Aux donneurs de leçons de la presse

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« Quelle folie que de porter un toast à la presse indépendante !

Chacun, ici présent ce soir, sait que la presse indépendante n’existe pas. (…) La fonction d’un journaliste est de détruire la vérité, de mentir radicalement, de pervertir, d’avilir, de ramper aux pieds de Mammon et de se vendre lui-même, de vendre son pays et sa race, pour son pain quotidien ou, ce qui revient au même : son salaire. Nous sommes les outils et les vassaux d’hommes riches qui commandent derrière la scène. Nous sommes leurs marionnettes ; ils tirent sur les ficelles et nous dansons. Nous sommes des prostitués intellectuels. »

John Swinton, ex-rédacteur en chef du New York Times, lors d’un banquet donné en son honneur à l’occasion de son départ à la retraite. En quelques phrases brillantes, une vérité à graver dans le marbre. Certes, il est désormais à l’abri du risque, mais le retraité a l’honnêteté de dire ce qu’il pense des conditions dans lesquelles il a dû pratiquer son métier ; il libère sa parole et exprime ce qu’il a sur le cœur, ce qu’il a manifestement retenu durant ces années passées sous le joug du Veau d’Or pour gagner son pain quotidien.

« Un journal est la nation qui parle au lecteur » : c’est ce qui devrait être ; c’est ce qui n’est point… Sauf pour la presse de conviction concernée.

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Ce n’est pas d’aujourd’hui que la presse vit de l’argent des banquiers, financiers ou riches mécènes qui s’offrent un journal comme on s’offre une danseuse ou on entretient une maîtresse. On peut même dire que c’est depuis son origine. La presse libre n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais ; la presse indépendante non plus. Dès que la presse est apparue avec la naissance de l’imprimerie, la monarchie l’a confisquée ; dès que les ondes hertziennes ont existé, la République les a confisquées. Quand un journal est dit « libre », il est généralement lié à la personnalité de son créateur et ne tient que par la fidélité d’un lectorat tout entier à sa cause. Le cas de figure est rare, et ne dure que la brève existence de son fondateur. Même repris, il ne sera plus jamais ce qu’il était avant, chaque successeur le marquant de son empreinte personnelle ; cette empreinte pouvant d’ailleurs être transmise elle aussi. Quant aux journalistes libres, je n’en ai pas connaissance. Le journaliste est un employé de service ; il assure le service pour lequel il est salarié. Ou il change de métier. Son indépendance dépend de celui qui lui donne à manger ; elle s’arrête quand la main qui le nourrit se fait menaçante. Dès lors qu’il est collaboratif, il n’est plus un journaliste, il est un agent de propagande du système, le plus souvent un commissaire politique. Après tout, qu’il soit l’un ou l’autre, là n’est pas le problème ; ce qui n’est pas acceptable, ce qui est scandaleux, c’est que ces gens, inféodés au système républicain et soumis à la dictature du Veau d’Or, se permettent d’entretenir abusivement l’idée qu’ils sont les ardents défenseurs de la démocratie, alors qu’ils ne sont en réalité que des exécutants purs produits des oligarchies politico-bancaires et industrielles apatrides.

Dans les années suivant la Seconde guerre mondiale, la presse écrite qui avait parue sous l’occupation allemande fut reprise en mains ou recréée, voire, pour certains journaux, carrément volée aux vaincus (avec le matériel et les locaux) par les « vainqueurs », comprenons les vieux chevaux de retour de la Troisième, libéraux et socialo-communistes, avec la vengeance au cœur et l’esprit de revanche comme seules déterminations politiques ; soit les journaux changeaient de titre, soit celui-ci était adornée du mot « libéré » pour faire oublier le régime de Vichy ; mais cette nouvelle presse n’avait de libéré que le nom ; elle a toujours été un vecteur idéologique enchaîné plutôt à gauche qu’à droite, mais toujours dans les limites du cadre républicain, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle. De même il a existé un temps, dans les années post soixante-huitardes, une presse marginale dite underground qui se distinguait davantage par son côté provocateur et bravache que par ses idées ; elle aussi voulait libérer la parole ; une presse d’amateurs, tellement inepte, farfelue, absconse, qu’elle est morte de sa vacuité, ne subsistant que le temps de résurgences sporadiques pour témoigner de la bassesse intellectuelle et morale de notre société ; quand liberté d’expression rime avec le grand n’importe quoi, cela ne peut pas aller évidemment bien loin ; seul Charlie-Hebdo, feuille stipendiée par tous les gouvernements républicains, subsiste encore de cette époque pour assumer le rôle d’alibi de la liberté d’expression qui lui a été assigné. Comme il m’arrive de le rappeler : un journaliste libre, c’est un journaliste qui est sans travail.

