Le Syndrome d'Evergreen 1

Ff6 4 bandeau2

 

Quand le melting-pot à l’américaine dérape et part en vrille.

 

Université d’Evergreen (Evergreen State College), Olympia, État de Washington, États-Unis.

Un superbe ensemble « moderne », Evergreen la bien-nommée, installé dans un idyllique cadre de verdure de 400 hectares, comme souvent les universités américaines, en pleine forêt, possédant une ferme biologique, et pratiquant des activités de loisirs à grande échelle, situé non loin de la ville de Seattle : peut-on rêver mieux ?

Cette université a été le théâtre, en 2017, d’une polémique mettant au grand jour un problème de radicalisation des étudiants d’extrême gauche sur les campus des facs américaines. Le mot radicalisation est faible au regard de la réalité. Il vaut mieux parler d’une dérive de l’état esprit général de cette université (et d’autres !), dont cette radicalisation n’est qu’un symptôme dénotant un mal plus profond.

Le président de l’université se nomme Georges Bridges, Georges pour les étudiants, qui voient en lui un pote comme un autre, une familiarité dont manifestement l’intéressé semble se satisfaire, sans se rendre compte que ce manquement aux règles de civilité n’est qu’un des nombreux facteurs de décomposition de cet ensemble universitaire.

Donc, Georges décide de faire adopter dans son université un principe sociologique fondamental de vie en société : l’Équité. Le principe est le suivant : l’égalité exige une obligation de moyens, autrement dit, les mêmes pour tous ; l’équité exige, elle, une obligation de résultats : en gros, cela revient à donner le diplôme à tous. J’exagère sans doute, mais on n’en est pas loin ; le processus est bien avancé, en France, avec le Bac.

Donc, pour appliquer le principe d’équité, c’est-à-dire l’institutionnaliser et le rendre efficace, il n’y a qu’une solution : abolir les différences en amont. Que signifie abolir les différences ? (1) Abolir les différences, cela signifie effacer toutes différences entre un blanc et un noir, une femme et un homme, un hétérosexuel et un homosexuel, un riche et un pauvre, un jeune et un vieux, un gros et un maigre, mais aussi un être intelligent et un être stupide... On appelle cela l’« intersectionnalité » .Voir le Syndrome d’Evergreen 2

*

Une tradition bien établie veut que les professeurs se présentent à leurs étudiants. Pourquoi pas. Mais la façon pour le moins insolite de se plier à cette pratique laisse percevoir que tout ne tourne pas rond sur ce campus. Déjà, l’équité n’est pas bien répartie. Pourquoi ? Parce que les blancs ont des « privilèges » (2). Et les profs, en majorité blancs, de faire leur contrition publique devant les élèves, comme s’ils étaient navrés de ne pas être nés Noirs, incultes et homosexuels.

— Femme professeur : « J’ai beaucoup de privilèges. Les deux plus importants sont le fait que je suis blanche et cisgenre [mot que je suis incapable de définir, ndr.] »

— Femme professeur : « Je suis cisgenre, femme noire et hétéro. »

— Femme professeur : « Je suis une femme cisgenre hétéro ; je suis une immigrante, et recevoir mes papiers d’identité m’a apporté beaucoup de privilèges. »

— Femme professeur : « Je suis une femme cisgenre... qui est blanche et queer, et la première personne de ma famille à faire des études. J’ai grandi dans la classe moyenne, je ne suis pas handicapée et je suis grosse... Toutes ces identités sont importantes pour moi. »

— Homme professeur noir : « Ma couleur de peau est différente de beaucoup de gens de pouvoir, mais je suis un homme, hétéro, cisgenre. Très éduqué, mon domaine, c’est les maths et la physique ; ce qui donne l’espace pour dire : ‘‘ Oh, les scientifiques n’ont pas à s’occuper de justice sociale, n’est-ce pas ?’’ ‘‘ La science c’est la vérité’’ »

— Femme professeur : « La liste des identités qui apportent un privilège, je peux presque toutes les cocher, à part que je suis une femme. »

