L'agriculture biologique

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Les scandales réguliers que provoque l’agriculture productiviste ou industrielle, sa recherche permanente du profit pour le profit au détriment de la qualité des produits alimentaires et de la santé des consommateurs, et cela quels que soient les secteurs de la filière agronomique, m’ont amené à ressortir du fond de mon ordinateur des documents que j’avais réalisés sur la bio durant la période où j’ai travaillé dans cette spécialité. Comme il se raconte trop souvent n’importe quoi sur le sujet, pour compléter les chroniques présentes, je mets ces documents à disposition du lecteur non informé (ou plutôt désinformé) désireux de s’en faire une première idée claire, bien quentre ces documents et la mise en ligne, il sest passé une vingtaine d’années durant lesqueslles la bio a évolué. Seul le glossaire a été mis à jour. Qu’on le veuille ou non, chacun de nous est concerné par l’agriculture, source de vie et de santé, et ne peut ignorer sa réelle problématique. On trouvera une définition un peu technique de l’agriculture biologique mais plus proche de la réalité que les niaiseries habituelles colportées sur le sujet ; puis la charte éthique fondamentale, un glossaire concocté à l’époque pour l’occasion, et deux anecdotes personnelles illustrant le tout.

 

L’agriculture biologique

 

Comprendre l’alimentation biologique, c’est d’abord comprendre l’agriculture biologique. La vie est la conjonction de trois éléments fondamentaux : le soleil qui fournit l’énergie ; l’eau (solvant universel), à la base des processus du vivant ; la terre, support et principe nourricier. Tout se passe au niveau de cette couche arable qu’on appelle l’humus, couche relativement mince comparée à la quantité de biomasse qu’elle produit à chaque cycle annuel. La terre est un milieu grouillant de vie, un véritable tissu vivant. Très schématiquement, les choses se passent ainsi. Des centaines de variétés d’insectes divers appelés détritophages, décomposent en surface les débris végétaux et animaux ; puis vient l’extraordinaire travail de forage des vers de terre qui drainent, aèrent, amendent le sol, favorisant la texture de ce qu’on appelle le complexe argilo-humique ; puis la flore microbienne, bactéries et champignons qui minéralisent la matière organique ainsi décomposée ; enfin, une autre catégorie de flore microbienne vivant en symbiose avec les racines des plantes achève le travail : elle fixe les minéraux constitutifs ou nutritifs afin de les rendre assimilables par les plantes, celles-ci se nourrissant de minéraux. On imagine aisément les ravages que peuvent causer les pesticides et autres engrais chimiques sur cette biocénose hautement génératrice de vie.

Après les éléments vivants, la matière organique et les minéraux du sol. Mélangés à l’argile provenant de l’usure de la roche mère, ils forment le complexe argilo-humique ; cette « colle » s’amalgame avec les racines et radicelles des plantes afin de les fixer dans le sol et permettre le développement des parties aériennes. Les feuilles, par l’action de la lumière solaire (photosynthèse), fournissent à elles seules 97% de la masse végétale avec quatre éléments fondamentaux (carbone, oxygène, hydrogène, azote). Les racines, pourtant supérieures en masse aux parties aériennes, accomplissent une besogne de forçat pour fournir les 3% de masse complémentaire, soit une vingtaine d’éléments répartis en oligo-éléments et sels minéraux. Autant dire qu’elles vont à la recherche des atomes constitutifs avec une pince à épiler. Elles sont encore à la corvée pour assurer le pompage de l’énorme quantité d’eau consommée par les plantes. À cela s’ajoutent des phénomènes de nature électromagnétiques (échanges cationiques), bioélectroniques (pH, rH², résistivité), osmotiques (concentration), qui animent cette vie foisonnante et lui donnent sa cohésion. Ils conditionnent la nutrition de la plante, donc son développement et sa vie. Toutes les transformations qui s’accomplissent au sein de l’humus sont bien d’origine biologique ou bio physico-chimique.

Le travail de l’agriculteur biologiste sera d’entretenir cette vie, de la stimuler, de la dynamiser par des méthodes de culture appropriées strictement naturelles. L’objectif, au-delà de l’aspect économique, est de maintenir l’équilibre homéostatique (équilibre cultural) entre les différentes forces antagonistes qui animent ce milieu indispensable au jaillissement de la vie ; la rupture de cet équilibre, qui trouve sa stabilité en lui-même, signifie maladie, signifie mort. C’est sur ce point capital que se situe la contradiction la plus fondamentale entre les agriculteurs bio et les agriculteurs conventionnels : ces derniers peuvent se permettre d’ignorer ce qui vit dans la terre, de faire comme si celle-ci n’existait pas. Les premiers nourrissent la terre (principe d’exportation-restitution : il ne faut jamais perdre de vue qu’on nourrit la terre comme on nourrit les animaux) ; les seconds nourrissent les plantes sans se soucier de ce qui se passe à l’intérieur du sol, avec des engrais de synthèse ou engrais solubles assimilables directement par la plante. L’activité biologique du sol est ainsi réduite à sa plus simple expression. La terre n’est plus qu’un support matériel de la plante ; on est déjà dans le système de culture dit « hors sol » ou « hydroponique », réalisé à partir d’un substrat entièrement synthétique. Les produits ont certes bel aspect, mais ils n’ont pas les mêmes qualités vibratoires ou « eubiotiques » orientées vers la santé ; or les molécules organiques ont la propriété d’émettre des vibrations, c’est-à-dire des ondes assimilables à une sorte de code du vivant ; elles déterminent la vitalité énergétique de l’aliment. Observation identique pour les constantes bioélectroniques. L’avantage est nettement en faveur des produits de culture biologique. Même si cela ne veut pas être dit, des produits résultant de la mise en œuvre des processus vitaux les plus élaborés ne peuvent être que des produits sains.

