Hystérie républicaine

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L’affaire est trop grosse de cette énorme bêtise propre aux gens de pouvoir, quand ils se croient à l’abri des effets ravageurs de leur vertigineuse irresponsabilité. Je ne pouvais pas la laisser passer. En quelques mots, voici les faits. Une jeune femme se fait agresser par un groupe de six jeunes maghrébins dans une rame du RER. Ils la molestent, lui volent son sac, découvrent qu’elle habite dans le XVIe arrondissement de Paris. Elle habite le XVIe, donc, pour ses agresseurs, elle est juive (sic). Ils lui coupent des mèches de cheveux, lacèrent ses vêtements, égratignent son corps avec la pointe d’un couteau, tracent au marqueur des croix gammées sur son corps, renversent la poussette avec son bébé. Elle porte plainte, assure qu’il y avait une vingtaine de voyageurs dans la rame, que personne n’est venu à son aide.

La nouvelle se répand à une vitesse foudroyante… Aussitôt connu, le scandale éclate ; la grosse caisse médiatique se met en branle et réagit au quart de tour. Le Président de la République en personne, Jacques Chirac, fait part de son « effroi devant cet acte odieux » ; le ministre de l’Intérieur affiche le souhait que les auteurs de cette « agression ignoble » soient retrouvés « dans les plus brefs délais ». Puis, tout d’un coup, les vannes s’ouvrent, libérant des torrents de protestations indignées qui fusent, jaillissent, cataractent de partout en jets drus de lamentations horrifiées ; un déferlement, une frénésie de surenchère verbale s’empare du monde politique : la France politicienne tombe en transe. Le « crime » est immédiatement attribué à l’extrême droite. Un délire de paranoïa collective ! Une atmosphère de lynchage médiatique ! Les ténors montent au créneau ; ils se lâchent : inutile de les citer, ils sont de tous les bords républicains. Quelques échantillons pêle-mêle :

— « Un regain d’extrême droite qu’on ne peut pas nier. » (Quel rapport ? Les agresseurs sont Maghrébins !).

— « Les nazis de banlieue défient la France. » (Même question : islamistes, peut-être, mais nazis, même pas sûr qu’ils connaissent le mot).

— « La haine, l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie sont les pires dérives mortelles pour notre démocratie. »

— « L’acte odieux, irresponsable et intolérable. »

— « Cette révolte devant des actes ignobles est partagée par l’ensemble des députés… C’est l’âme et la tradition de notre pays qui est visée. »

— « Une agression odieuse et barbare, un acte inqualifiable qui traduit la volonté de ne pas vouloir vivre ensemble. »

— « Qui ne voit une société qui se dégrade en haine et en bêtise ? »

— « Une agression sauvage et antisémite qui fait peser une menace sur nos valeurs communes, notre unité et notre sécurité. »

— « Un acte ignoble, épouvantable, qui suscite l’horreur, l’indignation et la révolte… cela ne doit pas exister et pourtant cela existe. »

— « Des actes barbares qui traduisent la résurgence d’une idéologie nazie. »

— « Plus que jamais tous ces actes racistes, antisémites, appellent à la résistance, à l’action et à la mobilisation des forces démocratiques de notre pays… »

Et allez donc ! Je précise bien qu’il ne s’agit là que de propos politiciens. On aura eu droit en même temps au reductio ad Hitlerum et au point Godwin, deux pour le prix d’un… Ils sont tombés raides dingues ; comme quoi, si Hitler n’avait pas existé, ils l’auraient inventé ! Il est bien utile, Adolf ; ils tiennent son image bien au chaud, sur le cœur, prêts à la brandir au moindre dérapage ; on ne voudrait pas y croire, mais ils ont vraiment un réel un besoin pathologique du monstre, de le ressusciter régulièrement, de s’inventer ce repoussoir universel érigé en mythe obsessionnel pour se donner bonne conscience, avoir le sentiment d’exister et justifier de leur éternelle disculpation : un homme qui proclame publiquement sa haine d’Hitler ne peut appartenir qu’à la catégorie des êtres bons…

