Dégénérescence d'une république qui se voulait régénératrice

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Je ne sais d’où vient la nouvelle, mais je l’ai captée dans le bouillonnement incessant de l’information : plus de cent pays auraient adopté notre Fête de la Musique à nous Français. Voilà une nouvelle qu’elle est bonne et qu’elle nous réjouit : enfin les valeurs supérieures de la civilisation françaises s’exportent. En ce domaine, la France fait figure de modèle. Pour ceux qui l’ignoreraient encore (comment l’ignorer ?), ce qu’on appelle la Fête de la Musique (solstice d’été ou jour le plus long), c’est la fête du vacarme, du néant sidéral qui sonne creux dans le cervicule de notre jeunesse moderne. C’est la fête du « Boum ! Boum ! » fracassant, de la sono techno sur fond de polyphonies diverses et assourdissantes, se recouvrant, s’annulant, se désintégrant en cacophonie infernale ; c’est le tempo des décibels qui vrillent les tympans, un boucan d’enfer rythmant les vibrations dissonantes qui use les nerfs, vous épuise le mental, vous met les batteries à plat. Il faut trois jours pour s’en remettre. C’est l’apothéose de l’abrutissement sublime programmé pour fêter le solstice d’été païen, point de mire cosmologique de la décadence de notre civilisation : on a les symboles que l’on mérite. Qu’on ne vienne pas nous parler de musique ! Il n’est pas question de musique, ici, mais de tapage nocturne aggravé de nuisances sonores et de troubles à l’ordre public. Sans compter les fins de soirées peuplées par les groupes erratiques de jeunes désœuvrés précoces déambulant, canette de bière en main, s’observant entre eux, avec ce regard éteint de mollusques extraits de leur environnement naturel : on décèle nettement dans leur regard l’empreinte de l’école républicaine, de cette entreprise collectiviste de gavage hautement civilisatrice destinée à former les hordes citoyennes appelées demain à bourrer les urnes de la République ; et encore estimons-nous heureux si la nocturne ne dégénère pas grunge, dans l’urine et le vomis. On nous dit aussi que c’est la fête des amateurs de musique : ce n’est pas mieux. Qu’ils restent chez eux ! Ils pourront martyriser les tympans de leurs voisins tout à loisir, au moins les dégâts seront limités !

D’où nous vient cette prétendue fête du tapage qu’on assimile abusivement à la musique et à la fête ? C’est le nommé Jack Lang, toujours lui, le festoyeur attitré du Parti socialiste, le flamboyant ministre à répétition des gouvernements de gauche (culture et éducation nationale), qui en est le génial inventeur. Fêtard institutionnel, ce personnage, dangereusement malsain et libidineux, aura passé sa vie à faire de la fête un art de vivre aux dépens du contribuable, tout en se faisant aimer des jeunes qui le plébiscitaient : « Rien faire et ne pas s’en faire » ; l’idéal d’une certaine jeunesse qui n’aime pas qu’on lui rappelle que la vie c’est aussi de travailler pour vivre, et de prendre ses responsabilités.

On aura pris la mesure de ce fieffé charlatan quand on saura que c’est à lui que revient l’« honneur » d’avoir introduit le préservatif dans les lycées, le célèbre grigri emblématique de la gauche désinhibée, devenu, derrière le vide sidéral de l’idéologie, l’horizon indépassable du socialisme humaniste le plus décadent et le point de repère de la jeunesse émancipée ; toujours dans le même esprit et dans la foulée du retour des socialistes aux affaires en 1981, c’est encore à son initiative que l’on doit les fameux Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC), véritable institution destinée à pomper l’argent du contribuable dans le but de financer les « œuvres » de pseudos artistes autoproclamés, le plus souvent stériles, ratés, dépravés ; ils ont surtout la particularité d’être très doués dans l’art d’arnaquer leurs contemporains, des pigeons richissimes qui adorent se faire dépouiller dès lors que l’artiste sait flatter leur mauvais goût pour leur sucer le sang ; ils ont trouvé le moyen de vivre aux crochets de la société (public et privé), tout en contribuant par leurs déjections provocatrices à son pourrissement général : là est tout le principe de l’art contemporain ; c’est tout ce qu’ils ont trouvé pour compenser les ravages résultant de la photo dans l’art figuratif ; c’est également à l’art contemporain que l’on doit la promotion, en France, de ces immondices qui ne peuvent provenir que des États-Unis, cette matrice de la décomposition universelle, qu’on appelle tags et autres graffitis de rue, véritable vandalisme public, art quasiment officiel et évidemment subventionné, destiné à provoquer la population en lui imposant visuellement un art du dégueulassage urbain qui sort davantage des poubelles de l’humanité que du génie équilibré d’un artiste talentueux.