Rappelons en quelques points les méthodes culturales de l’agrobiologie : la rotation des cultures ; les associations végétales ; la fertilisation organique : fumure, compost, engrais verts ; l’ameublissement de la terre et non le labour. Même chez les conventionnels, on commence à remettre en question le labour profond. Après 50 ans de mécanisation poussée, on s’aperçoit que le retournement systématique de la couche superficielle d’humus et le bouleversement des horizons du sol est un non-sens agronomique ; sans compter qu’il favorise la formation d’un phénomène appelé « semelle de labour » (compactage de la terre). Toutes ces techniques, résumées ici, ont un seul but : tirer le meilleur parti de la fertilité du sol et de son potentiel agronomique. C’est pourquoi on distingue la culture biologique passive, sans pesticides, sans engrais de synthèse, sans poisons, mais donnant une idée assez limitée de la véritable agrobiologie (l’agriculture de grand-papa, en quelque sorte) ; et la culture biologique active qui met en œuvre les propriétés dynamiques du vivant pour obtenir des denrées de qualité exceptionnelle avec des rendements tout à fait convenables. Cette distinction capitale entre agriculture biologique passive et active est l’une des clés permettant de comprendre ce qui détermine le caractère spécifique de la véritable agriculture biologique et par suite, les denrées qu’elle produit.

Si la culture biologique a pour but de tirer le meilleur parti du sol afin de produire des denrées saines et de qualité nécessaires à la nourriture humaine, elle a un autre objectif qui en est la conséquence : améliorer les défenses immunitaires de la terre, des plantes, des animaux, des humains, et ainsi lutter contre les parasites et les maladies. Retrouver ce que Jean Boucher appelle « l’immunité innée » ; il précise : « La santé parfaite, la résistance à la maladie, à la dégradation, existe en puissance dans le germe initial de tout être vivant. Cette doctrine s’oppose diamétralement à l’affirmation de l’agronomie conventionnelle : “ Nous ne récoltons que ce que les parasites nous laissent ! ”. C’est faux ! Les parasites n’attaquent que ce qui est dégradé, et j’ajoute : c’est une sorte d’élimination qui tend à faire disparaître ce qui est devenu inapte à la vie, et à en recycler les matériaux ». Nous sommes loin de cette accusation malveillante régulièrement colportée qui consiste à rendre l’agriculture biologique responsable de la prolifération des agents pathogènes, et de produire des aliments qui ne seraient pas plus sains que ceux issus des grandes cultures industrielles.

Encore un point important à mettre au débit de l’agriculture industrielle : elle est une grosse dévoreuse d’énergie (et d’eau !). Pour donner aux Français une belle image de notre agriculture, pour flatter l’amour propre de nos agriculteurs, on a longtemps présenté l’agriculture comme le « pétrole vert de la France », une immense source de devises pour notre économie ; et l’on n’hésitait pas à mettre en avant l’excédent de la balance commerciale obtenu grâce aux rendements mirifiques de l’agriculture productiviste et de nos industries alimentaires. Au risque de paraître rabat-joie, la réalité est tout autre. Quand on parle de « pétrole vert », on ne saurait mieux dire : cette agriculture industrielle n’est performante qu’en apparence ; en réalité elle ne crée pas de biomasse, elle transforme de l’énergie fossile, donc du pétrole et du gaz en biomasse. Il faut donc défalquer des excédents le coût de l’énergie consommée par ce type d’agriculture ; il convient aussi de défalquer les produits abandonnés pour cause de mono spécialisation agricole que l’on est obligé d’importer, le coût des atteintes à l’environnement, les coûts sociaux de la désertification des campagnes, les coûts de la santé dus aux carences nutritionnelles et ceux induits par l’utilisation des produits chimiques pour les agriculteurs, la pollution alimentaire, les gaspillages résultant de la surproduction, les subventions, primes et aides de toutes sortes, sans compter les catastrophes alimentaires dont la presse nous entretient régulièrement... Des calculs confidentiels ont déjà montré, certaines années, que notre agriculture était globalement déficitaire.

La production agricole de masse transforme du pétrole noir en pétrole vert — un comble ! — un pétrole vert d’ailleurs loin de se transformer en « or vert », sauf pour certains intermédiaires heureux. Elle dégrade de l’énergie fossile pour assurer notre subsistance, alors que la nature regrade l’énergie venue du soleil précisément pour subvenir à nos besoins au moindre coût. Le bilan de biomasse est toujours positif d’une saison à l’autre. Le travail de l’agriculteur biologiste est donc d’activer la biomasse en dégradant le moins possible d’énergie fossile. Son bilan doit être positif. Cette situation de productivisme à tous crins met notre agriculture sous la dépendance énergétique des producteurs de pétrole (une sujétion de plus avec celle de l’agro-industrie), et pousse à négliger l’entretien des animaux de trait. Rien n’indique que nous ne serons pas en situation d’avoir à recourir un jour à leurs services, et peut-être plus rapidement que les fervents zélateurs d’un « progrès » sans limites pourraient le croire.

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L’agriculture biologique bénéficie d’un bilan énergétique favorable qu’elle doit, certes à ses procédés techniques, mais aussi à son mode d’organisation. S’il est relativement aisé sur le plan technique de concevoir une parcelle de 200 ha en monoculture bio (voir ci-dessous), sur le plan de la logique et de l’éthique, c’est une hérésie. L’unité agricole biologique ne peut se concevoir autrement que dans le cadre d’un système intégré de polyculture-élevage sur des surfaces de 10 à 30 ha, adaptées à la structure et au mode d’exploitation familiale. Et l’on touche là à la pierre angulaire du système. À l’exception d’une poignée de déviants monomanes, personne aujourd’hui ne conteste ce fait évident : la famille est la base de toute société organisée. Elle en est à la fois le cœur social, économique et humain. Elle est le foyer comme son nom l’indique. Le capitalisme familial (direct ou par fermage) me paraît l’approche la plus équilibrée que l’on puisse concevoir de l’économie d’un pays ; cette approche adaptée responsabilise les individus et leur permet de vivre dignement en toute liberté, tout en ne devant ce qu’ils sont qu’à leur travail. La structure familiale à responsabilité personnelle est adaptée à l’agriculture, comme elle l’est à l’artisanat, au commerce ou à la petite et moyenne entreprise. Cette réalité d’évidence est de tous temps

