenez à la communauté française, la seule, l’unique communauté légitime de ce pays — laquelle, en attendant le Grand Chambardement auquel vous aspirez, assure vos fins de mois. Parce que vous êtes un matérialiste pur produit, et comme tous les individus de votre acabit, vous n’avez pas de pays, pas de peuple, pas de racines, pas d’appartenance. Vous êtes un apatride rattaché à l’État ; vous êtes un de ces nombreux citoyens sans frontières, No Borders comme ils se définissent eux-mêmes, mais qui ne vivent pas n’importe où, surtout pas hors du beau pays de France, de sa fonction publique, de ses avantages sociaux garantis à vie, etc. Un apatride, parce que, au fond, vous êtes agité par le complexe de haine de soi ; vous méprisez le peuple français, c’est-à-dire que vous vous méprisez vous-mêmes, vous méprisez la France, son histoire, son passé pour lequel vous voudriez, vous et vos amis, qu’on fît table rase, et vous êtes un professeur ! Vous n’avez aucun respect pour nos morts, pas plus que pour les vivants qui ne pensent pas comme vous, pas davantage pour leur descendance que pour leur ascendance. Vous êtes englué dans un présent insipide réduit aux turlutaines idéologiques qui agitent votre mental, et gouvernent l’univers fantasmagorique de votre illusoire destinée humaine de fonctionnaire assisté.

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Comme je l’ai évoqué plus haut, la France va commémorer le centenaire de la séparation de l’Église et de l’État, autrement dit le triomphe de la « laïcité » sur l’obscurantisme religieux et les superstitions dévotes. Je laisse aux historiens le soin d’évoquer cette période douloureuse pour les catholiques de France. Je crois que nous n’allons pas manquer de surprises. Il faudra que vos amis intellectuels de gauche nous expliquent pourquoi ils ont montré tant de haine et de hargne contre L’Église catholique et son clergé, alors qu’aujourd’hui, ils se montrent mielleux, onctueux, pétris d’obséquiosité rampante devant les fous de Dieu de la secte islamiste qui n’a pas un atome de commun avec notre civilisation… La haine de soi a encore frappé ? Vous avez une excuse : au-delà de 1789, vous ne savez pas, vous ne savez rien. Plus rien n’existe, plus rien n’a existé. Pour vous et vos semblables, la France, le Monde, sont nés en 1789, un point c’est tout. Je tiens tout de même à vous rappeler ce fait historique : l’Église catholique est la co-fondatrice de la France que vous habitez et qui vous nourrit encore à ce jour, avec Clovis, roi du peuple Franc, consacré à Reims par le sacrement du baptême et l’onction royale. Notre pays a fêté en 1996, avec une discrétion de violette, je dois le dire, les 1500 ans de son existence — une existence déjà trop longue pour certains idéologues de votre famille de pensée, nous le savons que trop.

Oui, il faudra nous expliquer cette singulière et fort ambiguë déférence que nombre de gens dédient à l’islam tout en défendant le principe de laïcité. Au point qu’il n’est pas autorisé de blasphémer Mahomet ; je veux dire que le critiquer objectivement, c’est le blasphémer, mot qui dans d’autres circonstances n’eût éveillé chez vous que sourires goguenards… C’est l’aventure qui vient d’arriver à l’un de vos collègues. Cela me donne l’occasion de rappeler qu’il y a quand même — heureusement ! — nombre d’enseignants de valeur, des professionnels honnêtes, compétents, qui méritent respect et considération. Louis Chagnon est de ceux-là. Professeur de 5e en Histoire et Géographie, poussière dans le million fatidique, ne voilà-t-il pas qu’un jour il se permet de dire en classe que Mahomet est un voleur et un assassin… ce que vérifient le Coran et l’histoire officielle du prophète. Je trouve même qu’il était plutôt en retrait par rapport à la vérité officielle. Mais que n’avait-il dit là, le malheureux ! Un collectif de parents d’élèves le dénonce comme un suppôt de Satan, puis le MRAP et la Ligue des droits de l’homme (sic) lui tombent dessus, le traînant devant les tribunaux pour provocation à la haine et à la violence racistes (rien que ça !)… Du jour au lendemain, le petit prof lambda, point habitué à subir ce genre d’agression fulminatoire, se voit publiquement couvert du sceau de l’infamie. Un inspecteur d’Académie ira jusqu’à l’accuser d’avoir insulté Mahomet : il fallait oser !... Coupable d’avoir insulté Mahomet en disant la vérité du Coran ! Mais lisez-donc le « Saint » Coran, messieurs les inspecteurs d’Académie ! Lisez la vie de Prophète, l’histoire de l’islam ! On comprend que s’il avait insulté le Christ ou le Pape, comme cela se vérifie au quotidien, il eût probablement reçu les félicitations du même inspecteur d’Académie, au nom du dogme intangible et infrangible de la laïcité.

Louis Chagnon ne s’est pas démonté. Dans un article excellent, signé en Une du Figaro, honneur qui d’ordinaire n’est pas réservé au premier venu, il se défend et contre-attaque. Il écrit en substance : « Une société qui remplace le débat par les tribunaux est une société malade. (…) Force est de constater qu’aujourd’hui la démocratie en France est bel et bien en danger : qu’un citoyen-enseignant puisse être traîné devant les tribunaux pour avoir relaté des faits et gestes d’un personnage mort il y a quatorze siècles le prouve assez ». Puis votre courageux confrère d’avertir : « Le message est clair en direction de tout le corps enseignant : cela est un avertissement et celui ou celle qui ne rentrera pas dans le rang du politiquement correct subira le même sort. Cela porte un nom : le terrorisme intellectuel ». Notre « citoyen-enseignant » est un ci-devant communiste. Donc votre alter-ego ou pas loin. Il a simplement ouvert les yeux. Un vœu : qu’il aborde avec le même souci de vérité historique et de sincérité ce que fut le communisme en Union soviétique, tout comme le communisme bien de chez nous avec le PCF.

