Le Syndrome d'Evergreen 2

Ff6 4 bandeau2

 

Du Vieux Monde à la Nouvelle Humanité

 

Arrivant à la conclusion de la première partie, je me suis demandé si d’autres voix s’étaient élevées pour défendre Evergreen et son système ultra progressiste, post-moderniste, désormais livrés en pâture à l’opinion publique. Ne parlant pas un mot d’anglais, je voulais m’en tenir aux faits tels qu’exposés par Sanglier Sympa. Mais il m’a paru intéressant de trouver un autre son de cloche et de fouiller un peu la question. Je n’ai pas eu à chercher longtemps. La réponse m’est venue du Huffington Post, le journal numérique de la (très richissime) gauche américaine libérale-libertaire (rappelons qu’être libéral ou néo-conservateur aux États-Unis, c’est être riche et de gauche) qui a posté un article très long se voulant argumenté en dix points, signé par trois professeurs d’Evergreen dont deux femmes, donnant leur version des faits.

En titre : Une autre facette de l’histoire d’Evergreen State Collège ; sous-titre : 10 réalités sur le scandale du campus qui sont ignorées.

Il serait trop long d’analyser ce texte ; je me contenterai d’en tirer quelques éléments de réflexion.

1. Le problème de cette mise au point de presse, c’est que tout ce qu’avancent les chers professeurs est démenti par les vidéos ; et quand ils notent un fait réel, ils ont du mal à en justifier les causes ou ils dénaturent les faits.

2. Ils oublient un peu vite que Bret Weinstein n’est pas l’agresseur mais l’agressé. C’est bien lui et son épouse qui ont été évincés d’Evergreen, pas les agitateurs. Et même si le couple a obtenu raison devant le tribunal, c’est quand même eux les victimes.

3. Il faut tenir compte de l’aspect chronologique dans le déroulement des événements : on part d’un simple e-mail, parfaitement légitime, pour en arriver au bouclage de l’université par les policiers, et à une tentative de prise de contrôle de l’institution par des éléments anarcho-gauchistes. L’extrême gauche ne peut être confondue avec l’extrême droite ; s’il y a eu terrorisme, c’est à l’intérieur du campus, non à l’extérieur.

4. Ne pouvant s’en prendre directement à Bret Weinstein, protégé par son statut de Juif, ils lui reprochent de s’être répandu dans la presse, particulièrement sur Fox News, dans une émission dont le présentateur, Tucker Carlson, aurait les faveurs de l’extrême droite. BW a été là où on l’a laissé s’exprimer.

5. Les signataires ont une tendance à vouloir mettre la responsabilité des événements sur le dos de la droite et de l’extrême droite (ultra-right) comme si ces mouvements en étaient la cause première. Or s’il est vrai que l’extrême droite a manifesté après que l’affaire a été rendue publique, il y a eu aussi des contre-manifestations d’extrême gauche de soutien au campus ; ce qui veut dire que l’extrême gauche n’était pas seulement à l’intérieure du campus, elle était aussi à l’extérieur. 

6. La révélation de cette affaire a beaucoup choqué les Américains ; alors même qu’elle a pris une dimension nationale, il ne faut pas s’étonner que la réaction publique se soit parfois accompagnée de menaces et d’insultes. Le peuple américain supporte de moins en moins les dérives progressistes et le politiquement correct imposés tant dans les universités que dans l’enseignement scolaire en général.

7. En 8 : « La liberté d’expression fonctionne dans les deux sens. » Certes oui, mais sur les campus gauchistes, elle ne fonctionne que dans UN sens.

8. Les trois signataires cherchent à apaiser la situation. Soit. Mais en 10, ils annoncent qu’ils continueront. Donc ils continueront consciencieusement à pourrir le cerveau des étudiants avec des idéologies perverses dont ils n’ignorent pas la nocivité, et qui ne peuvent qu’aboutir au chaos civilisationnel. Ils viennent d’en faire une cinglante expérience, mais qu’importe : on continue, on va de l’avant !