L’avantage de l’unité de polyculture-élevage biologique de type familial est multiple : au-delà de l’aspect propre à diverses techniques comme le recyclage et la complémentarité des productions (il n’y a pas de déchets dans une ferme biologique), elle assure en partie l’autosuffisance alimentaire de la famille et son impact social est incomparable ; sa modularité et sa diversité permettent d’apporter une réponse souple aux impondérables climatiques, aux fluctuations de la demande, etc. Elle s’oppose à ces grandes unités de monocultures industrielles spécialisées, enfermées dans un productivisme rigide qui ne laisse aucun choix possible, aucune solution de remplacement. On ne verrait plus ces agriculteurs agressifs, endettés jusqu’au cou, prêts à tout casser à chaque changement de saison, parce que les cours s’effondrent, parce que la météo n’a pas été au rendez-vous, parce qu’ils n’ont pas touché leurs subventions, parce que la concurrence est déloyale, parce que les fournisseurs ou les gros distributeurs de l’aval et de l’amont les étranglent, etc. Il semble que la révolte permanente (souvent manipulée) soit devenue de nos jours un mode de communication normal chez les agros industriels… Et c’est vrai qu’il y a parfois des cas désespérés. Elle permet une meilleure insertion dans l’espace rural et un rééquilibrage écologique de l’environnement : restauration des haies, talus, régulation hydrologique (de la même façon qu’elle est moins gourmande en énergie, elle est moins gaspilleuse d’eau), alternance des cultures, biodiversité, amélioration de l’hygiène générale et des conditions sanitaires de travail, tant au bénéfice des personnes que des élevages, etc. Sur l’ensemble du territoire national, ce sont des dizaines de milliers de foyers qui pourraient ainsi revenir à la terre dans des conditions d’adaptation optimum, sans rien céder aux avantages d’un certain confort moderne. Qu’on le veuille ou non, l’impact social du développement de l’agriculture biologique est certain. Cet aspect social et humain doit être pris en considération au même titre que son aspect environnemental. Sans vouloir faire de démagogie de comptoir, que l’on pense au million de « rémistes », aux 2 ou 3 millions de chômeurs, aux autres 2 ou 3millions d’emplois précaires, ainsi qu’aux emplois nombreux qui contribuent par leurs effets pervers à dégrader directement ou indirectement l’environnement, jusqu’à menacer les conditions d’existence de l’homme sur la planète ; que l’on pense à tous ces gens qui ne pouvant exprimer ce qu’ils ressentent par la parole, l’expriment par les mains. C’est cette capacité de travail qui leur donne leur raison de vivre, leur dignité. Ce sont des travailleurs manuels. Notre société moderne a fait du travailleur manuel un manchot en jean et en baskets mal dans sa peau, qui va de chômage en petits boulots, pleure des aides sociales, en gaspille une partie au bistrot, au loto, avant d’aller s’enfermer dans son clapier de banlieue et de s’affaler devant la télévision. Un travailleur manuel qui ne trouve pas l’emploi de ses bras et de ses mains est un être socialement mort.

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Éthique de l’agriculture biologique

1972 – IFOAM (International Federation of Organic Agricultural Movements)

Cette charte d’éthique est universelle et sert de base à des développements spécifiques ou élargis. Pour ma part, j’ai rajouté deux ou trois précisions soulignées dans le texte. 

 

L’Éthique liée à l’agriculture biologique se situe autour de trois objectifs principaux, cherchant à définir les normes d’une agriculture productive, durable, respectueuse de la biosphère, donc une agriculture pour les hommes de demain, généralisable à l’ensemble de notre planète :

  •  objectifs écologiques,
  •  objectifs sociaux et humains,
  •  objectifs économiques.

    Ces différents points servent de base à l’élaboration des cahiers des charges.

     

OBJECTIFS ÉCOLOGIQUES

 

  1. Tendre vers une agriculture globale (Productions végétales et animales ou unités polyculture-élevage – Gestion du paysage) permettant un bilan équilibré des éléments exportés et des éléments importés, en évitant le gaspillage grâce à un bon recyclage des résidus végétaux et des déjections animales. Respecter la spécificité des terroirs, des régions, en favorisant l’expression des potentialités naturelles et humaines.
  2. Préserver, renouveler et accroître l’humus pour lutter contre la destruction des sols, leur érosion et leur lessivage par la diversité des cultures, des élevages et la plantation de haies pour les générations futures.
  3. Favoriser une agriculture qui produise plus d’énergie qu’elle n’en consomme, et lui redonner son rôle de captatrice d’énergie solaire, en évitant ainsi le gaspillage des énergies fossiles non renouvelables.
  4. Développer une agriculture qui ne pollue pas la biosphère, directement ou indirectement.
  5. Utiliser les variétés végétales ou les races animales les plus adaptées au complexe « climat-sol-saisons ».
  6. Dans les productions animales, il sera nécessaire de prendre en compte non seulement les besoins physiologiques mais aussi les contraintes éthologiques (comportementales), et veiller à ce que le traitement de l’animal, de l’élevage à l’abatage, ne soit pas facteur de stress anxiogène.
  7. En règle générale, la prévention sera la règle prioritaire, la maladie n’étant considérée que comme le signal d’une situation de déséquilibre : l’objectif étant avant tout de comprendre ces signes pour mieux en éviter l’apparition. Utiliser exclusivement les ressources biologiques (fonctionnement des êtres vivants) et écologiques (interaction des êtres vivants avec leur milieu) pour résoudre les problèmes de parasitisme.
  8. Respecter la complexité des équilibres naturels sans rationalisation excessive, notamment chaînes trophiques, circulation de la matière dans les écosystèmes, grands cycles biogéochimiques.
  9. Fournir à l’homme et à l’animal des produits et des aliments sains, de composition nutritionnelle et organoleptique équilibrée, sans résidus toxiques ou malsains dus aux conditions de culture ou d’élevage, de cueillette et de transformation.
  10. Intégrer harmonieusement les sites de production dans l’environnement, par exemple ; par la sauvegarde de zones sauvages nécessaires à l’équilibre des écosystèmes.
  11. Préserver et reconstituer des paysages harmonieux et adaptés à la diversité des situations géographiques et climatiques des cultures et des élevages.
  12. Être ouvert et encourager les nouvelles démarches évolutives, développer recherche et expérimentation.
  13. Favoriser une démarche écologique à tous les échelons de la filière : mode de transformation qui économise l’énergie, emballage biodégradable et non gaspilleur d’énergie à la fabrication, à l’utilisation et à la distribution, distribution limitant les transports.