— Homme professeur : « Quand j’entre dans une pièce, je ne sais pas si c’est le privilège masculin, le privilège blanc, le privilège de l’éducation, je les ai tous, validité, âge... Je peux être retenu comme blanc, cisgenre, homme hétéronormatif, qui essaye de savoir quoi faire de tous ces privilèges, pour faire avancer la justice sociale de manière respectueuse. »

Puis viennent les professions de foi idéologiques :

Femme professeur 1 : « Le racisme doit être identifié, analysé et combattu sans fin. La question n’est pas : ‘‘Y a-t-il eu racisme ?’’ ; mais : ‘‘Comment le racisme s’est-il manifesté dans cette situation’’. Le statu quo racial est confortable pour les blancs. Tout ce qui rend les blancs confortables est suspect. Les victimes d’oppressions racistes ont une expérience plus familière avec le système de race que leurs oppresseurs. Cependant les professeurs blancs profitent d’une plus grande légitimité. Leur positionnalité doit être discutée. La résistance à l’antiracisme est prévisible, et nous devons y répondre de manière claire et stratégique. »

Femme professeur 2 : « Nous renforçons le privilège blanc dans nos sujets d’études en exaltant les canons blancs de beaux-arts, de culture, de littérature, de théorie et de pensée scientifique ; mais aussi nous ne considérons pas comment ces canons ont été créés. Je crois que nous sommes capables de désapprendre les modes de pensée qui perpétuent le privilège blanc. »

Femme professeur 3 : « Mon objectif, un de mes objectifs est que la diversité, l’équité et la race soient au centre de tout. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait à telle heure, puis on passe à autre chose... »

Puis on a droit à une tartinade de l’inévitable Robin DiAngelo, sociologue transversale (et horizontale ?), spécialiste de la blanchitude criminogène en milieu non-caucasien, et de la leucocratie totalitaire du mâle blanc de plus de 50 ans (CV légèrement arrangé par votre serviteur).

(...) Un antiraciste comprend que le racisme est un système. Les individus y participent, mais son existence ne dépend pas des individus. Le racisme est profondément ancré dans la société, dans toutes les institutions, les normes, les pratiques, les politiques, la manière d’enseigner l’histoire ; le racisme assure une distribution inégale d’absolument tout, entre les personnes de couleurs et les blancs. Pour un antiraciste la question n’est pas « était-ce raciste ? » ; la question c’est : « comment était-ce raciste ? ». Ça rentre toujours en ligne de compte dans toute situation, dans toute dynamique. On ne peut jamais dire « En dehors de la race » ou « La race n’a rien à voir avec ça ». Ce n’est pas possible de retirer le racisme. Il est inévitable pour moi d’avoir des comportements et des pensées racistes. Seul le groupe dominant peut-être raciste, sexiste, classiste, seuls les blancs peuvent être racistes. On ne peut pas éviter d’être socialisé dans une vision raciste du monde quand on est blanc. Impossible, ça nous touche 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le seul moyen d’y résister est de le voir. Les gens sont souvent outrés parce que je généralise, et que c’est une idéologie sacrée, n’est-ce pas ? Vous ne pouvez pas généraliser. Eh bien si, en tant que sociologue, je peux !

(...) En fait je pense que le racisme dépend des blancs qui sont vraiment très gentils avec tout le monde, et qui avancent dans leur vie. Soyez gentils et continuez. Et rien ne changera, rien ne sera interrompu. Vous soutiendrez la situation par défaut, et le défaut, c’est la reproduction de la blanchité et de la suprématie blanche.

*

À ce stade, vous avez déjà compris où on met les pieds. On patauge en plein délire de déconstruction du monde réel. La seule obsession qui domine dans cette faculté, ce sont trois mots ou expressions culpabilisatrices dont le blanc doit se repentir éternellement : privilège de la race, racisme, suprémacisme blanc. Il ne peut exister autre chose au sein de ses murs pour la simple raison que l’équité, qui consiste à un surégalitarisme indifférentialiste, aboutit à enfermer la réflexion dans une sorte de chaos intellectuel uniquement centré autour de ces concepts réducteurs. Il ne peut y avoir d’autres discours, toute autre interprétation, considérée comme non-correcte ou inappropriée, ne pouvant être qu’ennemie et exclusive. Donc on abolit le réel.

