Entreprises-2 : Poussière de mémoire

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Parmi les nombreuses entreprises au sein desquelles j’ai travaillé, le souvenir de celle-ci m’est resté comme l’une des places les plus émouvantes. Une entreprise du bâtiment de cinq-cents personnes environ, dont un staff d’une quarantaine d’employés. Dans ce staff, il y avait le personnel de terrain (les techniciens) et le personnel de bureau dont une quinzaine de femmes secrétaires, dactylos, standardistes ou employées à la comptabilité ; la plupart étaient plutôt jeunes, jolies, agréables ; l’obsession du diplôme n’en avait pas fait encore des ersatz de mégères à pouvoir, comme ces femmes d’aujourd’hui hautement diplômées, politiciennes, technocrates, hauts fonctionnaires, aux airs revêches, pleines d’importance, imbues de leurs petites personnes faussement délicates, pour ne désigner que les femmes cadres du secteur public. Elles conservaient toutes leurs qualités féminines, même celles qui étaient moins jolies mais non moins charmantes, et elles s’habillaient encore en femmes. Cette entreprise avait une particularité : le vouvoiement était obligatoire ; à l’exception des cadres les plus anciens entre eux, il était respecté, surtout des hommes envers les femmes ; de plus celles-ci étaient tenues au port de la blouse maison ; je les revois encore, revêtues de leur tablier vert pistache, aux replis orange : col, poches, poignets… Pour ma part, cette discipline me convenait fort bien : je ne me serais jamais permis de tutoyer une femme au travail, eût-elle mon jeune âge à l’époque ; ces très simples règles de savoir-vivre entretenaient un excellent état d’esprit général et favorisaient les rapports entre collègues, tout en maintenant les distances nécessaires ; ce qui n’empêchait pas de faire régner une atmosphère sereine souvent empreinte de gaîté. J’avoue ne m’être jamais senti attiré par la décontraction du jean et du débraillé moderne au travail.  

Bien sûr, le patron était de l’ancienne école ; il était bourru et bourré de tics comme un patron de l’ancienne école ; de plus, une infirmité l’obligeait à tenir son bras gauche replié à hauteur de la poitrine, sa main roide étant gantée en permanence ; ce qui ne l’empêchait pas d’être un excellent patron. Quand il partait en vacances, il attelait son bateau à sa Mercédès ; l’attelage devait faire pas loin d’une vingtaine de mètres ; pour sortir de l’immeuble, il avait juste le passage ; têtu, il tenait à assurer la manœuvre lui-même au lieu de la confier à l’un de ses employés ; il faisait arrêter la circulation dans la rue Cambronne, parfois près d’une demi-heure ; puis, de sa main valide, il manœuvrait comme un désespéré le volant adapté à son handicap, tandis que les automobilistes bloqués écrasaient de rage le klaxon tout en vouant sa génitrice à toutes les malédictions du ciel. Spectacle garanti. Pour la tranquillité des automobilistes, le manège n’avait lieu qu’une fois par an, aller-retour.

 Un autre de ces patrons bourrus que j’ai croisé dans ma vie, souvent créateurs de leur entreprise, se distinguait par sa dégaine vestimentaire ; il était grand, chauve, massif, et portait en permanence une gabardine vert de gris lui tombant sur les chevilles ; il ne parlait pas, il bougonnait ; on l’appelait affectueusement le SS. Il portait avec lui une serviette dont il ne se séparait jamais ; elle avait dû connaître les horreurs de la guerre ; je me suis toujours demandé comment l’idée ne nous est pas venue de nous cotiser, nous les commerciaux, pour lui offrir une serviette toute neuve, tellement celle-ci faisait pitié à voir. Le jour où j’ai définitivement quitté l’entreprise, j’étais dans le bureau du SS pour les dernières formalités. Au moment de prendre congé, il me lance : « Omer, vous revenez quand vous voulez. La maison vous est ouverte. Vous la connaissez, vous y êtes chez vous. » Je lui répondis : « Je vous remercie de votre confiance, monsieur. Je prends bonne note de votre proposition. On ne sait jamais de quoi l’avenir est fait. » Des mots simples, pas de séquence émotionnelle superflue. Nous nous séparâmes sur une virile et franche poignée de mains. Il ne m’avait vraiment jamais parlé de la sorte, mais il avait compris ma philosophie du travail ; elle avait fait ses preuves ; et surtout elle payait. Ce jour-là je quittais définitivement le monde de l’entreprise pour entrer en politique ; enfin, pas tout à fait la politique que vous pourriez imaginer. En fait, je faisais un extraordinaire plongeon dans le vide.