À ce stade, on a dépassé la crise nerveuse ; on bascule carrément dans l’hystérie collective, dans la peur obsidionale du névropathe qui voit des ennemis surgir de partout. À croire que leurs communiqués étaient rédigés d’avance et attendaient, au chaud avec le prophète ci-dessus, l’occasion pressante d’être délivrés au bon peuple. On ne lésine pas sur les mots définitifs, les outrances verbales. Ils doivent porter sur eux un petit calepin où sont consignées les indignations de circonstances, convenues et sélectives, avec ce qu’il faut d’exagération dans le vocabulaire et de fureur appropriée au langage ; c’est à celui qui dégainera le plus vite, histoire de ne pas se laisser dépasser par la concurrence électorale ; rien n’est trop excessif quand il s’agit de donner dans l’excitation médiatique et le tragique spectaculaire : politiciens et journalistes stipendiés même combat. On finit par se demander si ce n’était pas un coup monté. En la circonstance, l’occasion était trop belle ; ils y sont allés comme un seul homme, avec un ensemble touchant et un emballement sans fausse note. L’affaire fait les gros titres des journaux ; elle ouvre les sessions d’information à la télévision, à la radio. Les échos se répercutent jusqu’à l’étranger.

Pourtant quelque chose cloche. Aucun témoin du drame ne s’est manifesté à la police. Comment ? Aucun des passagers n’a eu le courage de voler au secours de cette nouvelle victime de la Shoah ? Qu’à cela ne tienne ; ce sont les Français maintenant qui en prennent pour leur grade. Et c’est reparti de plus belle dans l’outrance verbale : ils sont froussards, veules, lâches, dégonflés ; ils font dans leur culotte au moindre froncement de sourcil ; quand une personne se fait agresser dans le train, ils n’ont même pas le courage d’intervenir ou de tirer le signal d’alarme, ni même de témoigner ; c’est dire si, pour nos arrogants donneurs de leçon, ils ne valent même pas le vermisseau qu’on écrase d’un pied rageur. Quand ils sont gênés, ces pauvres pécores de Français scrutent le bout de leurs souliers ou regardent par la fenêtre ; dès que les portes du métro s’ouvrent, ils n’ont qu’une hâte, disparaître et se fondre dans le paysage — une façon de parler s’agissant du métro. Les journalistes du système, qui passent leur temps à lécher le derrière des puissants de ce monde tout en feignant de les brocarder, qui ne manquent jamais de s’exposer sous les feux de l’idéologie dominante pour se faire reluire, en plus de se poser en éternels donneurs de leçons, dans la même situation, ils auraient montré, eux, à ce vil peuple de lopettes pétant de trouille, qu’ils en ont une grosse paire entre les jambes et qu’ils ne se débinent pas devant le moindre pet de travers. Oui, ils auraient montré qu’ils sont capables de tirer le signal d’alarme, eux. C’est cela, le grand courage.

Le Figaro, d’habitude plus prudent, titre Le train d’enfer (allusion au film propagandiste anti-FN du même nom), puis donne la parole à un « Maître de conférence en philosophie », pas moins, qui élucubre à chaud : « L’existence d’un grand nombre de témoins explique, paradoxalement, l’inhibition ». Ils sortent tous leur « expert » de la manche ; et l’expert, qui n’a rien vu mais sait tout, ajoute : « Il est fort vraisemblable que les voyageurs du RER qui ont assisté à l’agression de la jeune femme ont éprouvé de profonds sentiments d’angoisse du fait de leur inaction. La honte, plus que l’indifférence ou l’égoïsme, la conscience angoissante de la responsabilité à laquelle ils n’ont pas obéi est peut-être une des raisons de leur mutisme ». Fermez le ban. Il y a longtemps, on le sait, que les Français ne valent pas tripette, surtout les « de souche » : lâches, couards, inhibés, angoissés, complexés, honteux, un zeste racistes, deux doigts fachos... Il faudra un jour parachuter un Maître de conférences en philosophie sur un nid de crotales pour savoir comment sa philosophie agit.