Concrètement, les blancs [du campus : professeurs et personnel administratif] doivent en permanence porter le poids de leur mauvaise conscience, alourdie du poids de leur culpabilité dont ils ne parviendront jamais à s’affranchir. Et la mise en scène commence par un rituel d’expiation qui manifestement semble faire partie du programme officiel de l’université. Du délire paranoïaque on passe au grotesque achevé. Deux exemples.

1) L’épreuve du canoë.

Un animateur de couleur, genre gourou dominateur et sûr de lui, annonce à un groupe de blancs et de noirs mêlés issus du personnel administratif de l’université, qu’ils vont devoir monter dans le canoë. « Ici, c’est Evergreen, clame-t-il ; on est bon en diversité. On est les meilleurs en diversité. Mais on n’est pas les meilleurs en équité. On a un problème de racisme sur le campus. Et un problème que certains n’ont pas traité comme il devrait l’être, et ça ne va pas continuer tant que je serai là. »

Le personnel de l’université est donc convié à monter à bord d’un canoë fictif de l’équité symbolisant les efforts qu’ils vont devoir accomplir ensemble pour promouvoir cette équité, en pagayant dans la même direction et en évitant les obstacles.

Je passe sur la mise en scène, avec film sur fond de rivière tumultueuse et bruit de torrent. Le gourou fait mettre sur deux colonnes des membres de l’administration qui se trouvent à n’être, comme par hasard, que des blancs, des leucodermes tout juste bons à être ridiculisés devant leurs collègues noirs qui n’en peuvent mais. Pour monter dans le canoë symbolique, ils doivent demander la permission et dire à quoi ils s’engagent.

Un employé, la cinquantaine, micro en mains, pitoyable comme vont l’être la plupart des professeurs et personnels présents, se soumet à cette pantalonnade et dit : « Je voudrais monter à bord du canoë parce que je m’engage à faire progresser l’inclusion et la diversité sur le campus, parmi tous les élèves et le personnel. »

Suit un autre, membre de la direction : « Je m’engage à faire d’Evergreen un campus plus accueillant pour les étudiants ; et en tant que prévôt, j’allouerai des ressources pour former les professeurs, pour qu’ils fassent la promotion de l’équité et de l’inclusion. »

Puis c’est au tour d’une jeune femme blanche au bord de la crise de nerfs : « Je refuse de laisser la blanchité me consumer ! Et je vais dire ce mot clairement : blanchité !... Je REFIOUSE !!! (Le ton est violent) Je veux continuer à dénoncer la blanchité !... Ok ? » Son menton tremble ; à cet instant, il est permis de se demander si cette personne, employée maison, n’en rajoute pas dans l’émotionnel, par crainte de ne pas paraître assez convaincante et perdre sa place.

Puis vient le tour du président de l’université toujours aussi mou, mais mou à en être ridicule : « Je suis là (où l’on voit bien qu’il n’est seulement que là !), et j’engage la position de privilège que j’occupe en tant que président de cette université. »

Encore une femme blanche : « Je suis là pour les élèves et les professeurs qui m’ont inspirée, et continuent de m’inspirer et de m’apprendre. Je m’engage en tant que vice-présidente des affaires étudiantes, en mettant mon temps personnel, mon attention, mes efforts et mon cœur dans ce projet. » Un insert montre cette même femme professeur confrontée à un groupe d’étudiants particulièrement énervés, hurlant sous son nez : « Hey, hey ! Ho, ho ! les profs racistes doivent partir ! ». Bientôt, naître de race blanche sera considéré comme une provocation raciste...

À part la jeune femme un tantinet énervée, le plus étonnant dans cette comédie cynique qu’on dirait tombée de cerveaux malades, c’est le ton complètement éteint de ces professeurs et cadres, un ton de soumission, d’acceptation, comme si, vaincus, ils allaient s’évanouir avant d’achever leurs phrases.

2) De l’autocritique à la rééducation de ceux qui pensent mal... de naissance !