     

OBJECTIFS SOCIAUX ET HUMAINS

 

  1. Solidarité à tous les membres de la filière dans toutes les régions françaises et européennes.
  2. Solidarité internationale de l’agrobiologie par la pratique d’une agriculture qui ne participe pas au pillage des pays pauvres.
  3. Rapprocher le producteur du consommateur par l’information sur les conditions de production et de transformation et par la transparence des garanties.
  4. En règle générale, respect de l’équité entre tous les acteurs du marché (producteurs, transformateurs, distributeurs, fournisseurs, consommateurs).
  5. La compétition doit céder le pas à la coopération.
  6. L’Agriculture Biologique ne doit pas avoir pour seul objectif la rentabilité des structures de la filière, elle doit être un moyen de lutter contre la désertification des campagnes en permettant un maintien des paysans à la terre et en créant des emplois.
  7. Favoriser des recherches au niveau juridique, fiscal et associatif pour alléger les charges des paysans (coût du foncier, charges sociales, intérêts des emprunts, etc.).

     

OBJECTIFS ECONOMIQUES

 

  1. Encourager les entreprises à échelle humaine, capables de dégager des revenus décents pour les agents économiques.
  2. Organiser le marché et pratiquer à tous les échelons de la filière des prix équitables et résultant d’une concertation.
  3. Développer la filière par l’accueil de nouveaux acteurs, et / ou par les reconversions progressives et réalistes.
  4. Favoriser le partenariat local, régional, national et international.
  5. Favoriser la transparence à tous les niveaux de la filière.

Mettre en place une politique de qualité (hygiène, goût, saveur) sans remettre en cause les fondements de l’agriculture biologique et ses savoir-faire.

 

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Glossaire de l’agriculture biologique

 

« Que ton alimentation soit ta première médecine »

Hippocrate

 

« Aucune activité humaine, même la médecine, n’a autant d’importance pour la santé que l’agriculture »

Pr. Pierre Delbet

 

« Le fond de ma pensée devant l’ordre de création de la matière, c’est d’abord l’admiration, puis le respect, la confiance dans la vie, et la foi qui renverse les montagnes »

Jean Boucher (agrobiologiste)

 

Agriculture biologique ou agrobiologie. Locution générique pour désigner différentes approches d’agriculture favorisant les éléments vitaux du sol au bénéfice d’une culture propre, non mutilante, respectueuse de la nature et de l’environnement, susceptible de créer les conditions d’une production de denrées saines destinées à l’alimentation humaine et animale. Le préfixe « BIO », spécifie formellement que cette agriculture est vivante et non mortifère par opposition à l’agriculture conventionnelle productiviste. On distingue une variété de méthodes adaptées à différents types de culture, dont la biodynamie, la permaculture, l’agroforesterie, jusqu’à la culture sur sol non travaillé…

Agriculture biodynamique. Fondée par l’écrivain occultiste Rudolf Steiner, également fondateur de l’anthroposophie, l’agriculture biodynamique est une discipline rattachée aux cycles du cosmos. Contestée par les agrobiologistes qui considèrent que toute vie terrestre étant par principe soumise aux influences du cosmos, elle n’apporte rien de plus à l’agriculture régénérée, sauf de céder à une certaine approche ésotérique, voire sectaire de la réalité. Toutefois l’expérience montre que certains préparats associés aux rythmes lunaires favoriseraient l’activité biologique profonde du sol. Rudolf Steiner est considéré comme le premier à avoir dénoncé les dérives de l’agriculture industrielle et proposé des solutions de remplacement.

 Agrobiologiste (ou agriculteur biologiste). Cultivateur pratiquant selon les règles de l’agriculture biologique. L’orientation professionnelle de l’agrobiologiste relève d’un choix personnel motivé. Sa démarche traduit un volontarisme militant que soutient une formation spécifique appropriée.

Amendement. Incorporation au sol d’apports minéraux et organiques visant à modifier sa structure bio physico-chimique et sa fertilité (ex. : chaulage, marnage ; aujourd’hui apports d’oligo-éléments, magnésie, etc.)

Ameublissement. Technique consistant à briser la terre compacte sans la retourner de façon à respecter l’ordre des couches arables (horizons du sol). Cette pratique favorise l’aération (oxygénétion) et la répartition hydrologique de l’eau tout en maintenant une structure favorable au travail biologique du sol et à la pénétration des racines.

Assolement. Répartition alternative des cultures entre les parcelles d’une même exploitation agricole (voir : rotation).

Associations végétales. Plantes secondaires ou adjuvantes cultivées en symbiose avec une plante principale en vue de la nourrir, de la protéger et d’améliorer le sol. En général, ces plantes ne sont pas récoltées mais gyrobroyées ou couchées (semis direct sous couvert) et restituées au sol.

Bien-être. La notion de bien-être appliquée aux animaux domestiques d’élevage et à la production animale en général est une donnée objective qui ne peut plus être ignorée aujourd’hui. La manière dont sont parfois traités les animaux d’élevages industriels concentrationnaires est un scandale permanent. La définition du bien-être animal repose sur des critères multifactoriels bien définis : physiologiques, sanitaires, environnementaux, psychologiques (stress, peur, anxiété), comportementaux (expression des comportements normaux de l’espèce). À noter que le sol doit être traité avec la même considération quand on sait que l’humus est un milieu vivant par excellence (destruction des terres arables transformées en zones urbanisées, utilisations d’engins lourds ou de méthodes culturales mutilantes, de produits chimiques stérilisants, intensification excessive, etc…).

Biocénose. Ensemble des organismes vivants, animaux et végétaux, occupant un même biotope.

Biodiversité. Ensemble des différentes variétés d’espèces vivantes animales et végétales qui composent la biosphère. À noter qu’au sens large, la notion de biodiversité englobe tout le vivant.

Biosphère. La planète considérée dans l’ensemble des organismes vivants qui l’habitent et des conditions de leur existence.

Biotope. Milieu naturel déterminé par un espace environnemental (sol, climat) au sein duquel les populations animales et végétales (biocénose) trouvent les conditions d’un développement stable et durable.