À un moment, ils font état de ce qu’ils appellent l’intersectionnalité. Qu’est-ce que ce mot ? Que signifie-t-il ? On pourrait dire qu’il signifie, en plus technique, la même chose que melting-pot (pot-pourri, in french) expression qui semble ne plus avoir les faveurs de la gauche antiraciste. L’intersectionnalité définit les points de différences entre des êtres non semblables. Et l’équité, comme nous l’avons vu, consiste à abolir ces différences, où à nier leur existence objective, car les faire subsister reviendrait à maintenir des rapports d’oppresseur à opprimé. Dans le scénario, l’oppresseur est toujours le même : le mâle blanc dominant, hétéronormé. Seulement il y a un problème : si l’on veut lutter contre les différences, il faut les désigner ; et désigner ce qui marque la différence, pour un génie de gauche, cela revient à stigmatiser. Si donc pour annihiler les différences ils sont obligés de les désigner voire les stigmatiser (pour ne pas les rendre sympathique), c’est alors qu’ils font du racisme pour combattre le racisme.

Pour les signataires : « L’intersectionnalité est la marque d’une éducation artistique libérale [comprenons anarcho-gauchiste], pas son contraire. Une éducation artistique libérale ne devrait jamais rien ‘‘mettre de côté’’ [comprenons : mettre de côté l’Autre]. » Puis ils ajoutent : « L’objectif des programmes d’équité et de diversité est d’élargir la prise de conscience. Le but de ceux qui veulent les fermer est d’étouffer ou de restreindre le débat pour donner la priorité aux perspectives dominantes [encore faudrait-il qu’il y ait débat, même restreint !]. Ce n’est que quand un professeur blanc s’oppose aux propositions d’équité que nous entendons soudainement l’importance d’écouter et de comprendre les perspectives des autres. » On voit que tout cela est exprimé à mots prudents.

Une chose est sûre, on assiste à un renversement satanique de l’ordre des choses, c’est-à-dire un bouleversement de l’ordre naturel qui se manifeste par une scotomisation du monde réel (déni de réalité), où l’on voit des élèves faire la leçon à leurs maîtres, et les maîtres, humiliés, se soumettre, stupides et lâches. Ce n’est plus le prétendu « privilège blanc », c’est le privilège du Noir qui s’autorise à piétiner le Blanc avec l’approbation satisfaite et le soutien masochiste des victimisés holocaustiques. 

Je n’ai nullement l’intention d’aller plus loin dans l’analyse introspective de ces nouvelles idéologies qui fleurissent partout sur les campus américains de manière plus ou moins ostentatoire ; probablement soutenues avec ce qu’il faut de substances illicites et d’énormes quantités d’argent ciblé... Ils ont leur langage, leurs rites, leur liturgie ; il faudrait un dictionnaire pour tout comprendre et assimiler leur logomachie de névropathes à tendance schizoïde. Pour la plupart, on a à faire à des déviants, des détraqués de l’intellect bourrelés de haine de soi, qui n’ont jamais eu d’autre vécu de la vie que leur expérience livresque avec toutes les aberrations mentales qu’on leur a fait ingurgiter jusqu’à la nausée, depuis les années soixante du siècle dernier. Plutôt que parler d’idéologie, il vaudrait mieux parler de morale totalitaire néo-communiste, ou d’un paganisme « humaniste » (l’homme-dieu) qui s’impose aux États-Unis comme France et en Europe (parfois en avance sur les États-Unis), telle une vérité immanente dont il est interdit de douter sous peine, à minima, d’être censuré, au pire, d’être ostracisé voire plus...

L’Université d’Evergreen, qui a ouvert ses portes en janvier 1968, est présentée par wikipédia US comme « l’un des nombreux collèges et programmes alternatifs lancés dans les années 1960 et 1970, souvent décrits comme des ‘‘expériences’’. Alors que la grande majorité d’entre eux ont soit fermé, soit adopté des approches plus classiques, Evergreen est l’un des rares à avoir maintenu les programmes d’origine, persévérant dans la poursuite de sa mission initiale. » Mission, on l’a compris, très, très orientée à gauche, mais qu’en termes doucereux ces choses-là sont dites ! En fait d’« expériences », il s’agissait de laboratoires idéologiques de la société de l’avenir, la société de l’absolu UTOPIQUE, avec toutes les dérives et les délires qu’accompagne ce genre de prétendues « expériences » (toujours financées par le contribuable, quel que soit le pays), dont le résultat est d’avoir des conséquences prévisibles catastrophiques sur la vie des citoyens.