Pour être tout à fait clair, il n’est question ici que de la grande presse d’information généraliste écrite, quotidiens et presse hebdomadaire. D’une façon générale, la grande presse est aliénée à l’argent et à la publicité. La presse dite d’opinion ou de conviction appartient à un autre monde. D’autre part, je ne fais pas intervenir l’aspect professionnel proprement dit : les bons journalistes sont partout ; les mauvais aussi ; les journalistes indépendants nulle part. Internet a changé la donne, mais son intrusion ne change rien dans le fond, si ce n’est que l’espace de respiration rédactionnelle s’en est trouvé singulièrement élargi ; il n’en reste pas moins que l’argent règne aussi sur Internet. En théorie, il semble possible de revenir à une certaine indépendance économique, seule garantie d’une indépendance d’esprit corrélative. Cela impliquerait des bouleversements tels qu’ils ne sont pas même envisageables. À commencer par interdire la publicité commerciale (au moins dans les quotidiens) et vendre les journaux à leur prix réel. Autant disserter sur la vie sentimentale des petits hommes verts ; et de toute façon, ceux qui dirigent le monde ne sont pas près de supprimer le collier qui tient les journalistes à l’attache. C’est un autre débat.

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Il semble qu’à un certain moment, quand il est parvenu au sommet de la réussite, un homme d’affaires ou un grand magnat — c’est plus fort que lui — éprouve le besoin d’auréoler sa brillante accession au club restreint des Capitaines d’industrie en adornant le but ultime de son parcours d’un titre de journal, si possible connu et influent (aujourd’hui, il s’agit de groupes de presse). Une danseuse digne de ce nom pour couronner une carrière prestigieuse. La consécration et la reconnaissance d’un pouvoir absolu : celui de l’argent et de l’information. Car posséder un organe de presse ne répond pas à proprement parler au besoin de réaliser une opportunité commerciale, mais d’abord de se doter d’un puissant moyen d’influencer l’opinion d’une portée stratégique de premier ordre. Dans ce cas, il s’agit plutôt d’un mécénat militant. Comme nous allons le voir, le mécénat ne se limite pas à la seule presse ; il se déploie beaucoup dans l’art et l’humanitaire. Dans le cas qui nous préoccupe, j’ai pris prétexte de l’énième sauvetage du quotidien Libération (le journal dont le nom est un mensonge) pour développer cette réflexion autour de la presse. Réduit aux abois, l’ex-quotidien autogestionnaire de l’extrême gauche soixante-huitarde, devenu par la suite, après maintes recapitalisations successives, le quotidien de la gauche-caviar, devait être repris par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, lui aussi, titillé par la « communication ». Très vite, il sera supplanté par un membre de la famille Rothschild, sans doute porteur d’un projet plus prometteur…

Celui-ci finira par l’emporter ; mais il aura l’occasion de s’en mordre les doigts après avoir tenté de sauver un quotidien ingérable, avec des gens tout aussi ingérables, dont les exigences sont proportionnelles à la haute idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Les Rothschild sont d’abord et avant tout des financiers, une dynastie de spéculateurs professionnels aguerris, non des industriels. De par la position cruciale qu’ils occupent au firmament de la finance, ils auraient plutôt tendance à arroser les deux bords de l’échiquier politique selon les circonstances du moment, qu’à s’engager d’un côté ou de l’autre. En politique, on n’est jamais trop prudent, surtout quand on est la plus grosse fortune de France, voire d’Europe. À cette hauteur, l’antagonisme de convenance gauche-droite n’est même plus perceptible à l’œil nu. Si la famille Rothschild, le clan, a pu s’épanouir sans risques dans les arcanes de la finance durant des générations à travers l’Europe, quels que soient les régimes politiques en place, il n’y a pas de mystère. Ce qui surprend plutôt, c’est que, rompant avec une tradition familiale bien ancrée, l’un des leurs s’investisse ostensiblement dans le milieu très particulier de la presse politique, ou pas un financier sérieux n’oserait risquer un kopeck. À moins que ce ne soit par pure adhésion idéologique à la ligne du journal ; mais là, on aimerait comprendre… ou alors, on n’ose pas comprendre ce qu’il y aurait à comprendre.

