L'agriculture biologique

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« Que ton alimentation soit ta première médecine. »

Hippocrate

« Aucune activité humaine, même la médecine, n’a autant d’importance pour la santé que l’agriculture. »

Pr. Pierre Delbet

« Le fond de ma pensée devant l’ordre de création de la matière, c’est d’abord l’admiration, puis le respect, la confiance dans la vie, et la foi qui renverse les montagnes. »

Jean Boucher (agrobiologiste)

 

Les scandales réguliers que provoque l’agriculture productiviste ou industrielle, sa recherche permanente du profit pour le profit au détriment de la qualité des produits alimentaires et de la santé des consommateurs, et cela quels que soient les secteurs de la filière agronomique, m’ont amené à ressortir du fond de mon ordinateur des documents que j’avais réalisés sur la bio durant la période où j’ai travaillé dans cette spécialité. Comme il se raconte trop souvent n’importe quoi sur le sujet, pour compléter les chroniques présentes, je mets ces documents à disposition du lecteur non informé (ou plutôt désinformé) désireux de s’en faire une première idée claire, bien qu’entre ces documents et la mise en ligne, il s’est passé une vingtaine d’années durant lesquelles la bio a évolué. Seul le glossaire a été mis à jour (non reproduit, ici). Qu’on le veuille ou non, chacun de nous est concerné par l’agriculture, source de vie et de santé, et ne peut ignorer sa réelle problématique. On trouvera une définition un peu technique de l’agriculture biologique mais plus proche de la réalité que les niaiseries habituelles colportées sur le sujet ; puis la charte éthique fondamentale, et deux anecdotes personnelles illustrant le tout.

L’agriculture biologique

Comprendre l’alimentation biologique, c’est d’abord comprendre l’agriculture biologique. La vie est la conjonction de trois éléments fondamentaux : le soleil qui fournit l’énergie ; l’eau, à la base des processus du vivant (solvant universel) ; la terre, support et principe nourricier. Tout se passe au niveau de cette couche arable qu’on appelle l’humus, couche relativement mince comparée à la quantité de biomasse qu’elle produit à chaque cycle annuel. La terre est un milieu grouillant de vie, un véritable tissu vivant. Très schématiquement, les choses se passent ainsi. Des centaines de variétés d’insectes divers appelés détritophages, décomposent en surface les débris végétaux et animaux ; puis vient l’extraordinaire travail de forage des vers de terre qui drainent, aèrent, amendent le sol, favorisant la texture de ce qu’on appelle le complexe argilo-humique ; puis la flore microbienne, bactéries et champignons qui minéralisent la matière organique ainsi décomposée ; enfin, une autre catégorie de flore microbienne vivant en symbiose avec les racines des plantes achève le travail : elle fixe les minéraux constitutifs ou nutritifs afin de les rendre assimilables par les plantes, celles-ci se nourrissant de minéraux. On imagine aisément les dommages que peuvent causer l’emploi des moyens mécaniques modernes pour travailler le terre, mais aussi l’usage intensif des pesticides et autres engrais chimiques sur cette biocénose hautement génératrice de vie.

Après les éléments vivants, la matière organique et les minéraux du sol. Mélangés à l’argile provenant de l’usure de la roche-mère, ils forment le complexe argilo-humique ; cette « colle » s’amalgame avec les racines et radicelles des plantes afin de les fixer dans le sol et permettre le développement des parties aériennes. Les feuilles, par l’action de la lumière solaire (photosynthèse), fournissent à elles seules 97% de la masse végétale avec quatre éléments fondamentaux (carbone, oxygène, hydrogène, azote). Les racines, pourtant supérieures en masse aux parties aériennes, accomplissent une besogne de forçat pour fournir les 3% de masse complémentaire, soit une vingtaine d’éléments répartis en oligo-éléments et sels minéraux. Autant dire qu’elles vont à la recherche des atomes constitutifs avec une pince à épiler. Elles sont encore à la corvée pour assurer le pompage de l’énorme quantité d’eau consommée par les plantes. À cela s’ajoutent des phénomènes de nature électromagnétiques (échanges cationiques), bioélectroniques (pH, rH², résistivité), osmotiques (concentration), qui animent cette vie foisonnante et lui donnent sa cohésion. Ils conditionnent la nutrition de la plante, donc son développement et sa vie. Toutes les transformations qui s’accomplissent au sein de l’humus sont bien d’origine biologique ou bio physico-chimique.

