Haute littérature-2

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Première partie

Nous sommes dans la « littérature féminine », restons-y. Une dame vient de publier un livre portant ce titre programme, délicieusement primesautier et d’une rare élégance : Baise-moi (au sens sexuel). Quelle invite, mes frères ! Ce n’est pas un désir, c’est un ordre. L’époque fleur bleue est vraiment révolue. Le roman à l’eau de rose aussi. Les grandes passions amoureuses tout à l’avenant. Elles ne nous laissent même plus le temps de poser le pantalon. Il convient désormais de satisfaire les désirs intimes de ces dames dans l’urgence, et de combler leur lubricité comme on disait jadis, à la hussarde. On renverse l’ordre des préséances : d’abord prouver son instinct de divine salope et de garce fondamentale avant de dire « Je t’aime ». Pour la délicatesse des sentiments et l’exaltation des grandes vertus, nous nous reporterons à nos classiques. Une chance, ils n’ont pas encore été censurés, et l’on peut, à l’occasion, régénérer son âme. Il semblerait que la dame en question ait des comptes à régler avec la gent masculine. Elle me paraît bien jeune pour parler d’autorité. Peut-être les hommes en font-ils trop ; peut-être n’en font-ils pas assez… Allez savoir ! L’éternelle question jamais résolue avec les femmes.

Tout cela témoigne décidément d’une époque qui élève l’âme et transcende l’esprit. Il suffit de balayer du regard la littérature féminine d’aujourd’hui pour être convaincu : l’univers romanesque de ces dames se résume à l’exploration de leur nombril et de leur intimité la plus secrète comme manifestation indépassable de l’identité féminine. Des charcutières du sexe spécialisées dans la dissection du cœur et du corps, dont l’œuvre dégage autant de sensualité qu’un quartier de viande froide suspendu à son crochet. C’est cela, la femme « libérée », la femme moderne. De la littérature de toquée, de névrosée, d’obsédée. De l’urine de mémère qui souille sa culotte. Le nom d’une de ces maniaques du nombril dans le genre pas piqué des vers me vient à l’esprit… Une femme « libérée », mais après vingt ans d’analyse ! J’allais dire d’incarcération mentale ! Par principe, dans cette œuvre, je ne cite les noms que lorsqu’ils ont un rapport avec la politique : elle échappe à la fessée publique. Trop gourdasse à mon goût pour faire cas.

Les prétendues œuvres littéraires qui encombrent les rayons des libraires aujourd’hui, ne sont que des tampons hygiéniques usagés, recyclés dans le romantisme de bidet. La littérature « d’hommes » ne vaut pas plus cher, me direz-vous. Ils sont tout aussi dépravés si ce n’est plus que ces dames, quoique le « plus » ne soit pas certain. Mais je ne pense pas aux hommes quand je présente mes hommages à une personne de sexe féminin ; je n’attends pas d’eux qu’ils mettent des enfants au monde ; je n’attends pas d’eux qu’ils illuminent ma triste vie de tous les jours et l’enjolivent de l’aura féminine ; je ne leur demande pas d’assumer leur responsabilité de mère, d’épouse, etc. Les femmes, si. Mais où est donc passée la femme pudique, réservée, dont le charme envoûtant avait le pouvoir tyrannique de jeter les hommes à ses pieds, et laissait percer les mystères de son cœur comme ceux de son corps, aux audacieux qui osaient ? Vous rêvez, monsieur. Je sais, mais laissez-moi y croire.

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Deuxième partie

Encore les livres, puis j’arrête. J’ai dit ailleurs que si on envoyait au pilon les neuf dixièmes de ce qui se publie dans une année, nous n’y perdrions pas grand-chose. Nous y gagnerions même beaucoup. La quiétude de l’âme et la tranquillité de l’esprit. Voici la description d’un facing ordinaire exposant des livres d’expression dite « française » dans une grande surface ; des livres aux couvertures colorées et rutilantes empilés pour faire nombre, gravant comme dans le marbre les portraits autosatisfaits de gens inconnus ou connus de leur concierge, ou connus du grand public, mais traversant la célébrité à la vitesse d’un météore dans le ciel sombre des étoiles, avant de retomber aussitôt dans l’oubli, victimes de la cruelle ingratitude de la postérité humaine.