Nous sommes là en présence d’une femme noire professeur, quelque peu mafflue et bien campée sur ses deux jambes, s’adressant à son auditoire, sur le ton de celle qui se prend elle aussi pour une gouroute, et ne tolère pas la discussion :

— Ok !... Un ! Comment sais-tu que tu es blanc ? Deux ! As-tu toujours été blanc ? Trois ! Quand as-tu réalisé que tu étais blanc ? Quatre ! Comment as-tu réalisé que tu étais blanc ? Cinq ! À quelle fréquence penses-tu au fait d’être blanc ? Et ainsi de suite jusqu’à la trente-neuvième question. Ce sont évidemment les étudiants blancs qui sont visés et répondent à chaque numéro. Cette liste a pour but de faire répéter les questions que les étudiants doivent se poser afin d’identifier de quoi est constituée leur blanchité : on se croirait dans un camp de rééducation chez les Viets ; et la façon dont la femme arpente la scène, décidée, les mains derrière le dos, donne l’impression d’un tortionnaire qui met son prisonnier à la question avant de lui infliger les pires sévices pour le faire parler.

Bref, l’idéologie de l’Équité avance et fait son œuvre. Bientôt le monde va changer de dimension : on entre dans l’ère nouvelle, le meilleur des Mondes, voire le Nouvel Éden ou le Paradis terrestre retrouvé. En somme, un nouveau paradigme pour le Paradis.

Sauf... Sauf qu’un grain de sable va enrayer la belle machine ; un petit scandale, un scandale de rien du tout, mais suffisant pour porter à son paroxysme la folie qui s’empare de l’université d’Evergreen, au point que l’affaire va prendre une dimension nationale. Tous les ans, les Noirs du campus, personnels et étudiants, organisent la journée dite d’« absence », « Day of Absence », pour sensibiliser le public aux contributions des minorités, et montrer combien la présence des Noirs est indispensable à l’école. Jusqu’au jour où la direction de l’université va exiger des blancs la même journée d’absence sur le campus, les obligeant à rester chez eux. En clair, cela peut être interprété : nous, les Noirs, on va vous montrer qu’on peut se passer de vous, les blancs. Et c’est là que le grain de sable fait dérailler la machine.

Un professeur de biologie, un peu moins lobotomisé que les autres, et à qui il reste quelques fibres nerveuses intactes, émet par e-mail auprès de sa hiérarchie une protestation formelle : il affirme qu’il sera présent sur le campus lors de la journée d’absence pour les blancs. Son argumentation est simple : il y a une énorme différence entre une population qui décide de s’absenter volontairement d’un espace public afin de mettre en valeur l’importance de son rôle dans le groupe, et la décision d’une administration qui décide d’imposer arbitrairement la même journée aux blancs. Le professeur en question, Bret Weinstein, y voit une atteinte à ses droits civiques, et une forme de ségrégation entre la libre décision accordée aux uns et l’obligation imposée aux autres. Par ailleurs, il met en avant sa qualité de juif : « Quand des gens me disent où je peux et ne peux pas aller, ça fait sonner des alarmes. »

La lettre va être publiée dans le journal officiel de l’université. Les étudiants d’extrême gauche y voient une provocation ; ils considèrent qu’elle est profondément raciste. Ils vont encercler Bret Weinstein à la sortie d’un de ses cours : c’est le début de la polémique d’Evergreen. S’engage alors une amorce de dialogue qui tourne vite à la confusion et se ponctue par des « Hey, hey ! Ho, oh ! Bret Weinsten démission ! » ; « On vit le racisme, lui dit une fille, pas besoin de l’étudier pour comprendre. » À une autre étudiante, blanche, il demande : « Je peux répondre ? » « Non ! » renvoie sèchement celle-ci. Dans les jours qui suivent, la situation se tend et les esprits s’échauffent ; Bret Weinstein doit prendre garde à lui ; il est surveillé par les étudiants. Un incident va marquer la descente aux enfers de cette université ; dès lors, cette institution « modèle » sombre en pleine dérive contestataire. Désormais, les extrémistes anarcho-gauchistes, ultra-minoritaires dans l’université, défient les autorités de l’Université et prennent la situation en mains.