Le travail de l’agriculteur biologiste sera d’entretenir cette vie, de la stimuler, de la dynamiser par des méthodes de culture appropriées strictement naturelles. L’objectif, au-delà de l’aspect économique, est de maintenir l’équilibre homéostatique (équilibre cultural) entre les différentes forces antagonistes qui animent ce milieu indispensable au jaillissement de la vie ; la rupture de cet équilibre, qui trouve sa stabilité en lui-même, signifie maladie, signifie mort. C’est sur ce point capital que se situe la contradiction la plus fondamentale entre les agriculteurs bio et les agriculteurs conventionnels : ces derniers peuvent se permettre d’ignorer ce qui vit dans la terre, de faire comme si cette vie n’existait pas. Les premiers nourrissent la terre qui nourrit les plantes (principe d’exportation-restitution : il ne faut jamais perdre de vue que l’agriculteur nourrit la terre comme on nourrit les animaux) ; les seconds nourrissent les plantes directement sans se soucier de ce qui se passe à l’intérieur du sol, avec des engrais de synthèse ou engrais solubles assimilables directement par la plante. L’activité biologique du sol est ainsi réduite à sa plus simple expression. La terre n’est plus qu’un support matériel de la plante ; on est déjà dans le système de culture dit « hors sol » ou « hydroponique », réalisé à partir d’un substrat entièrement synthétique. Les produits ont certes bel aspect, mais ils n’ont pas les mêmes qualités nutritionnelles et vibratoires ou « eubiotiques » orientées vers la santé ; or les molécules organiques ont la propriété d’émettre des vibrations, c’est-à-dire des ondes assimilables à une sorte de code du vivant ; elles déterminent la vitalité énergétique de l’aliment. Observation identique pour les constantes bioélectroniques. L’avantage est nettement en faveur des produits de culture biologique. Même si cela ne veut pas être dit, des produits résultant de la mise en œuvre des processus vitaux les plus élaborés ne peuvent être que des produits sains.

Rappelons en quelques points les méthodes culturales de l’agrobiologie : la rotation des cultures ; les associations végétales ; la fertilisation organique : fumure, compost, engrais verts ; l’ameublissement de la terre et non le labour. Même chez les conventionnels, on commence à remettre en question le labour profond. Après 50 ans de mécanisation poussée, on s’aperçoit que le retournement systématique de la couche superficielle d’humus et le bouleversement des horizons du sol est un non-sens agronomique ; sans compter qu’il favorise la formation d’un phénomène appelé « semelle de labour ». Toutes ces techniques, résumées ici, ont un seul but : tirer le meilleur parti de la fertilité du sol et de son potentiel agronomique. C’est pourquoi on distingue la culture biologique passive, sans pesticides, sans engrais de synthèse, sans poisons, (l’agriculture de grand-papa, en quelque sorte), mais donnant une idée assez limitée de la véritable agrobiologie ; et la culture biologique active qui met en œuvre les propriétés dynamiques du vivant pour obtenir des denrées de qualité exceptionnelle avec des rendements tout à fait convenables. Cette distinction capitale entre agriculture biologique passive et active est l’une des clés permettant de comprendre ce qui détermine le caractère spécifique de la véritable agriculture biologique et par suite, les denrées qu’elle produit.

Si la culture biologique a pour but de tirer le meilleur parti du sol afin de produire des denrées saines et de qualité nécessaires à la nourriture humaine, elle a un autre objectif qui en est la conséquence : améliorer les défenses immunitaires de la terre, des plantes, des animaux, des humains, et ainsi lutter contre les parasites et les maladies. Retrouver ce que Jean Boucher appelle « l’immunité innée » ; il précise : « La santé parfaite, la résistance à la maladie, à la dégradation, existe en puissance dans le germe initial de tout être vivant. Cette doctrine s’oppose diamétralement à l’affirmation de l’agronomie conventionnelle : “ Nous ne récoltons que ce que les parasites nous laissent ! ”. C’est faux ! Les parasites n’attaquent que ce qui est dégradé, et j’ajoute : c’est une sorte d’élimination qui tend à faire disparaître ce qui est devenu inapte à la vie, et à en recycler les matériaux ». Nous sommes loin de cette accusation malveillante régulièrement colportée qui consiste à rendre l’agriculture biologique responsable de la prolifération des agents pathogènes, et de produire des aliments qui ne seraient pas plus sains que ceux issus des grandes cultures industrielles.