 Je suis revenu au magasin tout exprès pour noter les œuvres de ces génies exposés à l’admiration des foules acheteuses. Cela valait le déplacement. On atteint les sommets vertigineux de l’esprit décadent et du culte nombriliste.

1 — La 372e histoire d’une prostituée qui nous dit qu’elle a quelque chose à nous dire (quasiment le titre du livre), au cas où nous n’aurions pas tout compris des subtiles et délicates coulisses du métier.

2 — La 494e histoire d’un ouvrier ; là, la maman ou la mémé de cet héroïque prolétaire a tété les lolos de Louise Michel, la Vierge rouge : cela valait bien 200 pages pour fixer l’événement dans la mémoire ouvrière (Oui, je sais : téter les lolos d’une vierge, même rouge, il faut croire au miracle…).

3 — Le énième best-seller d’une dame qui affirme n’écrire que des best-sellers, et qui n’en finit pas depuis des lustres de nous exprimer avec des ravissements de grisette extasiée la chance qu’elle a eue d’épouser un grand « baron » de la finance, elle l’ancienne starlette de série B ou Z. C’est vrai qu’elle en a eu de la chance : elle a décroché le jackpot. Chance ou manœuvre séductrice intéressée rondement menée, elle en profite aujourd’hui pour nous la jouer dame patronnesse richement dotée qui revient de loin, et donner des conseils de matrone en art de vivre aux innombrables nunuches et autres simplettes qui se délectent de ses bouquins fabriqués. Nous, nous avons moins de chance ; si elle avait épousé un pue-la-sueur comme tout le monde, elle nous ficherait la paix.

4 — Les états d’âme d’un photographe de mode accusé par ses top-modèles d’avoir abusé de leur plastique, sous prétexte de leur tirer le portrait d’un peu trop près. Il proteste et se défend comme un beau diable, le lascar, mais il en a pris pour cinq ans devant la Justice. Je me demande si les mères qui poussent leurs filles à se brûler les ailes dans le milieu superficiel et assez glauque du mannequinat pour satisfaire des rêves de jeunesse inassouvis, ne devraient pas en ramasser autant. Quant au photographe, personne ne doute qu’avant d’en prendre pour cinq ans, il aura pris son pied avec quelques-uns de ses modèles les plus photogéniques.

5 — Le petit-fils du grand Fernandel publie ce livre : Mon grand-père Fernandel ; il est certainement très sympathique ce garçon, mais cela annonce déjà l’arrière-petit-fils : Mon arrière-grand-père, Fernandel, et ainsi de suite dans les générations ; on est parti pour mille ans !

6 — Ah ! un ministre nous interpelle… pardon, deux ! Comme chacun sait, les ministres ont le temps d’écrire des bouquins ; c’est même pour cela qu’ils sont ministres, et c’est à cela qu’on reconnaît qu’ils existent. Sinon, essayez de me citer un ministre dont vous avez le souvenir dans les trente dernières années.

7 — La nième resucée d’une ancienne meneuse de revue d’un night-club célèbre ; elle a eu l’opportunité d’épouser le patron, surtout de l’épouser jeune quand lui était vieux. D’où le jackpot pour la dame, du jour où il a lâché la rampe et les clefs du coffre avec. L’aimable personne, dotée d’une somptueuse chevelure en balai de crin peroxydé, est réputée pour arborer une bouche immense, une devanture impressionnante qui suggère que tout est large et rebondi chez elle. Notons que dans ses propos, elle a une pensée, un sniff pudique, pour son mentor bien-aimé, comme quoi elle n’est pas ingrate ; avoir une grande bouche qui avale les courants d’air et une dentition en touches de piano n’empêche pas les sentiments.

8 — La 425e histoire d’une strip-teaseuse qui a certainement elle aussi des choses à nous dire ; si j’ai bien compris, elle a été semer la zizanie sur le Rocher de Monaco, et elle dit que ce n’était pas bien et je ne sais quoi encore sur le mode repentance, j’ai du mal à accrocher au rocher… Quand on a du remord et qu’on le confesse publiquement, les droits d’auteur récupérés sur un scandale qu’on a provoqué chez des gens dont la notoriété fait vendre ledit bouquin, voilà qui vous met du baume au cœur.