On trouve toujours un côté pittoresque s’attachant à la personnalité d’un bon patron. Une quinzaine d’années auparavant, j’avais travaillé quelques mois dans un bureau d’études, avant de m’orienter vers les activités commerciales. Le patron de l’entreprise avait un bureau, mais un bureau inoccupé la plupart du temps. En fait, il était l’héritier de la maison ; c’était le PDG en titre, mais c’est le directeur général qui faisait tourner la boutique ; héritier, il n’en était pas moins courtois et n’oubliait pas de serrer les mains quand il était de passage. C’était un homme portant beau la quarantaine, une belle prestance avec un physique de premier rôle de cinéma. Ne voilà-t-il pas, un jour, qu’il lui prend l’idée saugrenue de vouloir emmener la secrétaire du directeur avec lui pour passer un mois de farniente à Tahiti... Nous étions en plein hiver, avec autre chose en tête que de penser aux vacances. Lorsque le directeur, brave homme au demeurant qui se démenait comme un beau diable pour faire tourner cette entreprise de trois cents personnes, apprend la nouvelle, il manque de faire une crise d’apoplexie. Quoi, lui, il ne comptait pas ses heures au travail, et le patron ne pensait qu’à s’offrir du bon temps sous les cocotiers ? Qui plus est, avec sa secrétaire à lui, le directeur ? Il osait la kidnapper pour la bagatelle ?… Il ne manquait pas de culot ! Qu’est-ce que c’est ces manières de débaucher une employée en plein travail, et l’inviter au débotté à aller se dorer la pilule sous le soleil des tropiques ? On est en pleine résurgence du « droit » de cuissage ou quoi ? Pas question ! On était au bord du scandale. Il y eut une explication orageuse ; le directeur opposa un non ferme et définitif au patron. La secrétaire ne fut pas du voyage.

Il faut dire que cette jeune femme avait de quoi attirer les regards sur elle, les convergents comme les divergents ; elle devait avoir dans les vingt-cinq ans ; le Bon Dieu l’avait pourvue de toutes les grâces de la nature, mais elle était d’une innocence à toute épreuve ; elle ne voyait pas le mal, pas plus que le côté incongru de la situation ; c’est tout juste si elle n’en voulait pas à son chef d’en avoir fait toute une histoire. C’est elle qui répandit l’affaire ; elle nous la conta au bureau d’études avec l’innocence d’une âme inoxydable, en dévorant un sandwich au camembert ; car les sandwiches au camembert étaient son péché mignon. Elle était d’une naïveté désarmante et voyait son périple sous les tropiques comme une banale ballade au bord de l’eau en famille ; elle ne voyait pas que si elle partait un mois à Tahiti, jeune fille et secrétaire, elle avait toutes les chances de revenir femme, et peut-être patronne. Légèreté ? Immaturité ?... Elle n’était certainement pas idiote. Le plus ridicule dans l’histoire fut le patron lui-même ; voulant jouer de son côté dandy et du prestige de son statut social, il avait échafaudé ce stratagème pour le moins mal dégauchis ; le plan mirifique de l’irrésistible séducteur tourna en eau de boudin ; il ne manquait pourtant pas d’arguments ni de moyens pour tenter une approche de la belle plus conforme aux règles de l’art, si je puis dire, ou à la bienséance ; il s’en tira pour être la risée (discrète) de la maison. Quant à la charmante secrétaire, j’ignore si l’affaire a été conclue par la suite ; j’espère simplement qu’elle aura restreint sa consommation de sandwiches au camembert… C’est terrible le camembert, vous savez ; on ne sait jamais où cela va se loger ; ça vous transforme en moins de temps qu’il ne faut pour le dire les rondeurs les plus affriolantes en bourrelets suspects des plus disgracieux… Quoi que… une fois en passant, un sandwich au camembert avec un soupçon de beurre finement étalé, une pointe de sel marin, une frotte à l’ail, quelques brisures de fines herbes fraîches ou autre, et un p’tit blanc demi-sec pour faire descendre le tout… Mais là, je sors des clous…