Biologie et microbiologie. Science du vivant et des processus vitaux. L’agriculture est dite « biologique » au sens où elle se donne pour objet de stimuler la vitalité des processus dynamiques liés au sol indispensables au développement des végétaux consommables, en utilisant des techniques culturales naturelles excluant tout apport chimique et se limitant à l’usage des moyens mécaniques non mutilants ; il ne suffit pas d’affirmer que l’agriculture biologique est seulement une agriculture sans engrais chimiques et sans pesticides pour la définir  ainsi.

L’expérience montre que si les rendements sont en moyenne en dessous de l’agriculture intensive, l’écart est largement compensé par la différence de coûts des procédés de culture mis en œuvre (ce qui n’est plus vrai aujourd’hui où l’agriculture conventionnelle a atteint ses limites avec des baisses de rendements qualitatifs et quantitatifs significatifs). De plus, l’agriculture biologique n’entraîne pas d’effets pervers nuisibles à l’environnement et aux humains. Les aliments ainsi produits, débarrassés de traces chimiques, sont plus riches en saveurs et en principes nutritifs. Pour bien comprendre la raison d’être de l’agriculture biologique, sa fonction, sa nécessité, il est recommandé de posséder des notions fondamentales de biologie et de biochimie, particulièrement orientées dans l’étude spécifique de la biologie des sols.

Cahier des charges. Ensemble des règles et des procédures définissant les pratiques culturales de l’agriculture biologique. Ces règles ont été établies par les services du ministère de l’Agriculture, en concertation avec la profession. Il existe un cahier des charges par spécialité. Le respect du cahier des charges habilite le producteur ou l’opérateur qui a obtenu sa certification à commercialiser ses produits sous la marque « AB ».

Certification. Démarche administrative par laquelle un opérateur de la filière bio (agriculteur ou transformateur) est autorisé à produire et à vendre des denrées conformément aux cahiers des charges de l’agri­culture biologique. La certification vise également les fournisseurs des divers opérateurs et la conformité des étiquetages, catalogues, panonceaux sur les emballages ou les étalages… L’organisme certificateur est habilité à effectuer des contrôles aléatoires annoncés ou inopinés. Les sanctions peuvent aller du simple avertissement au déclas­sement avec poursuites judiciaires si des fraudes graves sont mises en évidence.

Compost. Engrais naturel fait de terre, de débris vé­gétaux et autres déchets organiques, obtenu en provoquant une fermentation contrôlée. Se distingue du compost de fumier (qui fume) à base de déjections animales. On distingue également le compost de surface ou compost froid du compost en tas ou andains, le principe étant de ne jamais laisser un sol cultivable nu. La réussite d’un compost relève d’un savoir-faire qui tient de l’art et de la technique : un compost fermenté sera davantage utilisé pour régénérer un sol maltraité ; un composte froid est à l’année. Un bon compost doit avoir des vertus curatives en même temps que fertilisantes.

Conversion. Transformation d’une exploitation agricole avec passage d’une agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique. La conversion nécessite des procédures opérationnelles faisant entrer de nombreux facteurs. Toutefois son avancement dans les milieux agricoles conventionnels est lent ; il se heurte à la forte résistance des exploitants agricoles attachés au modèle économique productiviste, et à l’indifférence des institutions officielles de l’État, celui-ci étant soumis à la pression des lobbies de l’agro-industrie, des syndicats agricoles, des banques et de la grande distribution.

Diététique. Ensemble des règles à observer pour une alimen­tation équilibrée. La diététique définit les régimes alimentaires selon qu’ils s’adressent à des malades ou à des personnes en bonne santé désireuses de la conserver, à des enfants ou à des adultes. S’il est bon de rappeler qu’on ne doit pas confondre bio et diététique, en revanche, il est aujourd’hui inconcevable de préconiser un régime diététique hors de l’alimentation biologique. D’autre part, la bio ne s’interdit pas les plaisirs de la table ni les saveurs gourmandes.

Drainage. Opération consistant à favoriser l’écoulement des eaux de pluie pour protéger les cultures des inondations. Le drainage doit être judicieusement conçu afin de ne pas créer des effets pervers susceptibles d’affecter les zones humides ou les écosystèmes, provoquer l’érosion, le ravinement ou le lessivage des sols, voire aggraver la concentration ou la dispersion des polluants. L’étude d’un drainage efficace doit tenir compte de nombreux paramètres qui conditionnent la régulation des flux humides dans les terres agricoles.

Écologie. Science ayant pour objet d’étudier les interactions des êtres vivants avec leur milieu naturel. L’écologie est considérée comme une science pluridisciplinaire. Elle ne doit pas être confondue avec les mouvements politiques ayant détourné son nom et s’en réclamant abu­sivement.

Écosystème. Système écologique constituant un tout au sein de la biosphère. Une unité composée d’un biotope et de sa biocénose forment un écosystème.

Engrais. Produits organiques, chimiques ou minéraux mélangés à la terre arable pour accroître sa fertilité : engrais azotés ou nitrate, phosphate, potasse (NPK). Les engrais verts sont des végétaux à cycle court cultivés et enfouis ou broyés sur place. Les engrais organiques sont des composts ou des sous-produits végétaux et animaux. L’agriculture biologique utilise les engrais organiques, engrais verts, la technique du compost et les préparations ferti­lisantes (préparats) à base de plantes ou d’huiles essentielles.

Extensif. Culture dont le rapport production/surface est de rendement faible. Jugée rétrograde par l’agriculture conven­tionnelle, l’agriculture extensive est aujourd’hui considérée comme l’approche culturale la plus respectueuse de l’environnement et la mieux adaptée pour donner des produits de qualité avec des rendements acceptables.

Fertilisation. Technique d’amélioration d’un sol consistant à l’assainir puis à augmenter sa vitalité par des façons culturales ou des apports appropriés, de façon à créer des conditions optimales favorables au développement des cultures.

Hors-sol. 1. Culture réalisée sur un support stérile (sable, argile, synthétique…), alimentée avec des fertilisants de synthèse. 2. Élevage nourri exclusivement avec des produits apportés de l’extérieur et non récoltés sur le lieu de production (voir liaison au sol) ; désigne également les élevages industriels. À noter que l’expression imagée « hors-sol » est passée dans le langage courant, non sans un certain un succès, pour désigner les personnes ou les activités déconnectées du monde des réalités.