— Premier temps. Alors qu’une confrontation avec Weinstein est en train de virer à l’aigre, quelqu’un prévient la police : « Attention ! Des élèves encerclent un professeur, ça peut dégénérer. » La nouvelle se répand : « Qui a appelé les putains de flics ? », lance une voix. Aussitôt, les élèves s’égayent en appelant les blancs. Pourquoi hurlent-ils « Les blancs ! Les blancs ! — white people ! — ?... Tout simplement parce qu’ils exigent que les blancs fassent barrage aux policiers pour protéger les Noirs. En fait de policiers, il s’agit d’un policier du campus qui demande à voir Bret Weinstein. Il se fait recevoir : « Dégage, tu n’as rien à faire ici ! — Ne m’empêchez pas de passer ! somme le policier — Dégage, putain de flic ! »

Une des agités du bocal présents, une jeune noire, donne sa version des faits devant la direction de l’université : « La police est délibérément passée à travers les élèves blancs pour attaquer les personnes de couleur. Nous avons demandé aux blancs de nous protéger. Nous connaissons la relation entre la police et les personnes de couleur (les Noirs se personnifient personnes de couleurs et non Blacks). La police a fait l’effort de nous pousser pour nous atteindre. (...) C’est une attaque contre les personnes de couleurs, etc. »

Devant un conseil d’enseignants blancs, les élèves culpabilisent à outrance leurs professeurs : « Pensez à ça quand vous rentrez chez vous pour embrasser vos enfants blancs. » ; « N’oubliez pas que vous nous avez infligé ça. » ; « Vous nous avez mis en danger. » ; « Votre silence est de la violence blanche. »... Une prof, le visage défait, prête à se traîner à genoux, et à implorer le pardon des jeunes victimes que l’on voit, pétantes de santé, se goinfrer de gâteaux salés-sucrés, lâche dans un gémissement à peine audible : « Yeah ! J’entends cet argument. »

— Deuxième temps. Le président de l’université, l’ineffable Georges, organise une réunion dans une cafeteria pour calmer la situation. Une salle d’environ deux-cents personnes, investie par les anarcho-gauchistes. Les blancs sont renvoyés au fond de la salle. Georges, derrière son pupitre n’aura pas l’occasion d’ouvrir souvent la bouche. Quelques propos tirés de ces entretiens à sens quasi unique : « Alors, premièrement tu ne racontes que de la merde... » ; « Tu fous rien. Tu nous parles d’une formation antiraciste pendant l’été, on veut des protections... tout de suite ! (NOW est hurlé !) » ; « Pourquoi t’es là à blablater sans rien faire ? Pour qui tu te prends, putain ! » « Bret invite la suprématie blanche à notre porte. Tu vas faire quoi, dès maintenant, pour assurer notre protection ? » ; « La blanchité est le système le plus violent qui existe. » ; « Le truc, c’est que mes ancêtres étaient des esclaves, pas les vôtres » ; « Va te faire foutre et nique la police ! » ; « Ils nous font le coup depuis 400 ans. » ; « Donc je te préviens, tu parles à tes ancêtres. On était là avant vous. On a bâti ces villes ; on avait une civilisation bien avant vous. Vous étiez encore dans vos cavernes, ok ? » (Rires). Au fond de la salle, Bret Weinsten tente de prendre la parole. Il en est empêché. Les élèves réclament son expulsion de l’université.

À un moment une voix se fait entendre : « Baisse ta main, Georges ! Baisse, baisse tes mains ! » ; « Ne pointe pas du doigt, Georges, c’est pas correct ! ». Georges : « Je fais ce que je peux, je suis désolé. » Une élève s’approche de lui : « Il faut baisser les mains, tu le sais, Georges... » Bouger les mains en parlant est un comportement oppressif. Et le président obéit : il place ses mains derrière son dos. Gros éclats de rires féminins : « C’est vraiment un imbécile ! » L’humiliation suprême ! Et ce n’est pas fini...