*

Cette université ou collège ne va pas sans rappeler, en France, l’Université de Vincennes ou Centre universitaire expérimental-sic de Vincennes (encore l’utopie !) créée fin 1968, un os à ronger que le gouvernement gaulliste jeta aux agités de Mai-68 pour les écarter de la capitale. Devenue un véritable cloaque de putréfaction sociale et anthropologique, elle fut dissoute en 1980, puis recréée sous le nom d’Université Paris 8, Saint-Denis ; les bâtiments de Vincennes furent rasés, la place libérée étant rendue à la nature. Lorsque le transfert fut décidé, les étudiants protestèrent ; la ministre des Universités de l’époque répondit à ces reproches : « De quoi se plaignent-ils ? Leurs nouveaux bâtiments seront entre la rue de la Liberté, la rue Lénine et la rue de Stalingrad, chez les communistes. » Les choses étant ce qu’elles sont, les étudiants, pétris de nostalgie pour leur ancienne faculté, exigèrent que le nom de Vincennes soit accolé à celui de Saint-Denis ; et l’université déplacée devint l’université de Paris 8, Vincennes – Saint-Denis.

Lorsqu’on a le plan de Paris sous les yeux, on observe que l’Université de Paris 8 est au nord de la capitale ; à l’ouest, se situe l’Université de Paris X Nanterre. À sa création en 1965, nous dit Wikipédia, Nanterre « a soulevé de grands espoirs » et « devait être le lieu d’expérimentation d’un enseignement renouvelé, l’esquisse de l’Université de demain » (encore et toujours l’utopie : le monde en crève de l’utopie !), en profitant de l’apport de « célèbres professeurs » qui ont « volontairement quitté la Sorbonne pour participer à la Grande Aventure ». C’était un campus ultra-moderne, doté de tous les conforts, qui devait renvoyer le modèle anglo-américain aux antiquités ancestrales. Les « célèbres professeurs » étaient surtout des enseignants de gauche, dominés un temps par la figure des sociologues ultra-marxistes Henri Lefèvre et Louis Althusser.

Mais un grand malaise s’installa aussitôt sur le campus. Les étudiants reprochèrent à cette université d’avoir été conçue par et pour les professeurs, les étudiants ayant été oubliés dans les plans des concepteurs ! Le malaise se transforma vite en foyer de contestation étudiante, et c’est de cette contestation que sortit le mouvement dit du 22-Mars, entraîné par un étudiant haut en couleurs, le nommé Cohn-Bendit et sa bande (trotskistes, maoïstes, marxistes-léninistes, gauche prolétarienne, ligue communiste révolutionnaire, organisation communiste internationaliste, etc.) ; cette sédition fut l’élément déclencheur des événements de Mai-68 ; ceux-ci se propagèrent sur la France entière durant deux mois, telle la vermine sur le corps d’un moribond, la plongeant à jamais dans une dérive civilisationnelle dont nous payons cinquante ans plus tard les fruits empoisonnés. Si internet avait existé, les vidéos de Nanterre auraient fait passer Evergreen pour une révolte d’élèves de maternelle supérieure.

Cinquante ans, ai-je dit ? Oui, c’est la date anniversaire des événements de Mai 1968. Il fallait bien fêter l’événement, et l’État socialo-communiste qui « gouverne » la France depuis 1968, se devait de marquer cette date anniversaire historique : offrir un nouveau temple universitaire au gauchisme institutionnel, en l’occurrence le Campus Condorcet, situé à un jet de pierre de Paris 8, Vincennes – Saint-Denis. Ce campus, flambant neuf, implanté à Aubervilliers, dont le projet aurait été coordonné par une architecte américaine spécialiste des campus, est considéré comme le plus grand et le plus moderne d’Europe ; il s’étend sur près d’un kilomètre longiligne, de la Plaine St-Denis à La Chapelle, seulement interrompu par les ceintures périphériques ; le fait qu’il s’intitule « Cité des humanités et des sciences sociales », où humanités et sciences sociales sont mêlées, puis, pour le symbole, qu’il soit situé en terre communiste, en dit long sur l’esprit général et le sens donnés aux enseignements qui seront dispensés dans cet établissement public.