Je ne suis pas naïf au point d’ignorer que le libéralisme ou l’ultra-libéralisme le plus outrancier, s’accommodent fort bien du gauchisme le plus extravagant. Autant par snobisme que par connivence intellectuelle, au moins à minima. Mais aussi par stratégie : en soutenant financièrement le gauchisme (gauchisme germanopratin boboïsant, en l’occurrence), les grossiums contrôlent la subversion et s’en servent électoralement pour effrayer les électeurs en agitant le chiffon rouge ; on l’utilise aussi pour faire barrage à l’extrême droite, l’ennemie héréditaire de la fortune « anonyme et vagabonde », aujourd’hui désignée Nouvel Ordre Mondial. Était-ce aussi la stratégie envisagée par Édouard de Rothschild en prenant le contrôle du quotidien Libération ? Un haut financier de son envergure ne pouvait ignorer qu’il apportait son argent à la subversion ; on n’investit pas des capitaux dans un organe de presse aussi sulfureux et à la rentabilité douteuse, sans avoir des idées derrière la tête, au-delà de toute adhésion personnelle à l’esprit foncier du journal ; il savait qu’il cautionnait des idées politiques perverses susceptibles de porter un tort terrible à notre pays, à notre peuple, à la société, à l’humanité en général.

Son alter ego, Serge Dassault, ne s’est pas laissé prendre au piège, lui. Logique avec lui-même, il a annoncé la couleur. Quelque temps avant que l’affaire Libération ne soit d’actualité, il s’est offert, folie douce, avec son argent de poche et à plus de quatre-vingts ans, une superbe danseuse bien en chair, avec tout ce qu’il faut, là où il faut : l’ex-empire de Robert Hersant, c’est-à-dire Le Figaro et la Socpresse. Soit le plus puissant groupe de presse français et le plus juteux au plan financier. Un empire qu’il a aussitôt démantelé pour ne retenir que le navire amiral du groupe, Le Figaro, et quelques danseuses de complaisance. Si l’on peut être assuré qu’avec lui le journal n’ira pas au-delà d’une droite convenablement embourgeoisée, on peut être certain qu’il ne se laissera jamais contaminer par les trotskistes, comme son concurrent de gauche, Le Monde, repris lui aussi en catastrophe et dans les mêmes conditions que Libération par un autre milliardaire, Arnaud Lagardère, puis de nouveau cédé à un trio d’affairistes de gauche : MM. Bergé, Perdriel, Niel. Est-ce cette reprise spectaculaire, enlevée sans coup férir par un Serge Dassault plus que jamais sûr de lui et dominateur, qui a fait naître des désirs concupiscents chez les dirigeants de Libération et leur patron emblématique Serge July, pris à la gorge par un besoin urgent en fonds propres ? 20 millions d’euros pour ces messieurs de Libération… Passez la monnaie !