9 — L’émouvante saga conjugale d’un auteur à succès. Lui, c’est un gros malin. Il fait écrire ses bouquins par d’autres, façon négrier chez les nègres, et nous apprend qu’il a enfin trouvé le bonheur en amour dans les bras d’un tendron de quelques dizaines d’années sa cadette. Qu’il le fasse savoir dans un livre, quand on a une fabrique de romans de gare à trois francs six sous, quoi de plus normal ? Sauf qu’en la circonstance, c’est le tendron qui signe l’œuvre du haut de ses vingt-deux ans et de sa très riche expérience de la vie acquise dans les ex-paradis soviétiques. Je croyais que la traite des blanches, c’était interdit.

10 — Le 4319e livre sur les « femmes » de prêtres qui, faisant fi de la réalité du sacerdoce et de ses exigences, nous raconte les amours déchirantes mais néanmoins impossibles d’iceux avec icelles ; le genre de littérature croustillante à souhaits, truffée d’histoires émoustillantes à faire vibrer les pieuses paroissiennes imbibées d’eau bénite, dont les fantasmes érotiques auraient tendance à extravaguer au-delà des limites canoniques permises de la couche conjugale.

11 — La 42392e édition traitant des gays, plus — on ne les compte plus — un livre par un gay lui-même pour nous dire tout son bonheur d’être pédéraste et qui en veut à tous ceux qui ne le sont pas, parce que se faire encaldosser c’est bon, et qu’on a tort de persister à vouloir méconnaître les plaisirs raffinés de la vie. Le jour où les homosexuels gouverneront le monde, les hommes seront redevenus gonzesses ; patience, on y arrive.

12 — Le…, les… classiques rituels qui nous dévoilent tout sur la corruption politique ; les journalistes me surprendront toujours : pourquoi s’acharner sur la corruption, alors que la corruption est intrinsèque à notre système politique républicain qui les nourrit ? Qu’ils osent s’attaquer à la République elle-même ! Houlà, ça ne va pas la tête ? Trop dangereux ! Là, on prend des risques… C’est que nous, les journalistes, on y tient à notre gamelle…

13 — Le 71482e bouquin inévitablement signé Docteur Machin pour maigrir sans vieillir ou maigrir sans grossir, ou grossir sans manger, je ne sais plus ; depuis le temps qu’on leur fait avaler des pilules amaigrissantes ou amincissantes, les femmes doivent égrener des crottes perlées en marchant. Comme les biques.

14 — La 123442e œuvre d’un improbable politique qui nous annonce que ça ira mieux demain ; notez que ça ira toujours mieux demain, jamais aujourd’hui. Le bonheur est toujours reporté à demain. « Vivement demain » proclamait un slogan politique de jadis. Pourquoi ? Parce que si le bonheur était pour aujourd’hui, les politiciens n’auraient plus de raison d’exister, et ils ne nous les briseraient plus menues, menues. En politique, le bonheur se promet, il ne se donne pas. Le politique en question est un trotskiste au visage poupin de jeune bourgeois bien nourri, dont le portrait occupe la couverture en entier (si, si, c’est Bibounet, c’est bien lui, vous l’avez reconnu…). À mon humble avis, ce garçon a dû subir un traumatisme cérébral irréversible dans sa prime enfance, le jour où il a appris que le Père Noël n’existait pas ; depuis, il ne pense qu’à faire la Révolution et veut changer le monde en… Cent mots !

15 — Encore un bouquin d’une nana qui fait de la politique pour refaire le monde elle aussi, mais je n’ai pas eu le temps de voir de quoi il s’agissait ; probablement pour s’émerveiller d’être une femme qui fait de la politique. Vous remarquerez que, parmi les femmes les plus portées à s’afficher en public, nombre d’entre elles ne cessent de s’émerveiller, de s’extasier, de se congratuler, de se féliciter, de s’autoféliciter, de s’entreféliciter de leur remarquable aptitude typiquement féminine à se montrer aussi connes que les hommes, et même de faire mieux qu’eux, plus fort, de les battre sur leur propre terrain : elles y mettent un point d’honneur ! Depuis le temps que l’humanité attendait ce grand moment… Je vous donne le titre de l’œuvre au cas où il passerait inaperçu pour la postérité : La route est droite, mais la pente est forte. Attention, les hommes ! Quand les filles nous montrent qu’elles ont un cerveau, ça décoiffe !

