Trump

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L’élection à la Présidence des États-Unis du milliardaire de l’immobilier, Donald Trump, a provoqué un puissant courant d’air frais sur le pays, balayant sur son passage l’haleine fétide de la vieille classe politique américaine, dévaluée et corrompue jusquaux moelles. Il faut reconnaître à l’homme d’affaires, nouveau en politique selon ses propres paroles (en tant que politicien, certes, mais pour le reste, on n’est pas obligé de le croire), un tonus et un abattage hors du commun, avec parfois des accents assumés de bateleur de foire, mais aussi avec une capacité à développer des idées simples et concrètes nourries d’arguments plaqués sur la réalité que ressent et vit le peuple américain au quotidien ; il ne s’embarrasse pas de circonlocutions ni de prévenances excessives à l’égard de la bienpensance ; il l’a dit lui-même : « Je n’ai pas de temps à perdre avec le politiquement correct » ; il va direct au but et tape fort là où ça fait mal, et ça fait mal ! Il a réveillée de sa torpeur résignée cette fameuse majorité silencieuse, l’entraînant avec lui dans l’enthousiasme d’une Amérique qui se retrouve. Il est allé au-devant de ce peuple blanc humilié et méprisé par les élites de l’establishment américain, il l’a entendu ; dans les pires moments de sa campagne électorale où il était bassement calomnié, il lui a dit : « Je ne vous abandonnerai pas ! » Il n’a pas cédé, il ne l’a pas abandonné, et ce peuple a répondu en faisant un triomphe électoral à l’homme qui s’était présenté au début de sa campagne avec pour toute perspective 1% de votes favorables !

Les premiers enthousiasmes vus côté américain passés, il importe de garder la tête froide. Ne parlant pas l’anglais, j’ai quelque mal à intégrer l’ensemble de sa politique, m’en tenant à sa volonté affirmée de rétablir et maintenir la paix dans le monde ; en tant qu’Européens et Français, nous attendons de sa part, dans un esprit d’estime réciproque et de coopération intelligente, qu’il entame le processus de « dévassalisation » de l’Europe face à son tuteur étasunien. Cependant, sur ce sujet, un signal m’a alerté qui doit nous mettre sur nos gardes, nous Français et Européens. Il s’agit de son alignement inconditionnel sur Israël, au point d’en faire une affaire personnelle.

Le mieux est de lui laisser la parole, telle que traduite sur une compilation vidéo : il est on ne peut plus clair. Durant sa campagne électorale, il fait le passage obligé devant l’AIPAC, donné pour être le plus puissant lobby des États-Unis après le lobby des retraités…     

« Je vous parle aujourd’hui comme un partisan à vie et un véritable ami d’Israël.

Je suis venu ici pour vous parler de ma position sur l’avenir des relations américaines avec notre allié stratégique, notre amitié indéfectible et notre frère culturel, la seule Démocratie au Moyen-Orient, l’État d’Israël. (Applau.)

Je vous remercie.

Ma priorité numéro un est de démanteler l’accord catastrophique avec l’Iran. (Ovation)

Je vous remercie.

(…) Et ils doivent venir à cette table prêts à accepter qu’Israël est un État juif et qu’il existera toujours en tant qu’État juif. (Ovation)

Ce qui m’amène au point suivant, l’extrême faiblesse et l’incompétence de l’ONU. (Applau.)

L’ONU, ce n’est pas un ami de la démocratie, ce n’est pas un ami de la liberté, ce n’est pas un ami, même des États-Unis d’Amérique où, comme vous le savez, il est chez lui. Et ce n’est sûrement pas un ami d’Israël. (Applau.)

Quand je serais président, croyez-moi, je vais opposer mon veto à toute tentative de l’ONU d’imposer sa volonté à l’État juif. J’opposerai mon veto à 100%. (Applau.)

Je vais rencontrer le Premier ministre Netanyahu immédiatement. Je le connais depuis de nombreuses années et nous allons être en mesure de travailler en étroite collaboration pour aider à apporter la stabilité et la paix en Israël et à l’ensemble de la région.

Quand je serais président, traiter Israël comme un citoyen de seconde zone sera fini dès le premier jour.