— Troisième temps. Les anarcho-gauchistes prennent le contrôle de l’université. Ces derniers s’étant réfugiés chez les LGBTQ, une tafiole de race noire s’exprime devant une caméra et affirme, tout en arrangeant les rubans roses de sa « coiffure » pour rehausser sa coquetterie : « Evergreen comme beaucoup d’institutions est bâtie sur un modèle raciste [N’oublions pas que nous sommes aux États-Unis] ; Evergreen prétend être différente et a fait des choses préjudiciables à ses étudiants de couleur, en particulier les Noirs. On est là pour prendre le contrôle d’une institution que nous payons, pour que nos revendications soient satisfaites. » Dès lors, l’inverti prend la tête de la bronca. Ils séquestrent les professeurs dans une salle de réunion. Le président de l’université demande la permission d’aller aux toilettes : « Euh... Retiens-toi ! », lui lance le Noir. Le côté extérieur de la salle est vitré et donne sur un rez-de-chaussée. Les élèves narguent du dehors les professeurs enfermés pour la journée ; ils se livrent devant le vitrage à des exhibitions, grimaces, singeries et autres facéties. Les enseignants sont pétrifiés, inertes ; ils sont comme des statues animées, mais vides, sans expressions, le visage figé dans le marbre, comme si l’humanité avait fui leur corps. Pas la moindre réaction de dignité pour sauver leur honneur professionnel, peut-être leur honneur d’hommes et de femmes. Ils subissent l’humiliation, c’est tout. Ils sont coupables.

Peut-être aussi sont-ils en train de méditer sur l’inconvénient de manipuler des concepts idéologiques abscons et d’en mesurer toutes les conséquences, quand ils vous reviennent dans la figure. Mais dans cet instant, ont-ils encore la force de réfléchir ? Peut-être ont-ils en tête de sauver leur job, et surtout de ne pas avoir à subir la flétrissure infamante : être qualifiés de racistes et catalogués d’extrême droite, comme leur collègue Bret Weinstein.

N’est-ce pas d’ailleurs lui qui a déclenché la foudre ? Quand il rappelle cet échange incroyable avec une de ses collègues : « On discutait de toutes ces histoires de suprématie blanche à Evergreen, et, de temps en temps, quelqu’un, parfois moi, parfois quelqu’un d’autre, demandait : ‘‘Ok... Où est cette suprématie blanche [à Evergreen] ? Est-ce qu’on peut la voir ? La mesurer ?’’ Et un membre de la faculté a dit : ‘‘Demander à des élèves qui souffrent à cause de la suprématie blanche de nous donner des exemples de suprématie blanche, c’est raciste.’’ Elle a dit : ‘‘Nous devons arrêter de leur demander, parce que nous leur faisons du mal en exigeant des preuves.’’ Et elle a ajouté : ‘‘Demander des preuves de racisme, c’est du racisme avec un R majuscule.’’ En disant racisme avec un R majuscule, elle s’est penchée en avant et m’a regardé droit dans les yeux. J’étais affalé sur ma chaise. Il n’y a pas d’opportunité de poser des questions dans ces réunions... Je me suis redressé et j’ai dit : ‘‘C’est à moi que tu parles ?’’ Elle a répondu : ‘‘Oui !’’ J’ai regardé autour de moi, personne n’a rien dit. (...) Le président de la faculté a dit : ‘‘Bret, ce n’est pas l’endroit pour te défendre d’accusations de racisme. »’’ J’ai répondu : ‘‘Ok ! Où est-ce que je peux me défendre ?’’ Et celle qui m’a accusé a dit : ‘‘Tu ne devrais pas t’attendre à avoir un endroit pour te défendre d’accusations de racisme.’’ Je regarde autour de moi : le président est là, le prévôt est là, personne ne dit quoi que ce soit... Et je dis : ‘‘Wow !’’ ».

— Quatrième temps. Dans une autre partie du campus, des professeurs organisent une cérémonie en l’honneur de collègues partant à la retraite ; une collation est prévue pour fêter l’événement... Et qui s’invite à la cérémonie ? Les étudiants évidemment, entrés subrepticement dans la salle. Là encore s’instaure un « dialogue » qui vaut son pesant de cacahuètes. J’en extrais cet échantillon.