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Une bonne partie des entreprises que j’ai connues ont disparu ou ont été avalées par plus grosses qu’elles, elles-mêmes parfois absorbées par des groupes de dimension internationale ; sauf exceptions et comme rappelé plus haut, la plupart des patrons de ces entreprises en étaient les fondateurs. Ils étaient visibles et proches de leur personnel ; leur entreprise, c’était leur enfant, ils faisaient corps avec ; comme on dit, ils avaient l’entreprise attaché au fond de leur culotte ; ils avaient encore forme humaine et familiale ; ils ne sortaient pas tous des grandes écoles, il s’en faut ; ils étaient créateurs et savaient le plus souvent tout aussi bien travailler de leurs mains, aller sur le terrain, que gérer ; ils ne ressemblaient pas à ces spectres de la technocratie avancée mi fonctionnaires, mi gestionnaires, échappés des cabinets ministériels, promus PDG du CAC 40 avant d’avoir connu la moindre entreprise et compris comment elle fonctionne ; ce n’étaient pas des gens nommés pour servir des actionnaires, mais des fondateurs responsables ; ils n’avaient de comptes à rendre qu’à eux-mêmes ou à des actionnaires proches ou membres de la famille ; ils n’étaient pas assis sur des sièges éjectables, protégés par des parachutes dorés, les pieds au chaud, confortablement installés sur des montagnes de stock-options ; ils engageaient leur propre argent, leur argent personnel, à leurs risques et périls : ils étaient patrons d’eux-mêmes comme le roi était roi de lui-même.

Des changements profonds allaient intervenir, modifiant de façon décisive l’esprit d’entreprise que j’avais connu jadis. Certains signes ne trompaient pas. Certes, même si cela touchait surtout le grand patronat, celui-ci fut un signe visible et patent ; le Centre National du Patronat Français (CNPF) fut changé en Mouvement Des Entreprises de France (MEDEF). Il y avait plus qu’un simple changement de nom, il y avait un changement de sens ; il fallait faire disparaître le mot « patron », trop désuet, trop rétrograde, trop ringard ; un mot susceptible de hérisser le poil irritable du syndicat communiste CGT qui a toujours été ménagé avec bienveillance et soutenu par le grand patronat au nom de la paix sociale, puis le remplacer par le mot « entrepreneur » pour faire moderne et paraître évolué. Pourtant le mot patron dit bien ce qu’il veut dire : il est synonyme de modèle ; il y a même des saints patrons : on ne leur demande quand même pas d’aller jusque-là !… En quoi le mot « patron » serait-il plus tocard qu’entrepreneur ou décideur ? Celui qui fut à l’origine de cette réforme, Ernest-Antoine Seillière, était le gestionnaire de la fortune de Wendel ; issu de Sciences-po et de l’ENA, membre du groupe Bilderberg et du Siècle, rien qu’à son cursus personnel on avait compris le type d’impulsion qu’il allait donner à ce qui allait devenir l’entreprise du futur : des conglomérats anonymes au sens le plus strict, c’est-à-dire sans identité, sans appartenance, dirigés non par des patrons, mais par d’improbables crânes d’œufs nommés au sein des oligarchies politico-bancaires mondialistes.