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Je me souviens de l’époque où le quotidien branchouille de la gauche prolétarienne qui faisait, derrière ses rodomontades provocatrices, de la lutte des classes contre le capitalisme et le mur de l’argent le fer de lance de son combat, se laissa contaminer par la publicité, symbole le plus voyant de la soumission de la presse à l’argent et au grand capital. Pour nos révolutionnaires anticapitalistes, l’idée de passer la moindre pub dans les colonnes du journal les horrifiait ; c’est comme si le journal avait vendu son âme au diable, renié ses idéaux, trahi la cause, et s’était prostitué au plus offrant. Ce qui, dans l’absolu, n’était pas faux. Quand le moment tant redouté de goûter au fruit défendu arriva, après maintes contorsions de vierges effarouchées, nos gauchistes commencèrent d’abord par tâter de la publicité du bout des doigts, avec force ménagements pour préparer les lecteurs à la trahison, avant de céder aux délices du péché et de se vautrer dans le luxe et le lucre. Quand les boyaux gargouillent et que la faim creuse l’estomac, les grands principes s’effilochent au gré des illusions qui s’envolent ; et quand il s’agit d’un geste aussi simple qu’une signature pour remplir les caisses vides avec l’argent honni des capitalistes qui s’offrent ingénument à vous, le petit zeste de conscience derrière lequel on barde ses principes n’y résiste pas ; et les plus belles idées utopiques volent en éclats au contact de la réalité, sous les ricanements enflammés d’un Satan tout heureux de son coup fumeux et fumant. C’est ainsi que Libération, l’ex-quotidien d’extrême-gauche, symbole historique de la chienlit post soixante-huitarde, passera du statut de quotidien révolutionnaire à celui de quotidien anarcho-bancaire, et deviendra paradoxalement le quotidien français le plus aliéné aux puissances de l’argent après avoir été celui qui se prétendait être leur pire ennemi. Libération, oui, mais de quoi ?

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Décidément, la révolution n’est plus ce qu’elle était. Petit retour en arrière. Qui ne se souvient de Papy-July quand il faisait de la contestation dans les facs, en Mai-68 ? Quand il appelait au soulèvement armé pour fusiller les capitalistes ou les pendre avec leurs tripes (mot d’ordre bolchevique) ? Si ma mémoire ne me trahit pas, je crois qu’il s’habillait à la Che Guevara, le béret et la « gueule » du célèbre séducteur guérillero en moins (la fameuse photo de Korda n’avait pas encore dévasté les horizons visuels de la Planète). Lui et ses copains ont flanqué un tel barouf dans les rues de la capitale que les bourgeois de Paris en ont eu la pétoche de leur vie !… Ce n’était pourtant que gamineries de jeunes bourgeois snobinards, effrontés et mal embouchés, gauchistes par pur esprit de contestation. Certes, Papy-July, aujourd’hui viré de son journal à grand fracas après plus de trente ans de bons et loyaux services rendus à la subversion salonnarde, révolutionnaire tendance mao Spontex ou trotsko Rolex, a fait sa révolution sur le pavé parisien entre le boulevard Saint-Germain et le boulevard Saint-Michel. Il n’a pas été jusqu’à gagner ses galons de desperado dans l’enfer vert de la Haute-Amazonie. Ni sur les rives gelées de la Baltique, du côté de Cronstadt. Cela lui a permis de sauter encore plus vite dans un costume trois pièces, veston croisé et pochette délicatement parfumée, pour se métamorphoser en patron de presse très en vue et fort cossu, soutenu par les banques capitalistes, elles-mêmes garanties par le régime socialo-mitterrandien. Tant pis pour les anars, tant pis pour la gauche prolétarienne, les trotskistes, les autonomes et les autres. La révolution mène à tout à condition d’en sortir, et d’y laisser croupir les copains qui s’entêtent stupidement à y croire.

Autre petite incise croquignolette. Les deux plus puissants groupes de presse et d’édition français sont tenus par deux fabricants d’armes de haute technologie, qui ont fait fortune avec l’argent du contribuable : MM. Lagardère pour les missiles, et Dassault pour les avions de combat. Sous ma plume, ce n’est pas un reproche, c’est un constat. Mais de gauche devrait s’élever une protestation unanime d’effroi et de révolte venant des antimilitaristes, pacifistes, non-violents, humanistes, antinationalistes, apatrides, citoyens du monde, etc. On aimerait entendre les courageux journalistes de gauche leur intenter un procès permanent comme ils l’ont fait jadis à Robert Hersant, cloué au pilori pour son passé politiquement incorrect, mais aussi accusé de monopole, donc de menacer la pluralité de la presse, accusations grotesques au regard de ce que sont devenus les médias aujourd’hui. Pourtant Hersant était, lui, un authentique homme de presse. Où la névrose de gauche ne va-t-elle pas se fourrer ! Durant les années qui suivirent Mai-68, il ne manqua pas d’intellectuels — fonctionnaires pour la plupart, donc pas les mieux placés pour parler de liberté — pour dénoncer la presse bourgeoise et réclamer la liberté d’expression pour le peuple. La presse, ce devait être l’éducation du peuple : il faut entendre le bourrage de crâne à la mode bolchevique. Que cette liberté d’expression dépende aujourd’hui de marchands de canons, comme on disait jadis, de fabricants de machines ultra sophistiquées à distribuer la mort, et que personne ne pipe mot à gauche, est un sacré pied de nez du destin.