Puis tout à coup, l’inattendu, le couac fâcheux qui vient perturber cette belle démonstration d’unanimité — pas une fausse note ! —, ce magnifique feu d’artifice médiatique… La mystification n’aura pas tenu trois jours. La famille de la jeune femme alerte la police, la presse, précisant qu’il n’y a pas de témoins et qu’il n’y en aura jamais : la jeune femme a tout inventé ! C’est une mythomane, une simulatrice coutumière du fait. La police, qui avait appelé les politiques et la presse à plus de retenue, confirme qu’elle est bien en présence d’une récidiviste. Cette jeune personne est décrite comme une délicieuse enfant répondant au doux prénom de Marie-Léonie ; elle paraît plutôt légère côté mental, frustrée côté affectif. La vérité éclate au grand jour. Elle n’a jamais été agressée, elle n’a jamais été dans le RER, elle n’est pas juive (plutôt catho tradi !), pas plus qu’il n’y a eu de bébé et de témoins en vue…

La réaction de la classe politicienne ? Telle qu’en elle-même, un bloc de muflerie : pas un mot d’excuse envers les Français qu’une fois de plus on a traînés dans la boue en les faisant passer pour un peuple de ploucs, lâche, peureux, raciste. Au contraire, ils en tirent argument pour se vanter de leur présence d’esprit. Le Premier ministre, Raffarin, le spécialiste mondial de la raffarinade, pétulant d’ânerie comme d’habitude, se rengorge et plastronne : « Nous avons pu montrer combien nous étions vigilants et réactifs sur une affaire aussi sensible, dans un moment où les actes de racisme et d’antisémitisme se multiplient ». On nage en plein fantasme !… Pas davantage d’excuses de la part des politiciens ni de la presse serve pour avoir insulté et mis plus bas que terre leurs compatriotes. Aucune marque de regrets envers ces petites gens simples, offensées dans leur dignité, qui pourtant s’entassent chaque jour que Dieu fait dans ces trains de banlieue obscènes et cauchemardesques pour faire tourner la boutique France. De cette grande jeune fille quelque peu perturbée ou de cette engeance de braillards hystériques censés représenter le peuple français, que par ailleurs ils méprisent de toute leur arrogance de larbins teigneux au service de la puissance judéo-maçonnique, il est facile de deviner qui sont les vrais timbrés.

Observons ceci : cette débauche d’indignation collective, orchestrée avec une stupéfiante unanimité, n’a eu lieu que pour une seule et unique raison — je dis bien la seule et unique raison : le mot « Juif » a été prononcé. Si le clone d’Hitler, encadré par une douzaine de SS, avait mitraillé les fidèles d’une synagogue, quels mots eussent-ils employés ?… Et si le mot « Juif » n’avait pas été prononcé, vous n’en auriez rien su. Une agression « ordinaire », « banale », comme il en existe couramment dans le métro, n’a droit d’habitude qu’à quelques lignes dans le journal. Souvenez-vous de la jeune Anne-Lorraine Schmitt dont le massacre est passé quasiment inaperçu face à l’affaire de ces deux jeunes motards maghrébins de banlieue tués au même moment après avoir été percutés par une voiture de police… Les franchouillards, les Dupont la Joie, n’intéressent les politiciens que le jour des élections. Retenons cette déclaration de la mère de Marie-Léonie, dépassée par l’ampleur de l’événement : « Je ne comprends pas comment ma fille a pu mettre la France dans un tel état. » Moi, si. (2004)

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Note. Quelques temps plus tard, probablement sous la pression de son entourage et de son avocat, Marie-Léonie se crut obligée de présenter des excuses publiques. Ce n’était pas à Marie-Léonie de présenter des excuses ; elle n’avait pas à s’excuser ; personne ne le lui demandait ; c’était aux politiciens, aux journalistes, aux associatifs de faire leurs plates excuses au peuple français qui, une fois de plus, dans cette affaire comme dans d’autres, s’est fait copieusement insulter et humilier… Quand la vérité s’est fait jour, on sentait la déception de toute cette cohorte de couards qui aurait trouvé là une occasion jubilatoire de faire passer les « auteurs » de la pseudo-agression pour de dangereux terroristes d’extrême-droite. Les Français ont bien compris que l’effet papillon produit par la légèreté de Marie-Noëlle (de son nom de baptême) n’était en fait que le résultat de la soumission aveugle de l’establishment républicain français au sionisme international. Les vraies excuses, les Français les attendent encore…

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