Mais revenons en arrière, sur le passé de cet individu sulfureux. Jeune professeur de Droit à Nancy, il est déjà, dans les années 1970, le fondateur du très pompeusement nommé « Festival Mondial du Théâtre » de Nancy. Un festival urbain imaginé selon un procédé à lui dont il deviendra un virtuose imité de partout : entièrement subventionné par les collectivités locales. Cela lui permettra de voyager à travers le monde aux frais de la princesse, durant plusieurs années, à la recherche des fameuses troupes de théâtre itinérant. En fait de théâtre, il s’agissait de groupes marginaux venus d’un peu tous les coins de la planète, probablement recrutés dans les bas-fonds des dernières républiques bananières du tiers-monde. Leurs spectacles tenaient plus de la Cour des miracles et de la gesticulation de rue que du véritable théâtre ; ils se répandaient en divers lieux de la ville pour attirer le gogo perplexe se laissant prendre au jeu. Il faudra vingt ans aux élus lorrains pour réaliser qu’ils se sont fait embobeliner par ce cuistre d’envergure et son faux festival, avant d’y mettre un coup d’arrêt définitif. Il est bien possible que d’autres raisons plus obscures soient intervenues dans cette décision, et qu’en fait de théâtre, ledit festival était surtout devenu un lieu de rencontre idéal pour dealer aux frais du contribuable français, entre junkies de tous les pays. 

Entre temps, Djack le Coruscant avait fait son chemin (ne croyez surtout pas que je lui en veuille particulièrement : ils sont tous moulés sur le même gabarit, chez les socialistes)… Devenu cacique du Parti socialiste, il allait exercer ses talent de prestidigitateur et d’endormeur public sous l’ère Mitterrand. Je ne sais pourquoi, ce personnage m’a toujours inspiré un profond malaise : il porte son âme de tartufe sur son visage de sépulcre mal blanchi, avec sa tignasse bouclée au fer à friser de ma grand-mère, et son parloir du bout des lèvres qui cache, derrière le faisan maniéré reluisant de suffisance, un authentique parasite social de la plus nuisible espèce. Toujours à manifester son goût scabreux pour le côté glauque et faisandé de la vie : en pointe dans les revendications homosexuelles, il est resté un temps plus que borderline avec les milieux pédophiles (son nom apparaît dans plusieurs affaires sordides, sans qu’elles aient débouché sur des poursuites judiciaires). Le parfait démagogue ! Que dis-je : un Maître démagogue comme on en fait peu et qui a produit de nombreux imitateurs ; il aurait pu se « pacser » avec son alter ego brésilien, le fringuant ministre de la Culture, Gilberto Gil, dreadlocks et costumes chics de chez les meilleurs faiseurs, qui voudrait voir l’Europe adopter sa conception du « tropicalisme universel » — comprenons : le métissage généralisé gratuit et obligatoire pour tous. Qu’on aille voir ce qu’il en est du melting-pot à la brésilienne et de sa tragique réalité !

Bref, notre cultureux à nous allait enfin donner toute sa mesure de flambard dilapidateur des deniers publics (à Blois on se souvient de M. le Maire !) ; il allait connaître son triomphe à lui, Djack, son apothéose perso ; la fête de la musique, ou comment pourrir ce jour le plus long de l’année qui devrait être consacré à l’admiration de la nature, c’est lui… La grosse fêtasse selon les canons bolcheviks de la manipulation de masse, mais sans l’agit-prop et tout en musique, gratos, dans la rue, comme il sait faire, Djack. Encore plus vicelard ! Rien à voir avec le sens de la fête qui recèle toujours un symbole ou rythme des moments précis de la vie (religion, travail, vie familiale ou commune). Non, l’abrutissage en règle des masses prolétariennes pour entretenir l’illusion du bonheur ; le bonheur égalitaire, le vrai, tout en musique et en sonorités rythmées, en vibrations cadencées, ne pouvant être dispensé que par la générosité socialiste, à coups de décibels et de défonce convulsive. Voilà comment on tient les peuples par les oreilles à défaut de les tenir par autre chose… qu’ils n’ont pas !