L’autre signe, fut le changement de nom des Directeurs du personnel en Directeurs des ressources humaines ; de la simplicité on faisait là aussi un saut dans l’humanisme pompier un rien prétentieux ; c’est tout juste si aujourd’hui on ne fait pas des DRH des curés laïques, avec leurs fameuses chartes des valeurs ou de la diversité (une façon d’imposer sournoisement le métissage sans dire le nom) dont s’affublent le plupart des entreprises pour ne pas avoir l’air d’être en reste ; cédant à la mode du temps qui passe, elles sautent à pied joint dans tous les poncifs de la modernité sans trop savoir où elles retombent ; j’ai même entendu un patron-sic du CAC 40 parler d’« entreprise-citoyenne », reprenant à son être compte une expression typique du langage gauchiste. Si l’on apprenait à l’école la vraie science morale, il n’y aurait peut-être pas besoin de ces chartes ronflantes, même dans l’entreprise. Si j’étais en situation de le faire aujourd’hui, je m’autoriserais à opposer au DRH maison : « Désolé monsieur, mais je ne sais pas ce que c’est des ressources humaines ; je suis un homme pas une ressource ; en matière de ressources, je connais les ressources minières, énergétiques, hydrologiques, etc. Qualifier le personnel d’entreprise de ‘‘ressources’’, c’est désigner des esclaves réduits à l’état de matière, pas des êtres humains. » Il est vrai que dans le concert mondialiste, il fallait instituer quelques règles éthiques : les grands requins en eau profonde de la finance et les escrocs sans frontières devenaient décidément trop voyants ; il est toujours bon de mettre en avant son code éthique ou sa charte des valeurs pour bien montrer qu’on ne mange pas de ce pain-là. Vous savez ce qui a tué le Christ ? L’hypocrisie… Ou, si vous préférez, le pharisaïsme des pharisiens.

Un autre signe de changement au sein de l’entreprise, fut l’invasion des gens issus des grandes écoles. Plus il y a de gens hautement diplômés, plus il faut leur trouver des postes à occuper ; les parents ne se sont pas sacrifiés toute une vie pour que leurs lardons végètent dans des emplois subalternes ne correspondant pas à la « valeur » du diplôme ; d’autant que les filles arrivaient en masse, d’abord au compte goutte, puis par bataillons entiers, canines acérées, babines retroussées, décidées à mordre à pleines dents sur la concurrence masculine et à prendre leur part, toute leur part. Il fallait de plus en plus de place pour caser tout ce beau monde hautement parcheminé. Alors on rabaissa la barre des entreprises habilitées à employer obligatoirement des gens issus des grandes écoles. De mon temps, la barre était descendue à trois par PME de 500 personnes. Justement, j’ai travaillé dans une entreprise de ce calibre ; nous avions déjà un HEC en la personne du secrétaire général administratif ; jusqu’au jour où, sans que l’on sache trop pourquoi, ont débarqué en même temps un jeune polytechnicien et un officier de marine retraité sorti de Centrale (l’école, pas la prison). Je me demande si aujourd’hui ils ne sont pas descendus au niveau des TPE.

Une autre transformation de l’entreprise viendra de l’énorme influence que vont imprimer les États-Unis ou le modèle anglo-saxon sur l’économie française en général, plus particulièrement dans les domaines du marketing et de la gestion — pardon du management d’entreprise. Je me souviens du temps pas si lointain de la vente pyramidale qui porta ces méthodes de marketing aux limites de l’escroquerie, celles qui faisaient des commerciaux de véritables bateleurs, surtout des champions de l’esbroufe. C’est anecdotique de ces tics propres à tous ceux qui entretiennent le culte de l’Amérique, surtout depuis l’émergence des nouvelles technologies de l’informatique (NTIC) ; ainsi les écoles de marketing à l’américaine se sont multipliées en France comme champignons après la pluie ; les anciennes écoles de commerce se sont transformées ipso facto en Business school ; on ne parle plus que de masters, de bachelor, de Mba, de PhD (doctorat), etc. ; certaines de ces écoles ne sont accessibles qu’en anglais ; et comme symbole de la contamination, on ne peut tomber sur un de leurs propres documents de marketing sans qu’y figure une photo de jeunes diplômés revêtus de leur toge, projetant en l’air la célèbre pelle à tarte leur servant de couvre-chef, empruntée aux étudiants anglo-américains. L’argument de ceux qui défendent cette évolution ? Le commerce international, mon bon monsieur : 40% des échanges mondiaux ! Eh bien, il n’y a qu’à le ramener à 10%, ce sera suffisant ; de quoi agacer les nerfs de ceux qui négocient le fameux TAFTA ! De même, il est de bon ton de parler l’anglais dans les entreprises ou de baragouiner du pidgin ou du globish (sauf dans certains secteurs comme l’aérien, par exemple, où, pour des raisons de sécurité, l’anglais est de rigueur) ; rien que d’entendre le mot startup au détour de chaque discussion sur l’entreprise, cela suffit à provoquer chez moi des éruptions de boutons et des poussées glandulaires ; ce mot anglais exprime tout ce que je vomis dans ma façon de concevoir l’entreprise. On se demande comment la France a pu exister sans connaître ce genre d’établissements typiquement américains — cela, bien que les écoles de commerce aient existé en France avant les États-Unis.