Encore un point important à mettre au débit de l’agriculture industrielle : elle est une grosse dévoreuse d’énergie (et d’eau !). Pour donner aux Français une belle image de notre agriculture, pour flatter l’amour propre de nos agriculteurs, on a longtemps présenté l’agriculture comme le « pétrole vert de la France », une immense source de devises pour notre économie ; et l’on n’hésitait pas à mettre en avant l’excédent de la balance commerciale obtenu grâce aux rendements mirifiques de l’agriculture productiviste et de nos industries alimentaires. Au risque de paraître rabat-joie, la réalité est tout autre. Quand on parle de « pétrole vert », on ne saurait mieux dire : cette agriculture industrielle n’est performante qu’en apparence ; en réalité elle ne crée pas de biomasse, elle transforme de l’énergie fossile, donc du pétrole et du gaz en biomasse. Il faut donc défalquer des excédents le coût de l’énergie consommée par ce type d’agriculture ; il convient aussi de défalquer les produits abandonnés pour cause de mono spécialisation agricole que l’on est obligé d’importer, le coût des atteintes à l’environnement, les coûts sociaux de la désertification des campagnes, les coûts de la santé dus aux carences nutritionnelles et ceux induits par l’utilisation des produits chimiques pour les agriculteurs, la pollution alimentaire, les gaspillages résultant de la surproduction, les subventions, primes et aides de toutes sortes, sans compter les catastrophes alimentaires dont la presse nous entretient régulièrement... Des calculs confidentiels ont déjà montré, certaines années, que notre agriculture était globalement déficitaire.

La production agricole de masse transforme du pétrole noir en pétrole vert — un comble ! — un pétrole vert d’ailleurs loin de se transformer en « or vert », sauf pour certains intermédiaires heureux. Elle dégrade de l’énergie fossile pour assurer notre subsistance, alors que la nature regrade l’énergie venue du soleil précisément pour subvenir à nos besoins au moindre coût. Le bilan de biomasse est toujours positif d’une saison à l’autre. Le travail de l’agriculteur biologiste est donc d’activer la biomasse du sol en dégradant le moins possible d’énergie fossile. Son bilan doit être positif. Cette situation de productivisme à tous crins met notre agriculture sous la dépendance énergétique des producteurs de pétrole (une sujétion de plus avec celle de l’agro-industrie), et pousse à négliger l’entretien des animaux de trait. Rien n’indique que nous ne serons pas en situation d’avoir à recourir un jour à leurs services, et peut-être plus rapidement que les fervents zélateurs d’un « progrès » sans limites pourraient le croire.

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L’agriculture biologique bénéficie d’un bilan énergétique favorable qu’elle doit, certes à ses procédés techniques, mais aussi à son mode d’organisation. S’il est relativement aisé sur le plan technique de concevoir une parcelle de 200 ha en monoculture bio (voir ci-dessous), sur le plan de la logique et de l’éthique, c’est une hérésie. L’unité agricole biologique ne peut se concevoir autrement que dans le cadre d’un système intégré de polyculture-élevage sur des surfaces de 10 ha, adaptées à la structure et au mode d’exploitation familiale. Et l’on touche là à la pierre angulaire du système. À l’exception d’une poignée de déviants monomanes, personne aujourd’hui ne conteste ce fait évident : la famille est la base de toute société organisée. Elle en est à la fois le cœur social, économique et humain. Elle est le foyer comme son nom l’indique. Le capitalisme familial (direct ou par fermage) me paraît l’approche la plus équilibrée que l’on puisse concevoir de l’économie d’un pays ; cette approche adaptée responsabilise les individus et leur permet de vivre dignement en toute liberté, tout en ne devant ce qu’ils sont qu’à leur travail et non aux subsides de l’État-providence. La structure familiale à responsabilité personnelle est adaptée à l’agriculture, comme elle l’est à l’artisanat, au commerce ou à la petite et moyenne entreprise. Cette réalité d’évidence est de tous temps