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Cela ne serait rien si je n’avais capté dans la même journée cette autre information : notre époque connaîtrait une véritable explosion de ce qu’on appelle la presse dite people… Le niveau s’élève, frères bien-aimés : que Dieu soit loué ! Bientôt, les kiosques à journaux qui débordent de cette presse d’égouts ne sauront plus où la loger ; elle annonce un tirage global hebdomadaire d’environ 3 millions d’exemplaires ! Vertigineux ! La presse people, autrement appelée presse à scandale, c’est la commère du quartier, du village, la pipelette de l’immeuble dont la réplique mondaine se loge dans les étages cossus. Niveau papotage de bonne femme se nourrissant du qu’en-dira-t-on, des secrets d’alcôve qui n’en sont plus, des ragots de poubelle, de tous les miasmes délétères exhalés par notre société en pleine décomposition. Autrement dit, niveau intellectuel au ras des pâquerettes, cortex cérébral en déroute, encéphalogramme définitivement et irréversiblement plat, laminé.

Jadis, la commère type était plutôt du genre empesée de mauvaise graisse, comme son cerveau, alourdie d’adiposités suspectes, de vergetures disgracieuses, et portait des kilos de peaux d’orange sur les cuisses ; pour son image, il valait mieux qu’elle ne s’exhibe pas en bikini. Aujourd’hui, la commère est une bimbo bronzée, épilée, ravalée, dégraissée, botoxée, supportant des mensurations garantissant un produit aux normes, quitte à les payer au prix de quelques restructurations esthétiques ; elle se déplace de palace en palace, poitrine dopée aux silicones, crinière léonine, râtelier étincelant ; bref, la poupée Barbignole devant laquelle bavent des centaines de millions ou des milliards d’attardés mentaux, piaffant de connaître dans le détail les croustillantes indiscrétions de sa vie privée quelque peu fabriquée pour l’occasion.

Oublions la presse féminine qui atteint, elle aussi, des records de tirage (et des records de sottise : je préfère me taire…), pour m’arrêter à la presse destinées aux jeunes filles, la mini bimbo, la meuf, la nymphette un tantinet portée à l’hystérie, apprentie commère, dont la cervelle tient dans l’épaisseur de son string : ce n’est même pas un cache-sexe, c’est un cache-cervelle. On les reconnaît au premier rayon de soleil, le nombril à l’air, la dégaine mi-trash, mi-sexy, avec leurs airs innocents d’aguicheuses promises à l’enrichissement des « psy » — si la vie, entre temps, ne leur a pas réservé de plus sombres et amères désillusions. Les plus dévergondées pourront toujours se reconvertir à la télévision ou dans le showbiz, milieux surabondamment peuplés de dépravés. Là, vous rajoutez un à deux millions d’exemplaires. Quelques échantillons en disent long sur le mental des parents qui achètent ou laissent leurs filles acheter ce genre de serviettes hygiéniques sur papier glacé : Star Club, Fan 2, Girls !, Starac Mag, 20 ans, Miss Star Club, Hit Machine Club, Muteen, etc. Presse torchonneuse dont la veine générale peut se résumer ainsi : comment devenir une salope tout en étant riche, célèbre, enviée, passer à la télé et voir sa photo en couverture.

En cette fin du mois de juin, veille des vacances et jour de musique, il ne faut pas laisser les « esprits » s’égarer, vagabonder, aller librement leur cours. Il faut les capter, les captiver, saisir leur attention, les distraire au sens propre du terme ; il ne faut pas leur laisser une minute à eux, des fois qu’ils se mettent à réfléchir et  découvrent l’imposture de l’Empire de Ténèbres. Il faut les amuser, que la teuf soit permanente, que l’extase du bonheur transfigure leurs faces blêmes de digesteurs programmés pour consommer... Les Américains ont leurs trois « S », devise symbolisant le « vide californien », un art de vivre majeur : Sea, Sex, Sun ; les Français ne sont pas en reste avec leur propre triptyque relevant du même état d’esprit, mais à la française, les trois « B » : Bouffe, Baise, Bronze ; juste ce qu’il faut de vulgarité dans laquelle se vautre complaisamment le bourgeois-bohème hédoniste ou le bourgeois rangé libéral-libertaire post-soixante-huitard en phase d’épanouissement épectatique  ; l’homo festivus (Muray) qui se double de l’homo digestibus moderno-progressiste : du pain et des jeux ; le mot d’ordre est toujours d’actualité deux mille ans après, la techno en plus : euphorisation garantie... Tout est en place, la fête peut commencer.