Paris Nanterre et Paris 8 sont deux universités sœurs ; elles totalisent 55 000 étudiants et 3000 enseignants ; avec Condorcet, il faudra ajouter 18 000 étudiants et 4200 enseignants-chercheurs. Elles font cause commune avec le CNRS (?) sous le nom de Paris Université Lumière, groupe auquel se sont associés une quinzaine d’institutions culturelles. Ils parrainent le Campus Condorcet avec d’autres universités partenaires, dont les deux Sorbonne (Pauvre Robert de Sorbon !... Qu’est-ce qu’on lui aura fait avaler comme couleuvres !). L’État socialo-communiste français n’a rien à refuser à ses universités chouchoutes. Les étudiants ne seront pas dépaysés ; quand ils arriveront par le métro, ils descendront à Front Populaire ; et quand le tram sera relié, ils descendront à Rosa Parks !!! Ah, j’oubliais. La devise de Paris 8, Vincennes – Saint-Denis ? « L’Université-Monde ». Faut-il faire un dessin ?... Et on s’étonnera après que la France (comme l’Europe de l’Ouest) soit en plein naufrage anthropologique et sociétal ?... Surtout quand on sait que toutes les universités françaises sont, peu ou prou, infectées par le même gauchisme universel, cette gangrène de l’humanité dégénérée...

*

Revenons à Evergreen... Je m’étais égaré ? Non, pas du tout. Tout ce qui se passe aux États-Unis nous concerne, nous Français, de près ou de loin ; car l’Europe est devenue cette grande poubelle où les États-Unis déversent leur fumier sous culturel avilissant à pleins tombereaux, la France étant située aux premières loges. Il existe tout une fraction de la population française, et pas des moindres, qui se repaît de ce flot de boue pestilente qui nous arrive en continu d’Outre-Atlantique. Vous avez compris que je parle de l’Amérique dite « progressiste » ou néo-conservatrice.

Il est important de ne pas confondre ce qui se passe aux États-Unis et en France ; la situation n’est pas comparable ; la France n’a jamais eu d’esclaves de son histoire et n’en a jamais importés ; elle n’a jamais massacré des peuples autochtones pour prendre leur place ; et s’il y a eu traite d’esclaves (19% pour la France) (1), il faut ramener cette période au contexte de l’époque et à la montée du libéralisme anglo-saxon qui amènera la Révolution française. Quant à la colonisation, c’est un autre sujet, dont nous, Français, aurions du mal à accepter des leçons de nos amis Anglo-Américains.

Les universités américaines ont cette caractéristique particulière qu’elles croulent sous l’argent ; les étudiants américains ont cette caractéristique particulière qu’ils croulent sous les dettes ; le cumul des dettes des étudiants américains est de 1500 milliards de dollars, soit par tête, près de vingt fois la dette d’un étudiant français. Les universités privées sont souvent financées, en partie, par des fonds de pensions dont les intérêts abondent les budgets de l’université ; pour prendre un exemple, Harvard, la number one, dispose d’un capital de 35 milliards de dollars pour un budget de 5 milliards annuels et 22 000 élèves. Il existe trois niveaux : les universités privées, les universités fédérales, les universités d’État ; les États-Unis compteraient près de 4500 établissements destinés à l’enseignement supérieur.

Ceci posé, quelle a été la réaction des universités américaines au scandale d’Evergreen ? L’affaire a apparemment suscité peu d’échos. Les universités américaines font le dos rond ; elles sont surtout préoccupées par deux choses : attirer à elles les meilleurs professeurs, et les meilleurs étudiants venant, si possible, de familles aisées sinon richissimes. D’une façon générale, elles partagent pour devises, mais à des degrés divers, les trois mots magiques qui reviennent le plus souvent : Équité, Diversité, Inclusion, comme la devise de la République Française : Liberté Égalité, Fraternité ; des mots généralisants sans déterminatifs, tellement abstraits qu’ils ne veulent rien dire, mais de les prononcer fait du bien à l’âme. Des mots auxquels il faut ajouter tout le langage sociétal du gender et autres affirmative action (discrimination positive), feminism, sexual harassment, etc. Si certaines restent discrètes quant à leurs orientations, les photos d’illustrations parlent d’elles-mêmes : la diversité est partout. Je rappelle encore que nous sommes dans le contexte des États-Unis ; il arrive aussi que sur certaines photos de groupe, il faut se faire du mal aux yeux pour repérer un Noir, mais citer ces établissements serait les dénoncer.