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J’en viens à mon propos. Serait-ce inconvenant de dire que j’accepte de plus en plus mal les ukases politiquement corrects de ces insupportables donneurs de leçons que sont les journalistes et intellectuels de gauche ? De ces pourrisseurs de la société qui bafouent les idées patriotiques auxquelles je suis le plus attaché parce que Français, et pour lesquelles je me bats à mains nues depuis des lustres ? Les journalistes, selon divers sondages, votent à 90% pour la gauche, fourchette basse. Que font-ils tous ces gens qui ne pensent qu’à construire un monde meilleur, plus égalitaire, plus juste, plus humain, plus fraternel ?… Cachés derrière les grossiums qui les protègent, ils passent leur temps à insulter leurs propres congénères à longueur de colonnes, à décrier les Français patriotes au profit des étrangers et des immigrés, à les dévaloriser sans qu’ils aient la possibilité de répondre la plupart du temps, soit qu’ils n’en aient pas les moyens, soit qu’on le leur interdise ; je sais bien qu’à gauche on n’a pas de patrie (à « droite » non plus, selon un récent sondage), mais tout de même ! Ils vilipendent des Français authentiques, les Français de souche, comme s’ils étaient une menace pour la société, alors que les vraies causes du mal dont souffre notre société, ce sont eux, journalistes de gauche, journalistes républicains, qui les colportent dans leurs journaux. Le plus dur à supporter de le part de ces gens qui ont renoncé à leurs propres idéaux politiques, et pour lesquels, il n’y a pas encore si longtemps, ils auraient tué pères et mères, quand ils ne les ont pas trahis, c’est qu’ils continuent à prendre des poses arrogantes de justiciers à la petite semaine, de procureurs stipendiés pour juger et stigmatiser ceux qui ne partagent pas leurs idées politiquement correctes, ou ne sont pas dans le ton du prêt à penser dominant. Cela en dépit du fait que leurs idées politiques sont sans cesse battues en brèche et démenties par les faits, et que, partout où ils ont sévi, socialisme et communisme ont lamentablement, que dis-je, tragiquement échoué. Leurs idées ne font plus florès, leurs mensonges idéologiques ne passent plus, l’Histoire les a disqualifiés ; pour conserver le fort pouvoir d’intoxication et de brouillage des idées qu’ils ont acquis dans la propagande médiatique, ils sont prêts, toute honte bue, à se prosterner devant ceux qu’ils vilipendaient hier comme leurs ennemis de classe ; prêts à se renier sur toute la ligne pour obtenir d’eux le viatique indispensable qui permettra, tout en leur assurant un confortable train de vie, de retomber sur leurs pieds, et de continuer leur travail foncier de destruction de notre société. Ils pourront continuer à répandre les idées pernicieuses qui font tant de mal à nos compatriotes.

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Ils y viennent tous à la gamelle, les esprits forts qui veulent, à gauche, changer l’homme et le monde. Le « régénérer » comme disaient leurs ancêtres jacobins, sous la Révolution. Ils veulent en croquer du « gros pognon » pour parler comme eux. Ils sont tous à vendre, peu ou prou. Ce n’est pas la dignité qui les étouffe, ni l’amour propre. Leur âme, s’ils en ont une, est à brader sur la place publique, comme le reste. Ils peuvent plastronner et faire les fiers à bras : à coups de millions d’euros engloutis chaque année en pure perte dans leurs feuilles de démagogues stipendiés qui se prostituent au premier capitaliste venu, c’est facile de se poser en donneurs de leçons, de jouer les redresseurs de torts et les justiciers impavides. Surtout quand ils prétendent donner des leçons à des gens qui n’en ont pas à recevoir d’eux.