La saison des championnats d’hiver tous sports confondus à peine terminée, dont l’insupportable foute-bol, ils auront droit, sur une période restreinte mais riche en exploits, au tennis avec Roland Garros et Wimbledon, puis les 24 heures du Mans, la Formule 1, le Tour de France assaisonné aux amphétamines et autres pots belges, sans compter les innombrables championnats d’été, l’athlétisme, la natation, le tennis, les criteriums, j’en passe... Pas de repos pour le citoyen en chaise longue, il y a danger de cerveau en liberté : il faut le fixer ; le soleil d’août n’a pas encore caché ses rayons brûlants que déjà le foute-bol reprend ses droits ; il nous impose sans barguigner, dans un grand tapage médiatique, ses milliardaires du ballon rond et ses bruyants supporters qui ont tendance à confondre chauvinisme avec patriotisme.

Après la musique, ils auront réussi à me faire haïr le sport : rassurez-vous, je m’en porte fort bien. Surtout ne jamais les frustrer de plaisir, les laisser dans l’insatisfaction… La firme Michelin a failli l’apprendre à ses dépens. Pour une histoire de problèmes techniques rendant défectueux une série de pneus, le célèbre manufacturier avait demandé aux écuries engagées de se retirer lors d’une compétition du championnat du monde de F1. Il avançait le risque de mettre en danger la vie des pilotes. Comme Michelin équipait les deux tiers du plateau, la course s’est déroulée entre une poignée de concurrents. Il aurait fallu féliciter la firme pour son courage commercial et son honnêteté ; sa décision a déclenché la fureur des aficionados ; ceux d’Indianapolis, on peut comprendre, ils avaient payé ; mais en France, la Télévision n’a pas jugé utile de retransmettre la compétition, et ce fut un tollé général contre le manufacturier clermontois : « Tu nous as frustrés de notre plaisir Bibendum ! Crève, Bibendum ! ».

Je passe sur la Fête du Cinéma… On se demande d’ailleurs pourquoi une fête de la musique et du cinéma, puisque l’un et l’autre impliquent la fête par définition… La musique, le cinéma, c’est déjà la fête en soi. Il ne manque, pour compléter le tableau, que la fête de la fête ; il se trouvera bien un successeur à Djack pour la décréter officiellement.

Le paysage ne serait pas ce qu’il est sans la désormais incontournable gay pride ou ce qu’ils appellent « fierté homosexuelle », défilé des LGBT ou Transpédégouines pour employer leurs déterminants affectionnés, spectacle à peine soutenable de ce que peut-être la dégénérescence de l’humanité portée à son comble, tellement cette manifestation atteint des sommets d’exhibitionnisme vulgaire, déplacé, provocant, déballage impudique d’horreurs débilitantes, au physique comme au moral ; et il y a foule ! Il ne faut pas s’étonner si ce monde dit moderne n’a plus que de la laideur à offrir, et s’il tend de plus en plus à ressembler à une porcherie pour bobos décadents hyper-flousés qui rappellent les mœurs antiques. Trouver de la fierté à être homosexuel, cela revient à mettre sa fierté et sa dignité au niveau de son fondement. Centre d’intérêt logique où se résume l’existence misérable du pédéraste affranchi. Car, on le sait, l’homosexualité est une infirmité psycho-physiologique, que des professionnels de la provocation ont transformé en thème de revendication sociale ; ceux qui en souffrent réellement ne vivent pas leur handicap comme une fierté ; ils ne se reconnaissent pas dans ce carnaval obscène.

C’est aussi la période des rave party, Teknival, Technoparade et autres incontournables monuments festivaliers comme le Hellfest et le Sonisphère avec leur satanisme puéril — puéril mais pas innocent. Quand il s’agit de démolir la jeunesse française, l’Empire des Ténèbres ne fait pas dans le détail ni dans le subtil ; il met le paquet : réquisition de terrains agricoles, destruction obligatoire des cultures, déplacement de 1000 gendarmes pour encadrer la grosse techno vers où convergent toutes les déglingues de France, de Navarre et d’ailleurs pour se shooter de décibels, de drogue, de bibine, jusqu’à l’abrutissement et l’épuisement complets. Un cadavre ponctue de temps en temps ces joyeuses festivités, sans compter la prise en charge par les services médicaux qu’on ne voit pas, sans compter l’usure précoce de ces jeunes attardés (car en plus, ils se croient jeunes et modernes alors qu’ils sont vieux et ringards) que la collectivité prendra en charge à 100 %, qu’ils soient drogués, alcooliques, malades du sida, prématurément atteints de surdité... Sans compter les blacks, les beurs, qui lancent de temps en temps un raid chez les bolos, histoire de cramer quelques bagnoles et d’exploser autant de vitrines pour chauffer l’ambiance. Le spectacle continue… Vivent les vacances, vivent les festivals.