L’avantage de l’unité de polyculture-élevage biologique de type familial est multiple : au-delà de l’aspect propre à diverses techniques comme le recyclage et la complémentarité des productions (il n’y a pas de déchets dans une ferme biologique), elle assure en partie l’autosuffisance alimentaire de la famille et son impact social est incomparable ; sa modularité et sa diversité permettent d’apporter une réponse souple aux impondérables climatiques, aux fluctuations de la demande, etc. Elle s’oppose à ces grandes unités de monocultures industrielles spécialisées, enfermées dans un productivisme rigide qui ne laisse aucun choix possible, aucune solution de remplacement. On ne verrait plus ces agriculteurs agressifs, endettés jusqu’au cou, prêts à tout casser à chaque changement de saison, parce que les cours s’effondrent, parce que la météo n’a pas été au rendez-vous, parce qu’ils n’ont pas touché leurs subventions, parce que la concurrence est déloyale, parce que les fournisseurs ou les gros distributeurs de l’aval et de l’amont les étranglent, etc. Il semble que la révolte permanente (souvent manipulée) soit devenue de nos jours un mode de communication normal chez les agros industriels… Et c’est vrai qu’il y a parfois des cas désespérés. Elle permet une meilleure insertion dans l’espace rural et un rééquilibrage écologique de l’environnement : restauration des haies, talus, régulation hydrologique (de la même façon qu’elle est moins gourmande en énergie, elle est moins gaspilleuse d’eau), alternance des cultures, biodiversité, amélioration de l’hygiène générale et des conditions sanitaires de travail, tant au bénéfice des personnes que des élevages, etc. Sur l’ensemble du territoire national, ce sont des dizaines de milliers de foyers qui pourraient ainsi revenir à la terre dans des conditions d’adaptation optimum, sans rien céder aux avantages d’un certain confort moderne. Qu’on le veuille ou non, l’impact social du développement de l’agriculture biologique est certain. Cet aspect social et humain doit être pris en considération au même titre que son aspect environnemental. Sans vouloir faire de démagogie de comptoir, que l’on pense au million de « rémistes », aux 2 ou 3 millions de chômeurs, aux autres 2 ou 3millions d’emplois précaires, ainsi qu’aux emplois nombreux qui contribuent par leurs effets pervers à dégrader directement ou indirectement l’environnement, jusqu’à menacer les conditions d’existence de l’homme sur la planète ; que l’on pense à tous ces gens qui ne pouvant exprimer ce qu’ils ressentent par la parole, l’expriment par les mains. C’est cette capacité de travail qui leur donne leur raison de vivre, leur dignité. Ce sont des travailleurs manuels. Notre société moderne a fait du travailleur manuel un manchot en jean et en baskets mal dans sa peau, qui va de chômage en petits boulots, pleure des aides sociales, en gaspille une partie au bistrot, au loto, avant d’aller s’enfermer dans son clapier de banlieue et de s’affaler devant la télévision. Un travailleur manuel qui ne trouve pas l’emploi digne de ses bras et de ses mains est un être socialement mort.

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ÉTHIQUE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE

1972 – IFOAM (International Federation of Organic Agricultural Movements)

Cette charte d’éthique est universelle et sert de base à des développements spécifiques ou élargis. Pour ma part, j’ai rajouté deux ou trois précisions soulignées dans le texte.

L’Éthique liée à l’agriculture biologique se situe autour de trois objectifs principaux, cherchant à définir les normes d’une agriculture productive, durable, respectueuse de la biosphère, donc une agriculture pour les hommes de demain, généralisable à l’ensemble de notre planète :

  •  objectifs écologiques,
  •  objectifs sociaux et humains,
  •  objectifs économiques.

Ces différents points servent de base à l’élaboration des cahiers des charges.