Au cours de ma vie professionnelle en entreprise, je ne peux que me louer d’avoir croisé des gens avec lesquels j’ai entretenu de bons rapports, le plus souvent agréables et stimulants, tant au plan personnel que dans le travail ; que ce soient les collègues ou la hiérarchie, y compris mes patrons. J’ai rarement eu à me plaindre de l’environnement professionnel, et cela quelles que soient les entreprises que j’ai traversées. Ce qui n’en fait que mieux ressortir le souvenir de ces deux ou trois individus absolument odieux avec le personnel que j’ai eu à subir avec d’autres collègues, de ces personnages caractériels frappés d’incapacité relationnelle, bourrés de problèmes psychologiques tant avec eux-mêmes qu’avec les autres, et dont la mentalité détestable rejaillissait sur le groupe, affectant l’ambiance générale au sein des équipes de travail. J’imagine ce type de personnages dans la fonction publique… Il est vrai que je n’ai jamais eu l’âme d’un fonctionnaire ; c’est une impossibilité native qui relève chez moi autant de l’instinct que de l’intuition, et de l’honnêteté envers mes compatriotes contribuables : il était hors de question pour moi de devoir quoi que ce soit de ma vie à l’État ; de même qu’il était hors de question d’aller dans une école laïque d’État… L’intuition m’a toujours prévenu du pire : la mentalité totalitaire ; et l’on sait maintenant qu’elle se loge derrière les mots liberté, égalité, fraternité…

Si je devais reprendre une activité professionnelle, j’aurais bien du mal à intégrer l’entreprise d’aujourd’hui ; je me sentirais mal à l’aise ; les gens du privé sortent des mêmes grandes écoles ou des mêmes universités que les fonctionnaires, le plus souvent avec la même mentalité ; les diplômes censés être des brevets de compétence tendent à devenir des passe-droits, des certificats de conformité avec l’idéologie républicaine, autrement dit avec la dictature mondialiste, autant dans la fonction publique que dans le privé ; j’ignore si l’on est plus intelligent quand on a de hauts diplômes, mais j’ai souvent constaté que si les personnages bardés de peaux d’ânes sont généralement très forts dans leurs spécialités, mis à part de délayer les habituels poncifs démagogiques des droits de l’homme, ils savent rarement parler au personnel. D’autre part, l’évolution qu’ont connues les entreprises ces dernières décennies, autant par la gadgetisation de la technologie, que par la financiarisation et la mondialisation de l’économie sous la tutelle des banquiers ultra-mondialistes, ne m’intéressent plus ; et cela d’autant que les effets pervers de l’économie ouverte de type libéral ou ultra-libéral, leur retentissement sur les hommes, les animaux, l’environnement, sont de moins en moins contrôlables. Ma passion pour le matérialisme utilitaire s’est émoussée avec le temps, puis j’ai décidé de passer à des choses spirituellement plus nourrissantes que la recherche obsédante du jouir de tout à tout prix ; et cela même si, à titre personnel, n’étant pas addictif, je n’ai pas eu à souffrir de ce genre de dépendances psychologiques qui n’apportent dans la vie qu’amères frustrations. Il m’apparaissait désormais que l’économie productiviste, l’ère du gaspillage consumériste, devaient inéluctablement toucher à leur fin ; par la force des choses nous serons mis devant l’obligation d’opérer un certain retour aux corporations d’antan et à des façons de vivre plus frugales, proches de la vérité naturelle, c’est-à-dire de la Création… Ce sera cela ou la fin de toute vie sociale et humaine possible. C’est un autre débat qui dépasse le cadre de cette chronique.

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