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On ne s’ennuie pas à l’ère des congepés ; tout est prévu pour que les braves gens n’aient pas un une minute à soi, pour qu’ils ne puissent à aucun moment trouver la paix intérieure propice à la concentration, à la méditation, à l’auto-fonctionnement intellectuel (faire fonctionner ses méninges), voire à la prière, mais là, il ne faut pas trop en demander. Avec la période des migrations estivales qui déplace en masse la France d’en bas et d’en haut vers les bronze-culs surpeuplés du littoral, fleurissent, jusque dans la plus petite commune cambroussarde, les festivals d’été où se mêlent le meilleur et le pire. À partir de juin et dès les premières chaleurs, la France est frappée de festivalite aiguë, une sorte de prurit saisonnier probablement dû à la conjonction du soleil avec le désir d’évasion d’un salariat flapi en quête de flemmardise régénérative, et d’horizons élargis au petit rosé frais d’été qu’on siffle à l’ombre d’un parasol en se grattant le bide, avec ce regard hébété du bovin qu’on a sorti de l’étable pour admirer les trains qui passent ; et le bovin, épaté, n’en revient pas de voir les trains qui passent.  

Durant des siècles, les paysans ont cultivé la terre ; en moins d’une génération, leurs gosses ont tout balancé aux ordures ; ils en sont arrivés à ne plus rien cultiver du tout, sinon les généreuses subventions de l’État et des collectivités ; ils se sont reconvertis dans l’hôtellerie à la campagne (chambres d’hôtes, gîtes ruraux), le tourisme, les activités ludiques, l’animation festivalière… C’est désormais le règne sans partage de l’homo festivus et de l’homo digestibus (bis) ; et question festivals, merci, on est servi : trente-six mille communes, trente-six mille festivals… Du festival des nains de jardin aux rencontres internationales du boudin et de la châtaigne, du très huppé festival d’Aix en Provence aux Chorégies d’Orange, l’ancêtre des festivals, sans oublier Avignon dont je n’ai jamais très bien compris dans quel sens il va, ni s’il a un sens ou un contre-sens, et quel sens il conviendrait de donner au contre-sens ; en tous cas et en dépit du bon sens, cela permet à nombre d’esthètes institutionnels, dotés comme des femmes entretenues par le gentil contribuable français, de se pavaner agréablement dans le Sud de la France de festival en festival, non loin du Lubéron, en attendant de passer l’hiver à occuper leur existence de dilettante à Paris, toujours aux frais de la Princesse ; et cela suffit à vous remplir une vie d’oisif patenté. Occuper l’esprit ! Quelqu’un a dit que la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié ; je me permettrai de rectifier : c’est ce qui reste quand on n’a rien appris.

Puis, à la rentrée, la télé, reprend son cours normal, ses droits si je puis dire, c’est-à-dire son activité incessante de broyage des cerveaux, de destruction psychologique des êtres : célébration de la décérébration ; elle va mâcher, triturer, mouliner les zestes de conscience que les vacances n’avaient pas encore dissous dans la torpeur de l’été, pour achever le cycle et remettre sur les rails les esprits embrumés non encore normalisés qui auraient pu s’affranchir de son pouvoir de sidération, s’égayer, respirer à l’air libre. Cette période de relâchement estival fait peur aux manipulateurs de l’Empire : les gens sont livrés à eux-mêmes ; ils pourraient se mettre à réfléchir, ouvrir leur conscience, exercer leur capacité de réflexion et envoyer tout promener. Avec la télé-réalité ou l’équivalent, pas de danger ; son ou ses héros du jour, ramène l’esprit à son étiage le plus bas ; il suffit de mettre en scène un inconnu tiré de la masse, qui vient piteusement exposer, devant un public de voyeurs mus par leurs pulsions morbides, le vide métaphysique de sa pauvre existence de paria du quotidien, ou les plaies de son âme infectée de toutes les purulences de la société ; il fera exploser l’audimat. Et l’audimat, instrument de la tyrannie du nombre, donc du fric, du flouse, des pépètes, décide de la fuite en avant dans l’immonde, une fuite qui ressemble à s’y méprendre à une descente aux enfers.