« Terrorisme intellectuel », « politiquement correct », ne sont que des expressions atténuées pour désigner le gravissime état de subversion intellectuelle et morale dans lequel notre monde moderne est plongé. La notion de péché laïc tend à réintégrer le langage politique et à se substituer à l’ordre religieux laissé vacant. Le péché, c’est le mal, l’interdit absolu, le tabou. On ne juge plus les actes, on juge les mauvaises pensées. Il appelle la sanction, la fulmination, puis la condamnation ou le salut. Le salut, c’est la confession et la repentance. Ce n’est plus le tribunal de Dieu qui statue, c’est le tribunal correctionnel. Dans un confessionnal on pouvait demander le pardon et recevoir l’absolution ; dans un tribunal républicain, dûment laïcisé, on reçoit le coup de massue ! Encore heureux que la guillotine ne soit plus en activité… Les communistes ont inventé l’« autocritique », sorte de confession publique destinée à exorciser le mal et à purifier le pénitent de toutes mauvaises pensées qui ne seraient pas en accord avec le dogme officiel. La condamnation, dans l’ex-Union soviétique, c’étaient les camps de rééducation, le goulag ou la mort ou les trois à la fois pour les plus récalcitrants. On y vient, mais par des voies détournées et selon la technique du voleur chinois. Le récent projet de Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE), véritable police politique de l’État républicain, héritière probable de son ancêtre jacobin, le Comité de salut public, jette les premiers fondements orwelliens de Big-Brother en s’appuyant sur l’impressionnant arsenal répressif institué en France depuis la loi Pleven du 1er juillet 1972 contre le racisme et l’antisémitisme. Son but est de lister tous les péchés à ne pas commettre, stigmatiser les coupables, saisir les tribunaux, fulminer publiquement la sanction. Elle introduit sournoisement une notion qui renvoie à l’autocritique ci-dessus : l’amende honorable. Quand je vous dis qu’on y vient !

Nous subissons un véritable renversement des valeurs, une perversion du sens réel, un laminage en règle des fondements de notre civilisation qui vise à terme à l’autodestruction du genre humain et à sa soumission aux puissances totalitaires du Nouvel Ordre Mondial. Cette dérive amorcée depuis longtemps est orchestrée au son du tam-tam des droits de l’homme, symboles de cette laïcité universelle crypto-théologique que vous appelez de vos vœux. Autrement dit, si nous interprétons bien vos souhaits, l’avenir qui se dessine, c’est le communisme ou néo-communisme planétaire garanti par les règles implacables du marché. La grande collusion libérale-communiste, qui d’ailleurs ne date pas d’aujourd’hui ! L’un des fondateurs de l’école laïque, président de la Ligue de l’Enseignement, le franc-maçon Jean Macé, laissait échapper ce propos qui en dit long sur l’état d’esprit d’une certaine élite républicaine : « Qui tient les écoles de France, tient la France ». Tenir les écoles, tenir la France ! Tout est là. Quel aveu ! Quel programme ! Quelle ambition ! Quel cynisme ! Non, le but de l’école n’est pas de transmettre les savoirs et de former des citoyens responsables. Son but est de TENIR la France, comme on tient un chien en laisse ou une vache par le licol ; comme on tient des innocents en otage ; comme on tient les esprits en leur faisant subir un lavage de cerveau permanent, de la naissance à la mort. Si l’on n’a pas hésité à faire de l’école la plus grosse administration de France, si l’on n’a pas hésité à lui réserver le plus gros budget de l’État, si l’on n’a pas hésité à enfourner dans le mammouth 1 400 000 fonctionnaires dont 1 million d’enseignants (80 % à gauche), soit au total 50 % des agents de l’État, qu’on se le dise : c’est pour tenir la France et la bien tenir par le colbac ! Et surtout bien cadrer les lobes frontaux de nos jeunes compatriotes.

Il suffit de voir ce qu’est devenue notre société soumise à un processus de décadence accélérée, de pourrissement des cerveaux et des âmes par l’argent, par la permissivité, de voir à l’œuvre les échantillons les plus « prestigieux » de cette école, pour vérifier que la France est en effet bien tenue, fermement tenue, et que les esprits rebelles, allergiques au système, libres et responsables, ne sont pas prêts de s’échapper du cloaque républicain. Que vous le vouliez ou non, que vous y participiez activement ou passivement, vous êtes un agent de cette subversion, tel un commissaire politique qui s’ignore. Vos propos révèlent, en quelques expressions significatives, votre état d’esprit et montrent que si vous êtes, je n’en doute pas, un professionnel fort respectable, vous êtes aussi un militant politique en action agissant de sa propre initiative ou par le biais de l’engagement syndical. Mon action militante, à moi, consiste justement, hors du système où je suis placé, à aller à rebours de votre tendance pour n’avoir pas un jour à nous retrouver, nous Français, entraînés avec notre pays et à notre corps défendant dans une logique de régression irréversible, qui nous mettrait en situation de subir forcément l’acceptation de l’inacceptable.

J’ai bien l’honneur, Monsieur. (2004)

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