Libération, mais aussi Le Monde, le quotidien anarcho-trotsko-mondain de référence, ex-modèle d’autogestion qui ne devait sa liberté qu’à lui-même et que le monde entier nous enviait ; géré comme un souk par des autogestionnaires incompétents (pléonasme), il en a été réduit, lui aussi, à se renier comme les autres, à faire la putain, et à se vendre au premier micheton venu ; L’Humanité, le journal du goulag, littéralement porté à bout de bras par les patrons, les financiers, l’État et de nombreux annonceurs institutionnels, le quotidien communiste qui rêve de transformer les humains en une masse compacte de parias dociles, soumis à l’abrutissement idéologique permanent : merci La Poste, la Caisse des Dépôts, la Caisse d’Épargne, EDF, etc. ; Le Nouvel Obs qui n’en revient toujours pas d’avoir été le porte-voix des agitateurs de Mai-68 et des gourous de l’Université en « révolte », gourous pour la plupart professeurs marxistes grassement entretenus par l’État ; Marianne et son grand Khan, le gauchiste d’extrême centre, toujours en veine de démonstrations fuligineuses quand tout le monde a compris ce qu’il n’a pas encore capté… S’agissant du Monde, l’heureux élu trouvera dans la corbeille les Publications de la Vie Catholique (PVC), journal des cathos de gauche qui n’ont plus de « catholique » que le nom… Pire, ils l’ont barré du titre du journal pour s’appeler La Vie… tout court ! Après tout, n’est-ce pas un ancien éditorialiste du Monde qui est directeur du quotidien La Croix ? Les Assomptionnistes (fondateurs du quotidien) doivent se retourner dans leur tombe ! D’autant que leur journal a failli perdre son titre originel pour s’appeler L’Événement ! Il est vrai que le temps n’est pas loin où l’Église catholique, elle-même, n’aura plus de « catholique » que le nom, et apposera à l’entrée des Églises : « Ici, Dieu servi à la carte : Jésus, Moïse, Mahomet, Bouddha, Vishnou, au choix du client… ». Tu choisis le service comme au bordel. Et je ne parle pas du Point ou de L’Express (les news magazines), imitations de l’intellectualisme yankee à la française qui ne valent pas plus cher. Aucun de ces journaux ne vit de ses propres ressources et ne développe ses idées en accord avec ses principes idéologiques ; en plus d’être honteusement subventionnés, ils absorbent la plus grande partie de la publicité qu’on refuse à la presse non alignée. Sans subventions, sans pub, ils pointeraient tous à l’ANPE (aujourd’hui Pôle Emploi). Les Français patriotes n’ont pas droit, eux, à la publicité dans leurs journaux et au soutien de la République ; ils ne sont pas des consommateurs corrects ; ils ne sont que des payeurs correctement tolérés, et encore à condition qu’ils banquent sans rechigner !

La véritable indépendance d’esprit ne s’achète pas. Elle n’a pas de prix, elle n’est pas négociable. Cette indépendance, c’est ma liberté, ma responsabilité d’homme libre ; celle que j’arrache avec les dents et les ongles à la vie, chaque jour que Dieu fait. C’est à elle et aux circonstances que je dois de dire ce que je pense aujourd’hui de cette prétendue presse d’information, de désinformation voire d’intoxication. Une presse bancaire soudoyée à gros bouillons, nettement située gauche dans l’ensemble, et qui n’aura jamais été qu’une entreprise de propagande destinée à corrompre les cerveaux, à dévoyer les esprits sous prétexte de liberté et d’égalité. La liberté bafouée et pervertie. Les journalistes se revendiquant de gauche, sous des dehors d’intellos libertaires affranchis de toutes contingences spirituelles et morales, ne sont que des esprits forts qui prennent leurs fantasmes pour des réalités et l’utopie pour des lendemains qui (dé)chantent ; ils se proclament grands défenseurs de la liberté et de la démocratie, mais n’hésitent pas à les contester à quiconque ne partagent pas leurs idées. Nous connaissons les précédents. Robespierre a fait des petits, et surtout beaucoup d’émules. Ils se prennent pour des maîtres à penser, ils ne sont que des larbins d’officines tout juste bons à se réfugier dans les jupes de l’Alma mater dès que le vent tourne, ou à cirer promptement les pompes du premier grossium de la finance venu, leur ennemi de classe, quand l’urgence de vivre se fait cruellement sentir. Ils sont contre le mur de l’argent, mais n’hésitent pas à s’appuyer sur le mur et à le soutenir dès que le vent tourne et qu’ils sont aux abois. Ils sont pour la liberté, mais libres et livrés à eux-mêmes, ils sont incapables de survivre en affranchis, et ne sont plus que de tristes pantins désarticulés à qui on a coupé les fils.