Horticulture. Culture des fruits, des fleurs, des légumes. On distingue les cultures maraîchères ou maraîchage, florales, fruitières, pépinières, auxquelles on peut ajouter les plantes médicinales et aromatiques ; elles vont du jardin aux productions légumières de plein champ.

Humus. L’humus est la couche superficielle du sol formée par la décomposition des matières organiques mélangées à la matière minérale provenant de l’usure de la roche-mère ou argile ; ce composé d’argile et de matières organiques forme ce qu’on appelle le complexe argilo-humique. C’est à proprement parler la terre, telle qu’on la saisit à même le sol dans la main. L’humus est un milieu extraordinairement riche de vie foisonnante composée essentiellement de micro-organismes, bactéries, champignons, moisissures dans un environnement électro-actif ; il est le siège d’une faune nombreuse constituée d’organismes vivants dont le plus connu est le ver de terre, véritables machines animales à drainer et aérer le sol, tout en l’enrichissant de matières organiques et minérales décomposées. Quand l’humus tend à disparaître du sol (surexploitation, érosion, lessivage, vent), on dit que la terre blanchit (brun clair) : elle durcit, se compacte, réclame de plus en plus d’intrants chimiques de compensation ; quand l’humus tend à se reformer, ont dit que la terre brunit (brun foncé) : la terre devient plus friable, légère, aérée et reprend vie. L’humus, à peine discernable en proportion des dimensions terrestres, nourrit et supporte cependant, au rythme des saisons, la végétation et toute la vie animale de la planète. Il n’est pas inutile de savoir que le mot humus, terre en latin, a donné le doublet humilité (humilitas), qualité de celui qui a les pieds sur terre, qualité des gens de bon sens proches du sol et des réalités de la vie. Autrement dit, la terre rend humble.

Hydroponique. Autre nom technique de la culture hors-sol des végétaux.

Intensif. Contraire d’extensif. Culture obtenue avec de très hauts rendements à l’hectare sur des surfaces immenses et d’une façon continue. Très grosse consommatrice d’eau, d’énergie, d’engrais chimiques ou de synthèse, de produits phytosanitaires. La qualité ne suit pas la quantité. Voir Permacul­ture, les rendements bio-intensifs.

Jachère. Champ laissé temporairement sans culture une ou plusieurs années de suite afin de permettre au sol de se reposer et de retrouver les fertilisants naturels prélevés par les récoltes (régénération). Il existe plusieurs types de jachères. La jachère concerne surtout les grandes cultures intensives qui ignorent les rotations, épuisent les sols, les vident de leur substance vitale et réclament toujours plus d’engrais chimiques ou de synthèse.

Label. L’utilisation générique du mot « label » ne doit pas tromper sur la réalité qu’il recouvre ; il n’existe qu’un seul label reconnu par le ministère de l’Agriculture : le Label Rouge défini par les producteurs eux-mêmes ; il est présenté un comme certificat de qualité supérieure.  Atout Qualité Certifié est un certificat de conformité défini par le producteur lui-même ; tout comme le label Critères Qualité Certifiés, il n’a pas de reconnaissance officielle mais il est soumis à des organismes certificateurs. D’autres signes officiels désignent une production spécifique ou garantissent une provenance, un terroir déterminés : ces sont les « Appellations d’Origine Contrôlée ». Le signe officiel de l’agriculture biologique est déterminé par le logo « AB » ; il est attribué par des organismes certificateurs reconnus. Contrairement à ce qui est souvent dit, le logo AB n’est ni un label ni un signe de qualité, mais une marque certifiant que le produit a été cultivé ou transformé conformément aux cahiers des charges de l’agriculture biologique. Toutefois le produit bio a une qualité intrinsèque supérieure liée à sa façon culturale reconnue. Quant au label proprement dit, il implique des modes de production spécifiques tenant de la spécialité. Notons que les labels servent souvent d’argument publicitaire et sont prétextes à appliquer de fortes majorations sur les prix que la qualité intrinsèque du produit ne justifie pas toujours.

Labour. Travail de la terre par retournement à l’aide d’un soc de charrue. Bien que le labour profond soit la base technique de l’agriculture moderne, il est contesté par les agrobiologistes (voir ameublissement).

Liaison au sol. Contraire de hors sol. 1. Cultures travaillées sur un sol chargé d’humus. 2. Élevage nourri avec des produits cultivés sur le lieu d’élevage et destinés à la consommation des animaux. La liaison au sol, base de l’agriculture biologique, constitue un obstacle à certains élevages industriels et rend difficile sinon impossible leur conversion en bio.

Matière organique. Matière constituant les tissus vivants ou extraite des organismes morts.

Matière minérale. Corps, substance inorganique constituant la matière non vivante.

Mulch. Couche végétale (feuilles, paille, herbe sèche, bois raméal fragmenté…) répandue sur la surface du sol afin de conserver l’humidité de la terre ou la protéger du gel et l’enrichir en humus (syn. : paillis, couvert végétal). La pratique consistant à travailler le sol sous couvert végétal s’appelle « semis couvert ».

Organismes parapublics. L’activité agricole est certainement celle qui connaît le plus grand nombre d’organisations professionnelles. Il ne s’agit pas ici de contester leur utilité, mais de constater qu’elles sont autant abondantes que redondantes, qu’elles diluent et entravent les efforts de la profession à travers la multiplicité des entités intermédiaires et l’interventionnisme d’une profusion de fonctionnaires, de technocrates surnuméraires, dont très peu touchent à la terre ; elles tendent à isoler le producteur du consommateur tout en contribuant à déresponsabiliser l’un et l’autre. L’agriculture conventionnelle, déjà prisonnière des grands groupes industriels de l’agro-industrie, de la grande distribution, des banques, de l’emprise administrative de l’État, est prise dans les mailles de nombreux organismes parapublics de type coopératif, associatif, dont les syndicats agricoles… Il faut souhaiter que les agriculteurs bio ne suivent pas le même chemin bourbeux et s’efforcent de mettre en jeu leur capacité de se prendre en charge professionnellement, indépendamment du nécessaire contrôle des règles de l’art.