Arrêtons-nous sur le cas Californien, l’État qui passe pour être le plus « progressiste » des États-Unis : la Californie !... Rien que ce nom fantasmagorique fait vibrer notre intelligentsia autochtone. Tout ce qui compte d’intellectuel de gauche, en France, a les yeux rivés sur la Côte Ouest, le laboratoire de l’humanité nouvelle. Là aussi il faut rappeler qu’à partir des années 1960, la France s’est couverte de campus à l’américaine ; généralement des ensembles de béton et de verre d’une laideur fonctionnelle souvent agressive, construits à la va vite, tels des HLM de banlieue ; la plupart des universités françaises se sont alignées sur le modèle américain ; on ne regardait plus du côté de Moscou ; l’inspiration venait désormais de l’autre côté de l’Atlantique. Mieux que d’imiter le modèle, l’enseignement supérieur français se révèle un parfait copier-coller des universités américaines, et pas des meilleures, sauf exception... Pour ma part, je reste très réservé sur le principe des campus (modèle qui n’appartient pas à la tradition française des universités du Moyen Âge) ; je tiens ces cités dédiées à l’érudition et à l’étude pour des bulles d’enfermement hors la vie réelle, où l’on apprend déjà à cultiver son surmoi et un certain entre-soi de bon aloi ; où une certaine jeunesse, elle-même, tend à confondre liberté avec sexe, drogue, alcool et autres dérivatifs de joyeux fêtards ; pour finalement que ces lieux se transforment en foyers de désordre social, où les anarcho-gauchistes les plus exaltés finissent toujours par prendre l’ascendant, faisant régner une terreur sourde sur les campus. Je pense surtout aux facultés dites des sciences humaines ou sciences sociales. Mais c’est un autre débat.

Bref, la Californie possède de nombreuses et diverses structures privées et publiques consacrées à l’enseignement supérieur. Je mets à part les universités privées, comme l’Université de San Francisco (USF – catholique romain) ou l’Université de Californie du Sud (USC), pour évoquer les deux universités publiques les plus importantes : l’Université de Californie (UC) avec ses dix campus dont Berkeley (San Francisco) et UCLA (Los Angeles), soit 220 000 étudiants et un budget de 36 milliards de dollars (dix fois le budget du CNRS !) ; et l’Université d’État de Californie (CSU), 480 000 étudiants (plus de 100 fois Evergreen), 23 campus pour un budget de 7, 3 milliards de dollars ; le CSU fait presque parent pauvre à côté de sa quasi homonyme l’UC, mais il ne faut pas se fier aux chiffres : le CSU a de beaux atours, même si son cursus est limité.

L’UC, dont la Présidente est l’ancienne Secrétaire à la sécurité intérieure de l’Administration Obama, Janet Napolitano, pratique le comptage ethnique, comme cela est normal aux États-Unis ; soit : Asiates américains 33 %, Latinos 24 %, Blancs 22 %, Noirs 4 %, autres (étrangers) 17 %. Cherchez l’erreur : la plus prestigieuse université des États-Unis, championne de la diversité, n’a que 4 % de noirs dans ses murs ! Comment interpréter ce fait de réalité ?... D’après le sexe, les filles sont majoritaires à 54 %, les garçons minoritaires à 45 %, soit un total de 99 % : le compte n’y est pas. Il manque les non-binaires : 1 %. Le compte y est.

Puisque nous en sommes au gender, voici un extrait des conditions liées à l’expression de la diversité et de la non-discrimination, relevé dans un document de l’UC de Santa Cruz où a enseigné Angela Davis, la passionaria des contestations étudiantes des seventies, communiste, Noire et homosexuelle ; durant ses années de jeunesse elle fut de tous les combats progressistes. Si vous voulez lire le Manuel de l’Étudiant, il fait 85 pages, sans compter les nombreuses réglementations attachées à l’organisation et à la discipline générale du campus (disciplined mot banni, trop directif ?). Pas plus que les mots morale ou éthique n’apparaissent dans mes recherches, ou ils sont bien cachés. Pour compenser ce vide moral, on a recours à des avalanches de règlements ou de mise en garde assortis de sanctions appropriées. Quand l’hypocrisie devient pharisaïsme !

Discrimination, harcèlement et action positive en milieu de travail (glossaire campusard)

Genre (Gender) : Le sexe d’une personne, y compris l’identité de genre d’une personne et son expression.

Expression de genre : l’apparence ou le comportement sexuel d’une personne, ou la perception de cet aspect ou de ce comportement, qu’il soit ou non stéréotypiquement associé au sexe attribué à la naissance.