Quand on vit dans une société où les pompiers sont des héros, les enfants veulent devenir des héros. Quand on vit dans une société où les athlètes et les acteurs de cinéma sont des héros, les enfants veulent devenir des athlètes et des acteurs de cinéma. Dans la société palestinienne, les héros sont ceux qui tuent des Juifs. On ne peut pas laisser cela continuer. Nous allons déplacer l’ambassade américaine dans la capitale éternelle du peuple juif : Jérusalem. (Ovation)

Pendant ce temps, chaque jour vous avez une incitation endémique, et des enfants à qui l’on apprend à haïr Israël et à haïr des Juifs. Cela doit cesser. (Applau.)

J’aime les gens d’Israël dans cette salle. J’aime Israël. J’aime Israël. Je suis avec Israël depuis si longtemps. Je suis allé en Israël et j’ai reçu quelques-uns de mes plus grands honneurs d’Israël, tout comme mon père avant moi, ce fut incroyable. Ma fille, Ivanka, est sur le point d’avoir un beau bébé juif. (Ovation)

Je tiens donc à vous remercier. Cela a été vraiment un grand honneur. Merci à tout le monde. Je vous remercie… (Ovation) »

*

Notons tout d’abord que Donald Trump veut déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, et cela à l’encontre des conventions internationales.

D’autre part, si les Palestiniens tuent des Juifs, qu’en est-il des Juifs qui tuent des Palestiniens ? Qui a poussé les Palestiniens à ces pires extrémités, si ce n’est la coalition américano-sioniste ? Qui a mis à feu et à sang le Moyen-Orient ? Si Israël est la seule démocratie, qui est responsable d’avoir imposé et soutenu dans cette région du monde des dictatures islamiques pétrolières, abusivement définies « monarchies » ?

Enfin, pourquoi Donald Trump se croit-il obligé d’évoquer son père et d’utiliser sa fille comme caution de sa fidélité à Israël, en dévoilant que celle-ci attend un « beau bébé juif » ? Si elle avait eu un « beau bébé écossais », l’aurait-il présenté ainsi à la diaspora écossaise américaine ?

Sur ce point particulier aucune différence avec Hillary Clinton, si ce n’est que celle-ci se montre plus belliciste que lui envers les « ennemis » de l’Amérique et d’Israël. Son engagement envers Israël est plus qu’une relation normale de pays à pays ; c’est un engagement personnel, voire intime, susceptible d’aliéner la politique étrangère des États-Unis et la paix dans le monde promise à ses électeurs.

Est-ce de sa part une pure tactique électoraliste ou est-il sincère ? On peut extrapoler et voir ce positionnement comme un solide argument de référence face à son allié, lui permettant de mettre en avant que s’il « aime » Israël, il n’en reste pas moins que l’Amérique, c’est l’Amérique, et Israël c’est Israël.

Il a reçu une somme rondelette de son père, lui-même homme d’affaires, pour se lancer dans la vie et il a réussi ; une réussite plutôt flamboyante et trépidante : nul doute que papa Trump a dû l’instruire sur les bonnes pratiques qui conviennent à un self-made-man de son gabarit, digne d’être envié et respecté ; ce qui n’empêche les méchantes langues de se déchaîner contre lui.

On le voit, tout Donald Trump qu’il est, il se sent obligé de se faire entendre d’une oreille complaisante par l’allié indéfectible d’Israël, et de passer sous les fourches caudines. Comme les autres, il n’y échappe pas. On n’a plus à faire au chef d’entreprise carré, mais au politicien assoupli qui ondule de l’échine. Il a beau affirmer qu’il est assez riche pour faire campagne sans l’argent des lobbies, des donateurs et autre groupes de pressions, il ne peut oublier qu’il est aussi un homme d’affaires ; et un homme d’affaires de sa catégorie ne traite pas avec le banquier de son quartier ; il traite avec les plus hautes institutions financières de l’Amérique… Et qui tient les cordons de la bourse, aux États-Unis comme partout ailleurs en Europe ?... Poser la question, c’est y répondre.

Il convient de rester prudent et circonspect sur les orientations que prendra sa future politique extérieure. Entre les propos de campagne et la réalité du pouvoir, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. Attendons son investiture qui interviendra le 20 janvier 2017, après la confirmation des grands électeurs et la composition de son équipe gouvernementale.

En attendant, calmons les enthousiasmes, et regardons s’il jure sur la Bible le jour de son investiture. Si Trump ne rompt pas avec cette gestuelle liturgique chargée de lourds symboles, cela pourra être interprété comme lannonce de mauvais présages, et signifier que l’Europe et le monde n’ont pas fini de se faire un sang d’encre… À moins que l’animal nous surprenne encore. Dans un sens ou dans l’autre... Nov 2016

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