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Qu’on le veuille ou non, là encore, dès qu’un homme d’affaires ou un financier s’implique dans la Culture, il ne peut être tout à fait neutre ; le fruit de son investissement a une influence indéniable sur le comportement des citoyens. J’ai souvent constaté que beaucoup d’hommes d’affaires, sous prétexte de culture, finançaient des œuvres subversives dont ils ne percevaient peut-être pas, à sa juste mesure, le degré destructif ni les répercussions lointaines sur le psychisme profond de nos compatriotes les plus simples. Cela va bien au-delà du seul problème de la presse. Quand le milliardaire breton, François Pinault, ex-marchand de bois, va dégotter ses danseuses dans le monde de l’art dit « contemporain », mesure-t-il à sa juste valeur le pouvoir moralement érosif sur les esprits de ce prétendu mode artistique ? Ne cède-t-il pas à un désir d’innovation pour la seule satisfaction de paraître moderne ? Picasso n’a jamais caché qu’il méprisait les gens qui trouvaient du génie à sa peinture, là où lui n’en voyait point. Il a commencé à gagner de l’argent quand il s’est mis au cubisme. La recette a tellement bien marché qu’il est mort riche, adulé et communiste !... Au moment où j’écris ces lignes, un grand théâtre parisien, subventionné par l’État et la Ville de Paris, donne des représentations de The crying body (Le cri du corps ?). C’est de l’argent public, mais dans le domaine de la culture, c’est du pareil au même si ce n’est pire. Le clou du spectacle montre des jeunes femmes, jupes relevées, urinant sur scène devant les spectateurs extasiés. Lesquels spectateurs, au comble de la joie, se font copieusement insulter au passage. Survient un hurluberlu dénudé qui danse dans la pisse en chantant Singing in the rain, un parapluie à la main à défaut d’autre chose, puis se soulage à son tour dans un récipient et boit son urine avec délectation. Dans la gradation, et pour relancer l’intérêt du spectacle, on peut imaginer par la suite qu’il se rassasie de ses excréments après s’être souillé de cette « pâte à tartiner ». Au point où on en est… La défécation comme expression artistique est un label de créativité dans ce milieu de dégénérés. Provoquer le scandale par la sublimation de l’obscène, c’est aussi attirer l’attention sur soi et paraître original quand on a rien d’autre à exprimer que sa propre vacuité. C’est cela, l’art contemporain.

Ses adeptes ont parfaitement compris le système ; ils ont appris à l’exploiter à fond. L’art contemporain (que ce soit dans l’art scriptural, le théâtre, le cinéma, la sculpture, l’architecture) a pour but de provoquer le bourgeois richissime qu’ils savent gentil et gobe-mouches à en être bradasse comme on dit du côté de chez moi, de le mettre mal à l’aise dans un univers décalé qui le dépasse, le fascine, le bluff, le vampe, le dérange… Le bourgeois moderne, bobo naïf et gogo satisfait, mais aussi les élus de la République, lisent Libération ou Le Monde et se piquent d’art contemporain comme M. Jourdain se piquait de poésie au temps de Louis XIV. Ils n’y comprennent rien, mais par crainte d’être largué et de ne pas être dans le ton, ils banquent. Quand on a de l’argent, dont l’argent du contribuable, paraître décadent, oser la marge, vibrer aux créations d’avant-garde les plus sulfureuses, c’est tendance. Et ça marche. Flatteurs et charlatans se bousculent pour moissonner les tunes. Il était un temps où les mécènes finançaient les meilleurs artistes parce qu’ils avaient une conception de la vie qui élève l’âme, ennoblit le cœur, sublime l’esprit : l’Église donnait le ton. Les œuvres qu’ils ont laissées derrière eux dégagent une tout autre puissance d’évocation que les productions excrémentielles du décadentisme contemporain. Autre temps, autres mœurs. (2006)

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