16 — Quelques bouquins de stars du show-biz has been remisées dans les oubliettes de la gloire et vexées qu’on ne parle plus d’elles, interpellent le quidam : « Hé, j’existe ! Je suis là ! Vous m’entendez ? » J’en compte cinq.

17 — Puis le livre d’un chanteur à la dérive, plus ou moins alcoolo, qui se raccroche à la boutanche comme d’autres à la vie ; il en veut au monde entier d’être né blondinet, bourgeois, dans un beau quartier, alors qu’on le sent terriblement contrarié de ne pas être né black, dans une cité HLM et dépendant de l’aide sociale… À quoi cela tient, tout de même, le destin !

18 — Le 152000e livre qui vous livre clefs en mains les clefs du bonheur ; c’est une traduction, et pour l’occasion l’éditeur n’hésite pas à écrire en gros sur la couverture : « Déjà 68 millions de livres vendus ». Pourquoi faire timide ? Moi, j’aurais badgé le bouquin : « Déjà 680 millions de livres vendus ». Il faudra que je demande à mon éditeur de se montrer plus modeste pour promouvoir mes chroniques, si un jour elles sont publiées : « Déjà 55 millions de livres vendus », cela suffira.

19 — Bien sûr, les incontournables bouquins « psyquelquechose » ou « sociomachintruc » dont la production est permanente, et, semble-t-il, intarissable sur tous sujets ; il n’y a jamais de pause : j’en compte quatre.

20 — Je ne vois ni Sollers, ni le génie incandescent de la pensée cosmique, l’immense Bernard-Henri Lévy (il y a une profusion de Lévy en ce moment ! Il faudrait que les Cohen se réveillent… les Israël se défendent pas mal, les Weil, les Weill, les Veil, aussi), les deux seuls penseurs qui pensent en France ; un contretemps fâcheux, sans doute, car une vitrine de libraire sans BHL ou sans Sollers, c’est comme un jour de mouise sans soleil : tout est triste et on a de goût à rien… Qu’est-ce que je raconte ? Mais si, il y a un livre de BHL, il était sur l’étagère du haut, trônant majestueusement sur toute la rangée ; il doit être intéressant ce livre, car tout ce que dit BHL est intéressant, et tout ce que dit BHL est intéressant parce que le sujet central de son œuvre c’est BHL, même quand il parle des autres. Je promets de le lire dans une autre vie.

21 — J’aperçois deux ou trois livres qui m’ont l’air bien honnêtes ; aucun intérêt, l’honnêteté ne fait pas vendre, encore que le nom des auteurs, lui, fasse vendre (1).

22 — Tiens !… Pas de livre de pédophile, de lesbienne, de transsexuel, de drogué, aujourd’hui ; pas de victime de la vie, victime de la société, mais jamais victime d’elle-même ; pas de truand rangé des voitures, de condamné à perpète sortant de prison avec ses mémoires sous le bras et un bagage enviable, pendant que sa victime gît pour l’éternité six pieds sous terre ; pas de tueur en série ni de terroriste ; pas de violeur ni de femme violée, harcelée, battue, outragée, éborgnée, étripée, découpée, désossée, hachée menue ; même pas un grand patron pour nous expliquer que s’il a coulé l’entreprise qu’il dirigeait, c’est parce qu’on n’a pas compris sa stratégie entrepreneuriale audacieuse ; pas de livre d’enseignant pour nous dire que son métier est « nécrosant » et qu’on va à la « cata », tout en gardant un œil vigilant sur son statut de fonctionnaire privilégié ; pas de livre d’un fonctionnaire nous expliquant pourquoi il veut travailler moins tout en gagnant plus sur le dos du contribuable.

Ce sera pour la prochaine fournée, la semaine prochaine, quand les autres auront disparu du facing.