Une prof blanche : « Je voudrais y aller, mais je ne veux offenser personne... Est-ce que vous êtes ok pour qu’on bouge ? » Une élève noire : « Je ne sais pas si vous vous identifiez comme blanche, le fait que vous ayez peur d’aller encourager les élèves que vous êtes censés servir, c’est risible, gênant, triste et dégoûtant... C’est votre travail de nous éduquer. » Un professeur : « Vous préférez qu’on reste discuter avec vous ou qu’on vous accompagne à la bibliothèque ? ». La Noire : « Au nom de tous les étudiants, je préfère que vous vous leviez tous, et que vous veniez soutenir les étudiants qui vous soutiennent. On vous soutient même quand vous nous faites du mal... » La conclusion de l’entretien ? Elle tombe d’une voix se faisant entendre : « On a besoin d’aide pour apporter la nourriture aux étudiants ! ». Les contestataires n’auront pas tout perdu : ils vont pouvoir s’empiffrer à l’œil ! Et après ils iront pleurer que les profs ne les soutiennent pas !...

— Cinquième temps. Un quidam, n’en pouvant plus de l’anarchie qui s’est installée dans l’université, téléphone à la police et avertit qu’il va faire un carnage. L’appel est retranscrit : « Je vais à l’université d’Evergreen. J’ai un 44. Magnum. Je vais tuer le plus de monde possible. Vous comprenez, bande de sales communistes ? Je vais tuer le plus de monde possible ! » Policière : « Monsieur ? — « Gardez bien les yeux ouverts, vermines ! » — « Monsieur, vous arrivez dans combien de temps ? » Pas possible : la policière lui lance une invitation ou quoi ?

Aussitôt, la police boucle le campus et l’évacue pour deux jours. Évidemment, il s’agit d’une fausse alerte. Les anarcho-gauchistes jubilent ; ils voient dans ce déploiement de police une menace à la liberté d’expression, et en font porter la responsabilité à l’enseignant Bret Weinstein.

— Sixième temps. Après quelqu’autres scènes d’humiliations, arrive le final. Les anarcho-gauchistes prennent définitivement le contrôle de l’université, se constituent en milices de sécurité ; ils se pavanent bravement dans le campus, armés de battes de base-ball : des têtes de punks à chiens, dégaine et langage assortis. Certes, ce n’est pas la fin du monde. Mais la façon dont les choses se sont déroulées montre en modèle réduit ce que pourrait être la mise en œuvre d’un système totalitaire ; certains y voient l’amorce d’un mélange de jacobinisme, de communisme, de nazisme à rebours ; d’autres y voient les effets d’une secte « hyper politiquement correcte ». Je n’ai montré que quelques facettes ; il faut remercier Sanglier Sympa d’avoir fait un compte rendu vidéo remarquablement bien construit, et qui n’est pas passé inaperçu sur la Toile.

L’affaire sort des murs de l’université et prend une dimension nationale. La presse américaine s’en empare. Bret Weinstein est publiquement auditionné par une Commission de la Chambre des Représentants. Avec son épouse, Heather Heying, professeur dans le même établissement, il est sollicité jusque dans les universités pour faire des conférences. Et pourtant ! Le cauchemar qu’il a vécu lui aura-t-il servi de leçon ? Pas sûr ! Bret Weinstein est un progressiste convaincu. On le présente comme un libertarien ou un libéral libertaire de gauche. Devant la Commission des Représentants, il en arrive à se justifier ainsi : « Je veux contredire l’idée que cela serait la « gauche », parce qu’il n’y a pas qu’une seule gauche. Le problème est que quand vous êtes de gauche et que vous ne suivez pas cette idéologie, vous êtes immédiatement catégorisé comme étant de droite, ce qui donne l’impression que la gauche est monolithique, et ce n’est pas le cas. »

Il saute à pieds joints dans l’erreur. Car la gauche par définition, n’a pas de protection morales, sociales, spirituelles, psychologiques ; depuis la Révolution Française, où elle s’est montrée à visage découvert, elle a fait sauter toutes les barrières naturelles, jusqu’aux barrières physiques : la famille, la religion, la morale, la hiérarchie, la sélection par le savoir, le mérite, aujourd’hui les frontières, les races, le sexe... ; elle a confondu ou aboli tout ce qui est différences, tout ce qui se distingue, imposant l’antiracisme, le féminisme, l’égalitarisme, le nivellement par le bas... L’université d’Evergreen, créée en 1967, cultive, si j’ai bien compris, une marginalité culturelle haut de gamme ; elle a tout passé par-dessus bord. Cinquante ans plus tard, après avoir joué avec le feu, M. Weinstein s’étonne du résultat, au point d’en être réduit à crier « sauve qui peut ! »...