Organismes certificateurs. Bureaux indépendants agrées (ou suspendus) par l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité) : Ecocert France, Agrocert, Certipaq bio, Qualité France, Certis, Bureau Alpes contrôles, Qualisud, Biotek agriculture. Ces organismes sont habilités à contrôler les opérateurs de la filière bio et à autoriser la commercialisation sous la marque AB. Les contrôles peuvent être inopinés ou sur rendez-vous.

Oligo-éléments. Éléments chimiques de types métaux ou métalloïdes à l’état de trace dans les organismes vivants, indispensables à leur métabolisme, avec une répartition différente selon les espèces végétales ou animales : cobalt, bore, cuivre, fer, fluor, iode, manganèse, chrome, sélénium, moly­bdène, zinc…

Permaculture. Forme d’agriculture bioécologique au sens propre du terme faisant intervenir les forces interactives du vivant (holisme : le tout est supérieur à l’ensemble des parties). La permaculture (culture permanente ou durable) est une agriculture de précision, une agriculture de « haute couture » qu’il serait plus  approprié de qualifier « Holoculture ». Cette pratique culturale est particulièrement adaptée au maraîchage ; elle s’étend aux habitats tout en restant limitée aux jardins individuels ou collectifs ; elle nécessite un investissement de départ relativement modeste pour des surfaces réduites sur lesquelles il est possible d’atteindre des rendements bio-intensifs élevés en qualité, sans inconvénients pour le milieu vivant ; elle connaît un essor remarquable sous forme d’unités agricoles dites micro-fermes. La permaculture est souvent associée à un mode de vie dit « rurbain » propre à certains marginaux souvent présentés comme des bourgeois-bohèmes ou « bobos », plutôt consommateurs de ce style de vie que réellement producteurs.

Polyculture-élevage. Système de structure agraire fondé sur la diversification des productions de culture et d’élevage dans une même unité agricole de type familial. Ce système, particulièrement adapté à l’agriculture biologique, permet de varier les cycles de culture associés à l’élevage, en utilisant les pratiques de recyclage et la liaison au sol. Par ses procédés culturaux spécifiques, la polyculture-élevage s’oppose à la monoculture intensive propre à l’agriculture conventionnelle industrielle productiviste.

Productivisme. Système économique spéculatif fondé sur le seul critère objectif de rentabilité maximum visant à satisfaire la consommation de masse. Ce système se caractérise en ce qu’il apparaît comme une confusion déviante du libéralisme et du collectivisme. Libéral parce qu’il s’inspire de l’économie de marché et de la spéculation financière ; collectiviste par la mondialisation, l’hyper concentration des entreprises de production et sa tendance à reproduire des situations de monopoles. Appliqué à l’agriculture, à l’alimentaire, à la santé, le productivisme économique dédaigne la logique du vivant et se révèle porteur d’un désastre potentiel écologique et humain.

Raisonnée (agriculture). Nouvelle façon culturale se distinguant par l’utilisation rationnelle et le dosage pondéré des engrais et pesticides chimiques. Dans le fond, cette technique ne change rien au problème de la pollution, sinon qu’elle sera « dosée », ni à la qualité des produits. À travers le réseau FARRE, l’agriculture raisonnée reprend à son compte et mot pour mot les procédures de l’agriculture biologique à quelques termes près (qualification pour certification, par ex.). Pour les agrobiologistes, l’agriculture raisonnée est perçue comme une tromperie et un contre-feu allumé par les productivistes dans le but d’entraver le développement de l’agriculture biologique. Reste une question essentielle : qui contrôlera le dosage, son application, et comment ?

Rotation. Ordre de succession des cultures sur une même parcelle (voir : assolement).

Sels minéraux. Éléments entrant dans la composition des tissus vivants, indispensables au fonctionnement métabolique de l’organisme (calcium, potassium, magnésium, phosphore, soufre…).

Stabulation. Étable aménagée en vue de l’élevage du gros et moyen bétail hors pâturage. Une stabulation est dite libre ou à l’attache (ou entravée).

Vitamines. Substances contenues en très petite quantité dans l’alimentation, indispensables au bon fonctionnement de l’orga­nisme et à son métabolisme. Nommées par ordre alphabétique (A,B,C,D,E,F…), on distingue les vitamines hydrosolubles (solubles dans l’eau) et liposolubles (solubles dans les graisses).

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Rappel historique de l’agriculture biologique

Quelques-uns des noms qui ont illustré son histoire. Dans l’ordre chronologique : Rudolf Steiner (1861-1925), le fondateur de la biodynamie, et son disciple, Ehrenfried Pfeiffer (1897-1961) ; Sir Albert Howard (1873-1947) qui montra l’importance du compost dans le processus de fertilisation ; Hans Muller (1891-1988) et Hans Peter Rush (1906-1977) créateurs d’une méthode agrobiologique fondée sur l’utilisation des engrais organiques et du compost de surface ; Raoul Lemaire (1884-1972), biologiste généticien puis meunier-boulanger, et Jean Boucher (1915-2009), biologiste et ingénieur horticole, fondateurs de la méthode Lemaire-Boucher, une méthode pratique, efficace, rigoureuse, susceptible de fixer les agriculteurs sur leur terre, à une époque où la France allait être frappée par la dépaysannisation accélérée de l’espace rural et la désertification des campagnes ; la seule qui connut un réel et important développement commercial ; l’agronome Claude Aubert qui reprit le flambeau de Nature et Progrès à la suite du décès accidentel de ses fondateurs, l’architecte Matteo Tavera et l’agronome André Louis. Lemaire-Boucher, entreprise commerciale, et Nature et Progrès qui se voulait un label, seront en France les premières références concrètes en matière d’agriculture biologique. Mentionnons également l’association des Pionniers de la bio, ainsi que l’action plus proche de Jean-François Lemaire, Antoine Roig, Philippe Desbrosses, dont les efforts respectifs à des moments divers porteront sur l’organisation de la filière et l’unification des réglementations. Tous ces précurseurs de la bio ont été ou sont agronomes, scientifiques, médecins, philosophes, entrepreneurs (on peut citer aussi le romancier américain Louis Bromfield (1896-1956) et sa ferme expérimentale, Malabar Farm)… Ils ont tous laissé peu ou prou des œuvres fondatrices en réaction à la mécanisation à outrance de la terre et à l’utilisation aveugle des produits chimiques en agriculture, qu’ils ont perçues très tôt comme une menace à la santé humaine et animale, et une atteinte aux équilibres naturels. Même si certaines dérives idéologiques de Nature et Progrès ont pu faire du tort à l’agriculture biologique (l’aspect commercial contraire à « l’éthique bio »), nous sommes loin, très loin, de l’image marginale baba-cool ou écolo-bobo qu’on cherche à lui donner pour la discréditer.