23 — Ah ! j’oubliais dans un coin un avocat peu ou prou marron, ancien ministre, ami intime et confident d’un Président de la République, blanchi dans une affaire aussi rocambolesque que grotesque, qu’on a préféré élargir pour ne pas aborder des affaires plus sombres mettant en cause la République (comme si elle pouvait être en cause, la République !), et sur lesquelles il aurait pu se montrer bavard ; cela nous vaut un pavé de quatre à cinq cents pages de justifications prouvant son innocence dont on a rien à « cirer », comme eût dit une de ses collègues dame, une ministre au langage délicatement imagé…

Vingt-cinq siècles de civilisation pour en arriver là, pour mettre en valeur des fausses gloires, des tocards obscènes, impudiques, vicieux, pour satisfaire le voyeurisme maladif d’un certain public de caniveau qui prend son kif dans les remugles de fond de caleçon, se délecte de l’exhibitionnisme de pissotières, s’enthousiasme aux prouesses de détraqués et autres déviants pathologiques !… Je suis fatigué…Vous connaissez l’histoire de Jésus le Gaulois — pardon, le Galiléen ? Dans le film, il prend un coup de sang et chasse les marchands du Temple (La preuve que Jésus n’était pas juif : s’il avait été juif, il n’aurait pas chassé les marchands du Temple, il aurait été s’installer avec eux). Oui, je suis fatigué, triste, amer, assailli par des pulsions de mort. Deux mille ans de civilisation ! Quelle dégringolade ! Combien d’innocents ont-ils sacrifié leur vie dans les siècles passés pour un monde à venir qu’ils espéraient toujours meilleur, pour leurs enfants, pour leur descendance, pour leur patrie ? S’ils avaient su que leur sacrifice au nom des prétendues valeurs de progrès humain aurait servi à l’assomption des variétés les plus infectes de l’espèce humaine, ils seraient horrifiés ; ils demanderaient à être repris par la mort ; ils y retourneraient sans doute, mais quelque chose me dit qu’ils seraient précédés de plusieurs longueurs par la cohorte des pourris. (2003)

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1. Donnons quand même le nom de ces trois auteurs : Brigitte Bardot, monument national qu’on ne présente plus ; elle n’a pas la langue dans sa poche, BB, et manifestement elle empêche de dormir les cagots de la gauche intellectuelle : vas-y Brigitte, rentre-leur tête baissée dans le lard ! Et en plus, têtue et rétive comme elle est, elle en serait physiquement bien capable ! — Un livre, par son frère Pierre, du grand champion de plongée sous-marine en apnée, Jacques Mayol, victime d’une grave dépression (nerveuse, celle-là) qui le conduira tristement au geste fatal ; n’ayant pas lu le livre, j’ignore les raisons de son geste désespéré. — L’histoire étonnante de Mikhaïl Kalachnikov, concepteur de l’AK 47, le mythique fusil d’assaut de l’armée soviétique ; il équipera certaines forces du pacte de Varsovie, puis les guérilleros et autres révolutionnaires exaltés de tout poil, y compris les terroristes islamiques qui en feront l’arme bénie d’Allah !

Arme à feu efficace, particulièrement adaptée aux conditions extrêmes, elle sera abondamment diffusée à travers le monde par le régime soviétique pour alimenter les guérillas marxistes et autres soulèvements progressistes, avec l’objectif de déstabiliser le monde occidental. On estime de 60 à 80 millions le nombre de kalachnikovs circulant sur les cinq continents. Mais de la guérilla au terrorisme, du terrorisme au grand banditisme, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Si bien que cette arme de guerre a probablement tué plus d’honnêtes citoyens de par le monde, que de soldats en service commandé ou de malfrats de la pire espèce. Au grand désarroi du concepteur lui-même qui supportait mal que son nom soit associé au terrorisme. À l’origine d’un catalogue d’armement très fourni, M. Kalachnikov est considéré comme un héros national en Russie. Cet autodidacte devenu docteur en sciences techniques, ce simple citoyen élu député au Soviet suprême, ce sergent de l’Armée Rouge promu général de divisons, croule sous les honneurs et les récompenses ; véritable légende de son vivant, plus décoré qu’un arbre de Noël, son buste trône sur la place de son village natal. Quand on lui fait reproche d’avoir été un apparatchik du système soviétique (dont lui-même et sa famille ont été victimes), il répond qu’il a toujours servi sa patrie, et ajoute : « Où la chèvre est attachée, elle broute ». Bien vu. Mais M. Kalachnikov n’a pas dû lire La Chèvre de Monsieur Seguin. Elle casse la corde et reprend sa liberté, au risque de se faire croquer par le loup. C’est ce qui nous séparera toujours du communisme : jamais nous ne vivrons à l’attache.

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