OBJECTIFS ÉCOLOGIQUES

  1. Tendre vers une agriculture globale (Productions végétales et animales ou unités polyculture-élevage – Gestion du paysage) permettant un bilan équilibré des éléments exportés et des éléments importés, en évitant le gaspillage grâce à un bon recyclage des résidus végétaux et des déjections animales. Respecter la spécificité des terroirs, des régions, en favorisant l’expression des potentialités naturelles et humaines.
  2. Préserver, renouveler et accroître l’humus pour lutter contre la destruction des sols, leur érosion et leur lessivage par la diversité des cultures, des élevages et la plantation de haies pour les générations futures.
  3. Favoriser une agriculture qui produise plus d’énergie qu’elle n’en consomme, et lui redonner son rôle de captatrice d’énergie solaire, en évitant ainsi le gaspillage des énergies fossiles non renouvelables.
  4. Développer une agriculture qui ne pollue pas la biosphère, directement ou indirectement.
  5. Utiliser les variétés végétales ou les races animales les plus adaptées au complexe « climat-sol-saisons ».
  6. Dans les productions animales, il sera nécessaire de prendre en compte non seulement les besoins physiologiques mais aussi les contraintes éthologiques (comportementales), et veiller à ce que le traitement de l’animal, de l’élevage à l’abatage, ne soit pas facteur de stress anxiogène.
  7. En règle générale, la prévention sera la règle prioritaire, la maladie n’étant considérée que comme le signal d’une situation de déséquilibre : l’objectif étant avant tout de comprendre ces signes pour mieux en éviter l’apparition. Utiliser exclusivement les ressources biologiques (fonctionnement des êtres vivants) et écologiques (interaction des êtres vivants avec leur milieu) pour résoudre les problèmes de parasitisme.
  8. Respecter la complexité des équilibres naturels sans rationalisation excessive, notamment chaînes trophiques, circulation de la matière dans les écosystèmes, grands cycles biogéochimiques.
  9. Fournir à l’homme et à l’animal des produits et des aliments sains, de composition nutritionnelle et organoleptique équilibrée, sans résidus toxiques ou malsains dus aux conditions de culture ou d’élevage, de cueillette et de transformation.
  10. Intégrer harmonieusement les sites de production dans l’environnement, par exemple ; par la sauvegarde de zones sauvages nécessaires à l’équilibre des écosystèmes.
  11. Préserver et reconstituer des paysages harmonieux et adaptés à la diversité des situations géographiques et climatiques des cultures et des élevages.
  12. Être ouvert et encourager les nouvelles démarches évolutives, développer recherche et expérimentation.
  13. Favoriser une démarche écologique à tous les échelons de la filière : mode de transformation qui économise l’énergie, emballage biodégradable et non gaspilleur d’énergie à la fabrication, à l’utilisation et à la distribution, distribution limitant les transports.

OBJECTIFS SOCIAUX ET HUMAINS

  1. Solidarité à tous les membres de la filière dans toutes les régions françaises et européennes.
  2. Solidarité internationale de l’agrobiologie par la pratique d’une agriculture qui ne participe pas au pillage des pays pauvres.
  3. Rapprocher le producteur du consommateur par l’information sur les conditions de production et de transformation et par la transparence des garanties.
  4. En règle générale, respect de l’équité entre tous les acteurs du marché (producteurs, transformateurs, distributeurs, fournisseurs, consommateurs).
  5. La compétition doit céder le pas à la coopération.
  6. L’Agriculture Biologique ne doit pas avoir pour seul objectif la rentabilité des structures de la filière, elle doit être un moyen de lutter contre la désertification des campagnes en permettant un maintien des paysans à la terre et en créant des emplois.
  7. Favoriser des recherches au niveau juridique, fiscal et associatif pour alléger les charges des paysans (coût du foncier, charges sociales, intérêts des emprunts, etc.).

OBJECTIFS ÉCONOMIQUES

  1. Encourager les entreprises à échelle humaine, capables de dégager des revenus décents pour les agents économiques.
  2. Organiser le marché et pratiquer à tous les échelons de la filière des prix équitables et résultant d’une concertation.
  3. Développer la filière par l’accueil de nouveaux acteurs, et / ou par les reconversions progressives et réalistes.
  4. Favoriser le partenariat local, régional, national et international.
  5. Favoriser la transparence à tous les niveaux de la filière.
  6. Mettre en place une politique de qualité (hygiène, goût, saveur) sans remettre en cause les fondements de l’agriculture biologique et ses savoir-faire.