Vous allez me trouver bien vindicatif, caricatural, désagréable, pessimiste, itou… Vous allez dire que je manque singulièrement de charité chrétienne à l’égard des commères, des jeunes, etc., et vous aurez raison. C’est vrai, je le reconnais humblement, je fais du mauvais esprit : un manque patent d’humilité ; mais je ne peux m’empêcher. Rien de mieux pour se décalaminer les neurones face à l’étourdissante agression d’abrutissement programmé et systématique que subit, comme une insulte permanente à sa dignité, l’être humain assailli par la modernité soixante-huitarde. On se défend comme on peut, avec les moyens dont on dispose. Après tout, les commères, qu’elles soient de luxe ou le tout-venant, peuvent se révéler aussi de bonnes mères, de bonnes épouses, parfois meilleures que bien des intellectuelles qui connaissent tout, savent tout, sauf l’essentiel : qu’il ne suffit pas de se croire l’égale de l’homme pour être une femme, encore faut-il assumer son destin ; et puis elles ne sont pas responsables, même électrices, d’une société qu’elles n’ont pas choisie et qu’on leur impose malgré elles, parce qu’elle ne savent pas. Tout le drame est là. Car le but, sous prétexte de liberté d’expression, est bien d’imposer un style de société, non pas en essayant d’élever le niveau intellectuel — je ne me place pas sur un plan culturel : être intellectuel, cela ne signifie rien, surtout pas être intelligent — mais tirer la société vers le haut, vers l’expression de valeurs moralement gratifiantes qui transcendent la nature et apportent une meilleure compréhension de la réalité humaine. Au lieu de cela, on vise au-dessous de la ceinture, on exploite les bas instincts, on tente, non sans quelque succès, de transformer les humains en larves estampillées républicaines, tout juste bonnes à se gaver de produits de consommation et à produire de la valeur ajoutée pour consommer encore et encore…

Pour être complet dans l’examen rapide et quelque peu caustique de ce processus de dégénérescence, il ne suffit pas de maintenir les humains dans une situation alternative endémique de production – consommation pour aliéner les populations ; il ne suffit pas de s’attaquer à leur esprit pour les transformer en zombies mongoloïdes ; il faut encore accélérer et compléter le processus d’avachissement en s’attaquant à leur équilibre physiologique, en dégradant leur être physique par l’action conjointe des nourritures dénaturées et des médicaments iatrogènes, mais aussi par l’action corrodante de la pollution et le stress d’un univers productiviste sans limitations ; il convient de les soumettre à l’esclavagisme du produit. Il existe des tas de gens qui passent leur vie à créer des besoins nouveaux totalement inutiles pour piéger leurs contemporains et les plier à la dictature de la nouveauté. Il s’agit de les faire entrer dans un univers artificiel préludant le triomphe de l’Empire par l’instauration d’un Nouvel Ordre Mondial où ils ne disposeront même plus de leur corps ni de leur santé — ne parlons pas de l’âme —, pas plus qu’ils ne disposent de leur esprit ; un univers composé d’êtres indifférenciés, déshumanisés, sans racines, sans identité, où ils seront définitivement à la merci des grosses mafias anonymes qui dirigent le monde, et sous leur contrôle absolu. C’est un autre aspect du problème que je n’ai ni le temps, ni les moyens de développer. Il n’en reste pas moins, là aussi, que tout est en place pour transformer les peuples, d’un bout à l’autre de la planète Terre, en une masse d’humanoïdes abâtardis, une collection larvaire d’individus dégénérés résumée à la seule satisfaction de leurs instincts primaires. Il suffit d’écouter les radios et les télévisions pour se convaincre de l’extraordinaire travail de sape et de défonçage cérébral qui vise à détruire l’être humain, l’avilir, l’humilier, le soumettre, en attaquant son esprit, son corps, son identité, afin de le dépersonnaliser totalement et de mieux agir psychologiquement sur lui. Tout cela, évidemment, au nom sacré de la sainte et fétichiste Liberté, mot magique dont pas un péquin doté du pouvoir de voter n’a compris le sens véritable, ni ce que le mot signifie réellement. Tel est l’objectif du Prince des Ténèbres : il n’est pas loin de triompher. (2005)

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