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L’homme de l’art

Alors que j’étais présent comme exposant au SIA (Salon International de l’Agriculture) dans la partie réservée à la Bio, j’eus la visite d’un authentique agriculteur bio. Un homme d’une cinquantaine d’années, au physique bien charpenté, qui exploitait une ferme de 25 hectares en unité polyculture-élevage. Il m’expliqua comment il procédait, comment son exploitation tournait quasiment en autosuffisance, sinon en autarcie, comment tout était recyclé dans le respect de la chaîne trophique. Il allait jusqu’à fabriquer lui-même ses propres outils agricoles. « Je ne me plains pas, dit-il ; je ne suis pas riche, mais je gagne bien ma vie. Le secret de la réussite pour celui qui veut vraiment réussir, c’est ça ! » Il joignit ses deux mains de façonnier de la terre et les ouvrit devant moi. Autrement dit, l’agriculture, ce n’est pas un loisir du dimanche pour bobo ou citadin névrosé. Puis il ajouta : « J’aime mon métier d’agriculteur, j’aime la façon dont je le pratique ; mais la chimie, non, ce n’est pas possible… » Nous en étions là de la conversation quand un homme s’adressa à nous : « Pardon messieurs, je cherche quelqu’un qui pourrait m’expliquer comment transformer une parcelle de 200 hectares en bio. » « Vous ne pouviez pas mieux tomber, dis-je en désignant l’agriculteur : voici l’homme de l’art pour vous renseigner. » La réponse tomba courte, précise, sans appel : « On ne transforme pas une parcelle de 200 ha en bio. » Sous-entendu, sur une parcelle de 200 ha on fait vivre une dizaine de familles. Dépité, l’homme passa son chemin.

De toute évidence, il n’avait rien compris à la culture bio, et, visiblement, ne cherchait pas à comprendre ; il ne voyait qu’une pratique culturale à la mode dont il aurait tiré profit pour améliorer ses marges, évidemment sans rien changer de ses méthodes productivistes.

Un seul regret : dans l’effervescence et le brouhaha du moment, je n’ai pas eu le réflexe de proposer à cet agriculteur de me rendre dans sa ferme pour réaliser un reportage. Un vrai, un beau reportage, concret, explicatif, qui aurait changé de ces pansements journalistiques désespérants (de véritables marronniers, la seule chose que les journalistes peuvent cultiver) que véhicule la grande presse généraliste depuis plus de quarante ans que je m’intéresse à la question, des papiers d’une méconnaissance du sujet relevant de l’incompétence professionnelle, et se limitant le plus souvent à colporter une vision bobo-écolo-gauchiste mille fois ressassée et totalement à côté du sujet…

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Le Temple de la consommation

Je fus un jour mandaté pour tenir un stand d’information sur la bio dans un hypermarché de la Région parisienne, parmi les plus grands par le nombre de caisses enregistreuses.

Cette grande chaîne de distribution avait entrepris une campagne publicitaire monstre en faveur de la bio ; des affiches fleurissaient sur les panneaux 3x4 de la capitale invitant les consommateurs à participer à cette fête de l’alimentation saine ; l’accroche de l’affiche présentait celle-ci comme une alternative à la nourriture conventionnelle… Cet argument me fit tiquer : d’un point de vue de l’éthique, il me parut aberrant et tout à fait contradictoire de positionner la bio comme alternative à l’alimentation conventionnelle, alors qu’elle est une solution de substitution non de choix. Je me permis de le faire obligeamment observer au directeur de l’hypermarché en question, au cours d’une discussion. Avais-je blessé (bien involontairement !) son amour propre de représentant symbole du libéralisme conquérant ? Toujours est-il que, piqué au vif, il m’envoya bondir sèchement : « Nous n’avons pas besoin de vos conseils pour faire de la publicité. Vous, les gens de la bio, vous êtes enfermés dans vos fausses certitudes ». C’est tout juste si, emporté par son accès de mauvaise humeur, il ne dénonça pas chez moi les signes cliniques d’un dangereux esprit sectaire.

Justement, avec quelques clients intéressés, nous venions d’avoir une discussion serrée sur le fait de savoir si les produits bio devaient être présentés dans les rayons mêlés avec les produits conventionnels ou être présentés à part. N’ayant par expérience qu’une confiance limitée dans la grande distribution, j’optais pour un local séparé, clairement identifié. Une majorité se révéla opposée à mon idée, parce que cela risquait de faire des consommateurs bio des gens à part (le vivre à part opposé au vivre ensemble !) pouvant être perçus comme des adeptes d’une secte d’hurluberlus. La discussion s’arrêta là ; je n’avais pas du tout envie de me lancer dans des explications pour convaincre des gens décidés à ne pas vouloir comprendre ; surtout dans un temple de la consommation. 

Bien des années plus tard, les faits me donnent raison ; aujourd’hui, dans les grandes surfaces, pour celles qui en font, la bio est noyée dans le conventionnel, vaguement mise en avant sous le règne anarchique du grand n’importe quoi : quelle est la certitude de la provenance bio quand tout est mélangé ? Le logo AB ? Quand on connaît le pouvoir lobbyiste illimité des puissants acteurs de l’agro-business, quand on sait à quel point ils rejettent toutes références à l’éthique bio et ne veulent même pas en entendre parler, n’ayant pour seule morale que business is business, vous me permettrez de douter de leur sincérité. La seule réponse à ce constat : la bio n’a rien à faire dans la grande distribution, séparée ou non.

Quant au directeur de l’Hyper en question, espérons que ce sympathique personnage et les productivistes de son acabit, bardés de leurs « vraies certitudes », n’auront pas un jour à déplorer d’avoir contribué à précipiter l’humanité dans le chaos alimentaire.

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