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Rappel historique de l’agriculture biologique

Quelques-uns des noms qui ont illustré son histoire. Dans l’ordre chronologique : Rudolf Steiner (1861-1925), le fondateur de la biodynamie, et son disciple, Ehrenfried Pfeiffer (1897-1961) ; Sir Albert Howard (1873-1947) qui montra l’importance du compost dans le processus de fertilisation ; Hans Muller (1891-1988) et Hans Peter Rush (1906-1977) créateurs d’une méthode agrobiologique fondée sur l’utilisation des engrais organiques et du compost de surface ; Raoul Lemaire (1884-1972), biologiste généticien puis meunier-boulanger, et Jean Boucher (1915-2009), biologiste et ingénieur horticole, fondateurs de la méthode Lemaire-Boucher, une méthode pratique, efficace, rigoureuse, susceptible de fixer les agriculteurs sur leur terre, à une époque où la France allait être frappée par la dépaysannisation accélérée de l’espace rural et la désertification des campagnes ; la seule qui connut un réel et important développement commercial ; l’agronome Claude Aubert qui reprit le flambeau de Nature et Progrès à la suite du décès accidentel de ses fondateurs, l’architecte Matteo Tavera et l’agronome André Louis. Lemaire-Boucher, entreprise commerciale, et Nature et Progrès qui se voulait un label, seront en France les premières références concrètes en matière d’agriculture biologique. Mentionnons également l’association des Pionniers de la bio, ainsi que l’action plus proche de Jean-François Lemaire, Antoine Roig, Philippe Desbrosses, dont les efforts respectifs à des moments divers porteront sur l’organisation de la filière et l’unification des réglementations. Tous ces précurseurs de la bio ont été ou sont agronomes, scientifiques, médecins, philosophes, entrepreneurs (on peut citer aussi le romancier américain Louis Bromfield (1896-1956) et sa ferme expérimentale, Malabar Farm)… Ils ont tous laissé peu ou prou des œuvres fondatrices en réaction à la mécanisation à outrance de la terre et à l’utilisation aveugle des produits chimiques en agriculture, qu’ils ont perçues très tôt comme une menace à la santé humaine et animale, et une atteinte aux équilibres naturels. Même si certaines dérives idéologiques de Nature et Progrès ont pu faire du tort à l’agriculture biologique (l’aspect commercial contraire à « l’éthique bio »), nous sommes loin, très loin, de l’image marginale baba-cool ou écolo-bobo qu’on cherche à lui donner pour la discréditer.

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L’homme de l’art

Alors que j’étais présent comme exposant au SIA (Salon International de l’Agriculture) dans la partie réservée à la Bio, j’eus la visite d’un authentique agriculteur bio. Un homme d’une cinquantaine d’années, au physique bien charpenté, qui exploitait une ferme de 25 hectares en unité polyculture-élevage. Il m’expliqua comment il procédait, comment son exploitation tournait en autosuffisance, sinon en autarcie, comment tout était recyclé dans le respect de la chaîne trophique. Il allait jusqu’à fabriquer lui-même ses propres outils agricoles. « Je ne me plains pas, dit-il ; je ne suis pas riche, mais je gagne bien ma vie. Le secret de la réussite pour celui qui veut vraiment réussir, c’est ça ! » Il joignit ses deux mains de façonnier de la terre et les ouvrit devant moi. Autrement dit, l’agriculture, ce n’est pas un loisir du dimanche pour bobo ou citadin névrosé. Puis il ajouta : « j’aime mon métier d’agriculteur, j’aime la façon dont je le pratique ; mais la chimie, non, pour moi, c’est possible… » Nous en étions là de la conversation quand un homme s’adressa à nous : « Pardon messieurs, je cherche quelqu’un qui pourrait m’expliquer comment transformer une parcelle de 200 hectares en bio. » — « Vous ne pouviez pas mieux tomber, dis-je en désignant l’agriculteur : voici l’homme de l’art pour vous renseigner. » La réponse tomba courte, précise, sans appel : « On ne transforme pas une parcelle de 200 ha en bio. » Sous-entendu, sur une parcelle de 200 ha on fait vivre une dizaine de familles en agriculture. Dépité, l’homme passa son chemin.