À force de jongler intellectuellement avec des concepts idéologiques abstraits qui n’ont aucune prise sur le monde des réalités, on ne peut qu’aboutir au chaos mental ; c’est la condition de nombres d’intellectuels bien installés dans leur condition de fonctionnaires assistés, qui, n’ayant pas à lutter pour vivre, font prendre le risque de vivre aux autres. À force de jouer avec les mots, on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’ils signifient. C’est le cas des concepts à réversibilité sémantique ; telle la devise de la République française : Liberté, Égalité, fraternité. Chacun peut lui donner le sens qu’il veut. Prenons comme exemple ces deux mots : antiracisme et tolérance.

Afficher plusAfficher moinsÀ Force de pousser l’antiracisme hystérique jusqu’au bout de tous ses signifiants possibles, il finit par justifier un racisme oppressif pur et dur, doublé d’un racisme social revanchard. À force d’en appeler à la tolérance, on finit par tout accepter, même l’inacceptable, même l’intolérable, jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’anarchie, au point qu’on en vient à considérer celle-ci comme étant dans l’ordre des choses ; la vie de l’être humain ne relève plus que de la fatalité et devrait suivre son cours, ou l’histoire toujours recommencée du chien crevé au fil de l’eau.

Pour conclure, cette pensée de saint Augustin :

À force de tout voir, on finit par tout supporter ;
À force de tout supporter, on finit par tout tolérer ;
À force de tout tolérer, on finit par tout accepter ;
À force de tout accepter, on finit par tout approuver.

Saint-Augustin, Dieu, Jésus-Christ... des noms inconnus, voire politiquement incorrects (laïcité oblige) dans les universités américaines, dont les 70 universités françaises et autres établissements supérieurs, ne sont que des copier-coller, et pas des meilleures ; et l’on pourrait dire la même chose des Business-School à la « française », mais aussi de l’Administration publique et de nos multinationales du CAC 40, contaminées elles aussi par le phénomène : les fameuses professions de foi « éthiques » : « Nos valeurs, Notre philosophie, Notre éthique, la Diversité, l’Inclusion, l’Antiracisme, le Féminisme, la Discrimination positive, etc., etc. » (Juillet 2019)

—————————

1. On est loin du fameux « droit à la différence », concept gauchisant tant revendiqué par ces mêmes universités américaines dans les années soixante du siècle dernier, et évidemment adopté un temps par les universités françaises. Et pourquoi ce concept n’a-t-il tenu qu’un temps ? Il a cessé d’être une idée géniale quand les intellectuels se sont aperçus, horreur et damnation, qu’il faisait le lit du « racisme » et de la ségrégation raciale !

2. Être blanc n’est pas un privilège, c’est un état biologique naturel. À force de stigmatiser le suprémacisme blanc, on finit par le justifier : c’est une forme de reconnaissance. Et s’il existe une supériorité blanche, on ne le doit qu’à la civilisation créée par les Blancs, soit la conjonction des trois Héritages : Grèce, Rome, Christianisme.

3. L’exposition des filles dans ce genre de brouhaha estudiantin est absolument surréaliste, tant par le négligé vestimentaire que par l’excitation comportementale, voire l’hystérie de ces demoiselles. Constatons qu’elles sont nettement majoritaires dans cette mutinerie et jouent le rôle de meneuses ; le représentant Noir des LGBT le constate lui-même : « Pourquoi ces femmes noires doivent-elle faire ce labeur émotionnel ? ». En réalité, on a affaire à de jeunes futurs bobos, filles ou garçons ; il y a ceux qui sauront tirer la couverture à eux et profiter de la manne publique ; et ceux qui resteront des laissés pour compte. Noirs ou blancs.