Identité de genre : la compréhension interne de chaque genre de son genre, ou la perception de l’identité de genre d’une personne, pouvant inclure un homme, une femme, une combinaison d’hommes et de femmes, ni homme ni femme, un genre différent du sexe attribué à la naissance, ou transgenre.

Transition de genre : le processus que certaines personnes transgenres entreprennent pour commencer à vivre comme le genre auquel elles s’identifient, plutôt que le sexe qui leur a été attribué à la naissance. Ce processus peut inclure, mais ne se limite pas aux changements d’utilisation du nom et du pronom, de l’utilisation des installations, de la participation à des activités parrainées par l’employeur (équipes sportives, projets de teambuilding ou de bénévolat, par exemple), de traitements hormonaux, de chirurgies ou d’autres procédures médicales.

Sexe : comprend, sans toutefois s’y limiter, la grossesse, l’accouchement ; les conditions médicales liées à la grossesse, à l’accouchement ou à l’allaitement ; le sexe, l’identité de genre et l’expression de genre, ou la perception par un tiers de tout ce qui précède.

Transgenre : terme général désignant une personne dont l’identité sexuelle diffère de son sexe attribué à la naissance. Une personne transgenre peut avoir ou non une expression de genre différente des attentes sociales du sexe attribué à la naissance. Une personne transgenre peut ou non s’identifier comme « transsexuelle ».

Général

L’Université interdit la discrimination à l’encontre de toute personne employée, en recherche d’emploi ou postulant ou participant à un stage rémunéré ou non rémunéré, ou à un programme de formation débouchant sur un emploi à l’Université de Californie sur la base de la race, la couleur, l’origine nationale, la religion, le sexe, le genre, l’expression de genre, l’identité de genre, le statut de transition de genre, la grossesse, handicap physique ou mental, état pathologique (cancer ou caractéristiques génétiques), informations génétiques (y compris antécédents médicaux familiaux), ascendance, état matrimonial, âge, orientation sexuelle, citoyenneté ou service dans les services en uniforme, y compris les anciens combattants protégés. Cette politique s’applique à toutes les pratiques d’emploi, y compris le recrutement, la sélection, la promotion, le transfert, l’augmentation du mérite, les salaires, la formation et le perfectionnement, la rétrogradation et la séparation.

En outre, l’Université interdit le harcèlement fondé sur les caractéristiques protégées ci-dessus d’un employé [employé.e ?], demandeur, stagiaire rémunéré ou non rémunéré, bénévole, personne participant à un programme menant à un emploi ou offrant des services en vertu d’un contrat. Si le harcèlement est de nature sexuelle, la politique de l’Université en matière de violence et de harcèlement sexuels s’appliquera....

Cette politique est conçue pour être conforme aux lois applicables des États et du gouvernement fédéral et aux politiques de l’Université.

Ne me demandez pas d’expliquer. Je l’ai dit, il faut un dictionnaire approprié et une grammatique spéciale pour comprendre.

Maintenant, est-il possible de trouver dans les universités « progressistes » décrites ci-dessus, pire qu’Evergreen ? Je répondrais — d’un certain point de vue et en moins paroxystique — oui. Venons-en l’Université de l’État de Californie (CSU), la plus importante en nombre. À l’occasion du mois de la Fierté (juin), les autorités de l’université demandent aux invertis homosexuels de sept campus, étudiants et professeurs qui les dirigent, de partager, dans une page intitulée « Portraits de Fierté », « leurs histoires de difficultés et de triomphe ». En clair, d’expliquer en quelques mots leur décalage de ce que les hétéros appellent la « normalité ».

Nous avons donc une soixantaine de portraits photos, cadrés en plan taille, où chacun se définit selon son positionnement. Mais là où l’affaire devient pathétique, c’est que pour distinguer le sexe, quand il y a distinction des sexes, il faut s’en tenir au seul critère de réalité possible : le mot « étudiant » ou « professeur » selon qu’il est écrit masculin ou féminin. Quelques exemples pour souligner ces ambiguïtés. En gras, les « candidats.es » tels que l’institution les présente  sous le portrait ; en maigre, mon « commentaire »...

– Kaylee Jones, étudiante à l’État de Fresno, criminologie, est une fille toute frêle qui se donne un air intellectuel d’homme à lunettes. À moins que ce soit un boy un peu faiblichard du bréchet avec des airs de fille qui a l’air d’une fille sans en avoir l’air.