De toute évidence, il n’avait rien compris à la culture bio et ne cherchait visiblement pas à comprendre ; il ne voyait qu’une pratique culturale à la mode dont il aurait tiré profit pour améliorer ses marges, évidemment sans rien changer ou si peu de ses méthodes productivistes.

Un seul regret : dans l’effervescence et le brouhaha du moment, je n’ai pas eu le réflexe de proposer à mon agriculteur bio de me rendre dans sa ferme pour réaliser un reportage. Un vrai, un beau reportage, concret, explicatif, qui aurait changé de ces pansements journalistiques désespérants (de véritables marronniers, la seule chose que les journalistes sachent cultiver) que véhicule la grande presse généraliste depuis plus de quarante ans que je m’intéresse à la question, des papiers d’une méconnaissance du sujet relevant de l’incompétence professionnelle, et se limitant le plus souvent à colporter une vision bobo-écolo-gauchiste de propagande, mille fois ressassée et totalement à côté du sujet…

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Le Temple de la consommation

Je fus un jour mandaté pour tenir un stand d’information sur la bio dans un immense hypermarché de la Région parisienne, parmi les plus grands par le nombre de caisses enregistreuses.

Cette grande chaîne de distribution avait entrepris une campagne publicitaire monstre en faveur de la semaine de la bio ; des affiches fleurissaient sur les panneaux 3x4 de la capitale invitant les consommateurs à participer à cette fête dédiée à l’alimentation bio ; l’accroche de l’affiche présentait celle-ci comme une alternative à la nourriture conventionnelle… Cet argument me fit tiquer : d’un point de vue de l’éthique, il me parut aberrant et tout à fait contradictoire de positionner la bio comme une alternative à l’alimentation conventionnelle, alors qu’elle est une solution de substitution non de choix. Je me permis de le faire obligeamment observer au directeur de l’hypermarché en question, au cours d’une discussion. Avais-je blessé (bien involontairement !) son amour propre de représentant symbole du libéralisme conquérant ? Toujours est-il que, piqué au vif, il m’envoya bondir sèchement pour toute réponse : « Nous n’avons pas besoin de vos conseils pour faire de la publicité. Vous, les gens de la bio, vous êtes enfermés dans vos fausses certitudes ». C’est tout juste si, emporté par son accès de mauvaise humeur, il ne dénonça pas chez moi les signes cliniques d’un dangereux esprit sectaire.

Justement, avec quelques clients intéressés, nous venions d’avoir une discussion serrée sur le fait de savoir si les produits bio devaient être présentés dans les rayons mêlés avec les produits conventionnels ou être présentés à part. N’ayant par expérience qu’une confiance limitée dans la grande distribution, j’optais pour un local séparé, clairement identifié. Une majorité se révéla opposée à mon idée, parce que cela risquait de faire des consommateurs bio des gens à part (risque de discrimination : le vivre-à-part opposé au vivre-ensemble !) pouvant être perçus comme des adeptes d’une secte d’hurluberlus. La discussion s’arrêta là ; je n’avais pas du tout envie de me lancer dans des explications pour convaincre des gens décidés à ne pas vouloir comprendre ; surtout dans un temple de la consommation.

Bien des années plus tard, les faits me donnent raison ; aujourd’hui, dans les grandes surfaces, pour celles qui en font, la bio est noyée dans le conventionnel, vaguement mise en avant sous le règne anarchique du grand n’importe quoi : quelle est la certitude de la provenance bio quand tout est mélangé ? Le logo AB ? Quand on connaît le pouvoir lobbyiste illimité des puissants acteurs de l’agro-business, quand on sait à quel point ils rejettent toutes références à l’éthique bio et ne veulent même pas en entendre parler, n’ayant pour seule morale que business is business, vous me permettrez de douter de leur sincérité. La seule réponse à ce constat : la bio n’a rien à faire dans la grande distribution, séparée ou non.

Quant au directeur de l’Hyper en question, espérons que ce sympathique personnage et les productivistes de son acabit, bardés de leurs « vraies certitudes », n’auront pas un jour à déplorer d’avoir contribué à précipiter l’humanité dans le chaos alimentaire.

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