– Kevin Yang, étudiant Cal Poly Pomona, psychologie, vous fait savoir qu’il est heureux d’être heureuse.

– Perla Ocampo, étudiant à l’État de Fresno, criminologie, est un monsieur fort respectable ; mais il y a doute parce que la mue ne semble pas parfaitement accomplie, alors on n’y croit pas... On ne croit pas que quoi ? Que la femme soit devenue homme tout en gardant son prénom féminin.

– Deyanire Del Toro, État de Fresno, coordonnatrice des programmes LGBTQ + et de l’équité entre les sexes, alliée aux LGBTQIA. Je cite Deyanire uniquement pour préciser qu’un « allié » ou une « alliée » est un ou une hétéro qui milite pour la cause.

– Jour y Robles Diego, étudiant à l’État de Fresno, conseils, est un gars en fille qui vous décoche un sourire ravageur que soulignent deux traits de rouge à lèvres vif ; et en plus il porte un T-shirt faisant la pub du Social Justice... Warrior ?

– Dr Bre Evans-Santiago, CSU Bakersfield, professeur adjoint et coprésident du groupe d’affinité LGBTQ + Fierté. J’ai l’honneur de vous annoncer que le docteur Bre Evans-Santiago est une femme. Enfin, c’est une hypothèse que je m’autorise à émettre prudemment puisqu’ils disent que ce que je crois être une femme docteur est UN professeur...

– Georgia Valdes, étudiante au journal Cal Poly Pomona, est peut-être une fille qui se donne des airs de mâle dominant avec des tatouages sur les bras ; mais il en faudra plus pour impressionner, Georgia !... Qui est peut-être Georges, allez savoir !

Golden Moeras, étudiant de l’État de Humboldt, danse, est une jolie blonde queer, toute menue, déguisée en petit mec ; à moins que ce ne soit le contraire, on s’y laisserait prendre.  

– Sam Stewart, étudiant CSU Bakersfield, psychologie. En fait, Sam n’a pas de seins, il a une énorme poitrine.

– Celyna Ramos, étudiante d’État à Humboldt, études internationales. La tête droite, l’air décidé, un poing levé vengeur, elle pèse bien ses 100 kilos. On sent qu’elle est prêtre à en découdre pour la cause. Elle fait peur. Si elle enlevait le noir de son rouge à lèvres et de son vernis à ongles, peut-être distinguerait-on quelque chose qui fait qu’elle est plus Marcelino que Celyna. Elle devra toutefois se surveiller, car les traitements hormonaux font apparaître chez elle un renflement suspect du cou.

– Sidney Taylor, étudiant CSU Bakersfield, studio d’art. Sydney Taylor, avec sa longue chevelure de fille qui se déploie sur ses épaules, se sent comme Spock de Star Trek : « À la fois vulcain et humain, mais en même temps ni l’un ni l’autre. C’est ce que je ressens pour être non-binaire, affirme-t-il-t-elle. » Donc une ou un She/Him ou un ou une Him/She, c’est comme cela vous dit... Allez j’arrête,  je cale !

Il y en a ainsi une soixantaine. Comme si cela ne suffisait pas, les auteurs de la page encouragent à la fin : « Quel est votre souvenir de célébration de fierté préféré ? Nous aimerions entendre votre histoire ! Nous publierons des extraits sélectionnés dans une prochaine histoire afin que nous puissions continuer la célébration. » Par « célébration », il faut entendre le mois de la fierté, mais aussi le cinquantenaire des émeutes de Stonewall à New-York (Greenwitch Village), en juin 1969, date mythique pour la communauté homosexuelle américaine, quand une descente de police musclée dans une boîte gay dégénéra en violentes manifestations.

J’ai l’air de prendre la chose par-dessus la jambe, certes, mais dans le sens d’en rire pour ne pas en pleurer. Car je suis mal à l’aise, peut-être même effrayé, devant ces jeunes qu’on exhibe comme des bêtes de foire, en essayant de nous faire croire qu’ils sont au sommet de leur épanouissement personnel, alors qu’ils ne font qu’apporter leur caution (inconsciente ?) à une vaste entreprise de manipulation de l’espèce humaine jamais mise en œuvre par l’homme ; il s’agit de faire admettre comme normal tout ce qui s’oppose à l’ordre naturel, tout ce qui viole la loi de la Création voulue par Dieu. Une agression d’envergure contre le genre humain. Un des figurants précise à son propos : « Mon espoir pour l’avenir est que lorsque j’envisagerai mon mariage, je n’aurai pas à l’appeler un ‘‘mariage gay’’. Ce sera juste un mariage, sans aucune distinction nécessaire. » Autrement dit, le but est bien de renverser le monde réel et d’inverser le sens des mots, afin de faire que l’anormalité soit la normalité, tandis que la normalité ainsi évacuée deviendrait suspecte d’oppression et de discrimination, voire de ségrégation.

Devant les visages réjouis de ces jeunes gens, j’éprouve un sentiment de pitié. Ils font le spectacle, ils font l’affiche, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient si fiers d’eux-mêmes, et que leur sourire, qui se veut jovial et sympathique, ne soit pas là pour cacher un mal-être plus profond. Ils sont maintenus dans des espaces protégés (safe spaces across) appelés « Centres de Fierté », traités comme des cobayes de l’humanité nouvelle ; une fabrique d’humanité avilie, humiliée, sans races, sans sexe, sans racines, sans identités, des clones interchangeables et reproductibles à l’infini : le prototype du futur humanoïde idéal imposé au nom du Nouvel Ordre Mondial. Je ne crois pas au transhumanisme, mais je crois plus prosaïquement à la fabrication industrielle du sous-homme.

Le Nouvel Ordre Mondial. Nous y sommes. Tout se ramène à lui. Tout. Avec cette humanité nouvelle, finie la famille patriarcale et la transmission générationnelle. Que des êtres anonymes, soumis, effacés, manipulables à l’envi. Je vois dans le rôle à venir des universités, entre autres (les Grandes Écoles par ex.), de véritables incubateurs destinés à étudier et mettre en œuvre les critères anthropologiques de cette Nouvelle Humanité. Ce n’est pas pour rien si l’Université d’Evergreen est repartie comme avant, ne tirant aucune leçon des événements qui ont fait tristement parler d’elle ; ce n’est pas par hasard si « Georges », son falot de Président, est toujours en fonction trois ans après : il est l’apparatchik idéal, le quadripède vertical couché devant les promoteurs satanistes du totalitarisme universel, prêt à satisfaire tout ce que ses maîtres attendent de lui.

Et pour conclure — façon de parler s’agissant de clore un texte dont la conclusion serait plus longue que le texte lui-même —, je pense à notre corps professoral français et à tous ces politiciens républicains qui n’ont rien à envier dans ce domaine à leurs homologues américains. D’après de nombreux recoupements, je perçois le fameux Campus Condorcet comme le grand laboratoire européen d’anthropologie du futur où sera conçu l’humanoïde de demain programmé pour obéir et dire oui ; et comment ils vont instrumenter les ultimes perversions les plus diaboliques dont le « mariage » homosexuel, la PMA, la GPA, l’idéologie du genre, l’euthanasie, pour parvenir à leurs fins, avec en arrière-plan le spectre de la pédophilie, de la polygamie, et pourquoi pas, tout devenant possible, soyons fous, allons jusqu’au bout de l’Utopie : le retour au crime rituel et aux sacrifices humains.

En mai 1968, sur les murs des facs on pouvait lire ce slogan : « Cours, camarade, le vieux monde est derrière-toi ! ». À quoi j’ai envie d’objecter, quand je perçois les perspectives terrifiantes de cette Nouvelle Humanité qui s’annonce : « Accroche-toi au vieux monde, camarade, et sauve-le ! S’il coule, tu couleras avec lui. » (Juillet 2019)

—————————

1. Il s’agit ici de la traite triangulaire des Antilles. Quand on parle de la traite transatlantique, on accuse les Européens, mais on oublie souvent de parler de l’Amérique. Pourquoi les Américains, grands consommateurs d’esclaves, n’ont-ils jamais réussi à faire des Amérindiens des esclaves ? La solution au problème a été de les massacrer. Et pourquoi les Africains ne se sont-ils jamais défendus de leurs propres frères de race qui les livraient comme du bétail aux trafiquants, lesquels n’avaient plus qu’à prendre la livraison au passage, moyennant quelques verroteries et autres colifichets ? Un peu facile, là aussi, la propagande culpabilisatrice...